Jean Marie Lambert

Vietnam Centre et Sud (2002 – 2003)

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Vietnam Centre et Sud
du 28/12/2002 au 27/01/2003

Après avoir visité le nord Vietnam, puis le Laos, le Cambodge et la Thaïlande, me voici revenu au Vietnam pour en visiter le centre et le sud…

Samedi 28/12/2002. Départ de Bangkok pour le Vietnam, Da Nang.

Réveil à 5 heures du matin avec un départ en taxi à 5 heures 30. J’arrive très tôt à l’aéroport : 6 heures 30 pour un avion à 8 heures 35 ! Je liquide les derniers baths qui me restent et passe en salle d’embarquement. Là, l’avion est affiché avec un retard d’une demie heure.

Bref, on finit par s’envoler. Pas loin de moi, un Occidental dont le ventre est tellement opulent qu’il ne peut pas baisser sa tablette à 90 degrés pour prendre son petit déjeuner…disons qu’elle s’abaisse à 60° environ !

A l’arrivée à Da Nang, j’avise un taxi qui va se révéler être un aimable escroc : alors que nous nous sommes mis d’accord pour 8 dollars, il refuse de me rendre la monnaie sur le billet de 10 que je lui donne et je suis obligé de tempêter pour avoir mon dû ! En effet, il se contente de me donner 10.000 dongs (au lieu de 30.000), estimant que le reste lui vient en pourboire !

L’hôtel est sympa, proche du musée Cham, la chambre est affichée à 18 dollars, finalement, je l’obtiens à 16.

Je déjeune d’une soupe de nouilles avec bœuf (5.000 dongs, soit 0,33 euro), prés du marché, assis péniblement sur un petit banc avec des voisines tout étonnées de me voir là.

Ce qui me vexe, c’est que la cuisinière m’impose de manger avec une cuillère, comme si je ne savais pas faire et que j’avais une tête de touriste ! Mais juste pour dire : je prends un simple café chez Christie’s (le pub à la mode !) et je vais le payer 15.000 dongs ! Soit 1 euro !

Je prends en photo, à sa demande, une charmante vendeuse de fleurs.

1Pour la première fois depuis que je suis au Vietnam, je, croise de jeunes collégiennes habillées en ai do, c’est l’uniforme, vraiment très seyant : il s’agit d’une tunique blanche très longue (jusqu’au genoux), fendue sur les 2 cotés jusqu’à la taille qui recouvre donc partiellement un pantalon blanc lui aussi. En principe, le tout est en soie…Alors, quand elles sont juchées sur leur vélo qui leur donne une posture de reine à cause de la position assez en arrière de la selle par rapport au guidon (un peu à la façon des vélos hollandais), ce sont des apparitions sublimes !

La ville est provinciale par rapport à Hanoi, les magasins ferment entre 12 heures et 14 heures, l’activité est loin d’être aussi trépidante.

Je ne sais pas si c’est dû à la seule différence de température entre Bangkok et Da Nang, mais je trouve qu’il fait très frais, de l’ordre de 12–15 degrés ici.

Je me balade sur le port, beaucoup de bateaux de pêche.

Je rentre à mon hôtel vers 21 heures et il y a encore pas mal de monde dehors.

Dimanche 29/12/2002. Da Nang, montagne de Marbre et musée Cham.

Avant de partir à la montagne de marbre, par voiture, je m’assois face à la rivière et je mets au clair quelques notes sur mon carnet. Aussitôt, deux passants se penchent vers ma page d’écriture, par-dessus mon épaule, pour lire ce que de toute façon ils ne peuvent pas comprendre !

Je croise une crèche, installée sur un trottoir, elle fait bien 3 mètres de long sur 1,5 mètre de haut. Ça fait tout drôle de voir cette manifestation religieuse catholique en plein pays bouddhiste, sous férule communiste !

2J’en profite pour assister à la messe en la cathédrale de Da Nang. C’est à faire pâlir de jalousie tous les curés de France et de Navarre ! Une foule immense qui déborde largement sur les bas coté extérieurs, des femmes, des hommes, des enfants, et une ferveur inimaginable ! Des vitraux authentiquement d’époque française…il y a même Jeanne d’Arc !

Visite de la montagne de Marbre qui, comme son nom l’indique, sert de carrière aux marbriers de la région. Elle est trouée de grottes et donc de lieux de culte bouddhistes.

De retour à Da Nang, je me fais déposer au musée Cham. Pauvre musée, mais riche de ses pièces.

Après cette visite, je vais déjeuner dans un café chic, il est 11 heures un quart. Un autochtone vient spontanément m’aider à déchiffrer la carte. Je mange de fort bon appétit et tout d’un coup, je m’aperçois que je suis tout seul dans ce jardin restaurant. En fait, ce café ferme à 12 heures pour rouvrir à 16 heures 30…Je me dépêche de terminer mon assiette, devant un personnel imperturbable !

3En fin d’après midi, visite du temple Cao Dai et j’assiste à un office. Le mouvement Cao Dai, fondé entre les deux guerres par un fonctionnaire vietnamien, prétend réaliser une synthèse des religions monothéistes et associe le Christ, Allah, Bouddha et d’autres (dont Victor Hugo). Dans ce temple, les femmes entrent par la gauche, les hommes par la droite et sont tous revêtus d’un surplis blanc avec des coiffes de couleur différente selon la place de l’individu dans la hiérarchie. Ils sont peut-être une trentaine, dont 5 à 6 femmes, tous âgés. Il y a de longues périodes de silence, puis ils psalmodient quelque temps, s’agenouillent, se relèvent…On arrive à la fin du culte et on me fait signe que je peux prendre des photos.

En fait, les caodaïstes ont beaucoup soufferts des persécutions religieuses. Il faut dire qu’ils ont d’abord pris le parti des Français, puis après celui des Américains et ils avaient une armée en propre de 25.000 hommes. Ce sont des choses qu’on n’oublie pas quand on gagne une guerre !

Je rentre à l’hôtel la nuit tombée, il est 19 heures. Je croise des terrassiers que je prends en photo ! Ils sont tout content !

Lundi 30/12/2002. En route pour Hué.

Deux motos passent me prendre à l’hôtel, une pour moi et une autre pour le sac à dos. Les conducteurs me déposent avec armes et bagages devant une agence de voyages et je n’ai plus qu’à attendre le bus pour Hué. Il tarde un peu à venir, pris par les embouteillages.

Il arrive, bondé jusqu’à la gueule, mais uniquement d’Occidentaux.

On passe par une superbe route de montagne avec vue sur la mer en contrebas, le col des Nuages, où l’on fait une petite htitlee (c’est un col qui porte bien son nom). Puis on descend, toujours en longeant la côte. La route est étroite et sinueuse mais dans l’ensemble, à part un passage un peu difficile, de bonne qualité. Sur le flanc de montagne, les Vietnamiens ont construit des portions de route qui permettent, si jamais les freins venaient à lâcher, de prendre l’issue de secours et de pouvoir s’arrêter

Arrivée à Hué. Bien entendu, nous sommes déposés devant un hôtel qui travaille avec l’agence et comme ce n’est pas là où je veux aller, je prends un tuk tuk.

L’hôtel me coûte 10 dollars par nuit, il est correct. J’achète tout de suite mon billet de bus « open » (20 dollars) qui me permettra de faire le trajet hué Ho Chi Minh Ville (Saigon) en m’arrêtant à certaines villes étapes. Je prends également un ticket pour naviguer sur la rivière des Parfums et pouvoir ainsi visiter les tombeaux des Empereurs (ce n’est pas le Nil !).

Mardi 31/12/2002. Hué, la rivière des Parfums.

Nous allons être 2 Américains, 2 Autrichiens et moi pour cette visite des tombeaux des Empereurs.

Nous sommes à peine montés dans le bateau que la vente à bord commence…

Il tombe des cordes et il fait vraiment frais.

Le couple Autrichien est très sympa, ils sont tous les deux gynécologues à Vienne. Ils tiennent absolument et on les comprend, à faire savoir qu’ils sont ‘austrians’ et pas du tout ‘australians’. En fait, les Vietnamiens n’ont aucune idée de l’existence de l’Autriche alors qu’ils ont beaucoup de visiteurs Australiens.

Elle parle très bien le français, car elle le fruit des amours d’un Autrichien et d’une Française.

Le couple Américain est Texan pure souche (la Thaïlande en 3 jours, le Cambodge en 24 heures…). Ils s’étonnent de ne pas toujours être bien reçus au Vietnam !

Premier arrêt pour visiter la pagode la plus célèbre du Vietnam (Thien Mu), celle d’où est parti le bonze qui s’est immolé par le feu du temps de la république Sud Vietnamienne en signe de protestation contre la politique anti- religieuse du gouvernement (1963). On conserve précieusement la voiture qui a mené le bonze au centre de Saigon.

Sur la rivière, quantité de bateaux longues queues qui draguent le fond pour en retirer sable et gravier.

Retour sur la terre ferme pour se rendre à un tombeau. Ce n’est pas que ça coûte cher, mais enfin, nous allons en sus du prix du bateau (3 dollars) devoir payer 2 dollars à chaque débarquement (car nous sommes emmenés en moto jusqu’aux tombes) plus un droit d’entrée de 3,5 dollars pour chaque visite.

Je rentre à l’hôtel en fin d’après- midi. Je passe un message par Internet, je n’ai pas trop le moral, peut être parce que nous sommes le 31, qu’il fait froid (je dors avec ma polaire), qu’il pleut…

Je cache mon état mental du mieux que je peux, mais je n’arrive pas à tromper Régine. L’intuition féminine, c’est quelque chose !

Mercredi 01/01/2003. Hué.

Hier au soir, j’ai dîné dans un petit restaurant, proche de l’hôtel. Le riz y était très bon. J’ai fait connaissance du fils du patron, 48 ans, professeur d’histoire géographie, marié, 2 enfants de 7 et 8 ans. Il parle bien le français.

Il me dit s’être marié sur le tard, faute de moyens. Son salaire est de 35 dollars par mois, le coût de l’enseignement pour ses deux enfants s’élève à 20 dollars par mois. Il s’en sort en faisant « du tourisme » et en vivant dans une semi-autarcie (élevage de poules,

légumes…). Le salaire moyen d’un Vietnamien est de l’ordre de 25 dollars par mois.

Tous ceux qui le peuvent exercent un second, voire un troisième métier. Il me demande si je peux lui donner des médicaments. Je fais un aller et retour à l’hôtel et je lui rapporte aspirine, tricostéril etc.…

Je l’engage pour la journée du lendemain : il me prendra sur sa moto et me fera visiter les environs de Hué. Nous nous mettons d’accord pour 5 dollars.

Nous voilà donc partis vers le village au pont Japonais ( Thanh Toan). J’apprends que la terre appartient à l’État, lequel la loue aux fermiers, la superficie louée dépendant du nombre d’enfants. Nous passons devant de magnifiques villas, propriétés des nantis du pouvoir.

6Arrivés au village, nous rencontrons une très jolie fille, ballerine à Hué, et qui connaît fort bien mon guide. Nous buvons un café, je prends une photo qu’elle me demande de lui faire parvenir, et me demande aussi deux disques de « piano ». Je lui explique qu’il m’est impossible d’acheter 2 disques de piano ! Qu’il me faut le nom d’un compositeur ! Elle opte pour Chopin.

Nous reprenons notre trajet et nous nous arrêtons pour visiter un atelier (2 personnes) de fabrication de chapeau conique. C’est la crise dans le chapeau conique, même si ceux de Hué sont réputés à travers tout le pays.

En effet, à cause de la moto et peut être aussi à cause de l’influence occidentale, les jeunes portent tous des casquettes. Il est vrai que c’est plus facile à gérer avec le vent de la course !

N’empêche qu’il faut une journée de travail pour faire un chapeau !

Nous nous arrêtons quelques instants devant l’un des palais du dernier empereur du Vietnam, Bao Dai, maintenu sur le trône par la grâce des Français.

Visite de la pagode Tu Hieu, dont l’un des bonzes a émigré à Paris. Nous arrivons juste à temps pour assister à un office.

Retour à Hué et déjeuner au restaurant de ses parents. Puis, je décide de lui acheter des médicaments et nous voilà partis à la recherche d’une pharmacie, que nous trouvons juste en face de l’hôpital. Il faut savoir que les médicaments, quels qu’ils soient, s’achètent sans ordonnance (ils ne sont pas remboursés) et si nécessaire, à l’unité (la population est pauvre). Si vous êtes hospitalisé, vous avez à graisser la patte du médecin, de l’infirmière et il faut vous procurer vous-même les médicaments que nécessitent votre état.

7bBref, nous achetons des antibiotiques (de fabrication occidentale, mon protégé dédaignant les fabrications locales de mauvaise qualité, selon lui) et un analgésique.

Là où réside le scandale, c’est qu’au dos des antibiotiques il est inscrit en anglais ‘échantillon interdit à la vente’. Enfin, j’en ai eu pour environ 12 dollars, somme considérable quand on la compare au salaire moyen. Je demande à mon guide de me conduire à la Cité Interdite (dévastée par la guerre, mais il y a de beaux restes).

 Puis je rentre à pied à l’hôtel mais avant, je déguste un thé Lipton avec sucre (3.000 dongs, 2.000 sans sucre).

Jeudi 02/01/2003. En route vers Hoi An.

8C’est presque un bus de luxe! Je suis assis à coté d’une Australienne sympa. Nous nous arrêtons à Da Nang et ensuite, à la montagne de Marbre, déjà vue ! Il ne reste que 35 Km avant Hoi An, il fait beau et correctement chaud.

Une fois arrivé et après avoir déposé mes affaires à l’hôtel, je pars visiter la ville.

C’est une belle ville, relativement ancienne, bien entretenue, mais vouée, si je puis dire, au tourisme. On se fait interpeller de boutique en boutique (aux restaurants succèdent des vendeurs de vêtements, la spécialité de Hoi An étant le travail de la soie) par de vigoureux « Hello sir ! Buy ». C’est bien la première fois au Vietnam que je vois une telle pression commerciale !

Je fais un tour au marché et je repère un cordonnier: indispensable car j’ai mes nu-pieds qui baillent outrageusement.

Il veut 2 dollars de la réparation, alors là, je lui dis qu’il n’y a pas marqué touriste sur mon front ! Finalement, on transige à 5.000 dongs, ce qui à mon avis, est très bien payé.

Vendredi 03/0/2003. Hoi An et site de My Son.

J’ai décidé de changer d’hôtel, celui-ci est trop cher pour les prestations offertes (à 15 dollars, j’ai une robinetterie qui fuit, une absence de drap, un air conditionné qui ne marche pas…).

Je vais visiter My Son (le site Cham du Vietnam), aller en bus et retour en bateau. Je rencontre beaucoup de gens qui viennent d’Hanoi pour aller vers le sud, il y fait froid et il pleut !

Visite du site Cham, intéressant, mais à voir si possible avant le site d’Angkor.

Il se met à pleuvoir quand nous reprenons le bateau pour revenir à Hoi An. A l’arrivée, j’enfile des chaussettes et je m’attable devant une soupe bien chaude que je déguste sous la pluie !

Samedi 04/01/2003. Hoi An.

 Poursuite de la visite de la ville, sous une pluie légère et une certaine fraîcheur.

Coupure générale d’électricité, la ville est comme arrêtée et bercée par les groupes électrogènes. Internet est épouvantablement lent, je mets jusqu’à 30 minutes pour arriver à consulter mon courrier.

Dimanche 05/01/2003. En route pour Na Trang.

Départ à 6 heures 30 du matin, pour un trajet qui va durer 11 heures 30. Je n’ai jamais fait autant de bus dans ma vie ! Il fait gris mais nettement plus chaud que la veille.

Nous sommes 6 dans ce minibus, 2Espagnols, 2 Norvégiens, 1 Australien et moi. Viendra s’adjoindre un passager supplémentaire (Vietnamien) en cours de route. Celui-ci doit prendre l’avion à Phu Cat et nous faisons un détour pour l’y déposer.

L’Australien est bavard comme pas deux alors que les Espagnols sont muets.

Les Scandinaves sont montés avec 2 confortables sacs à dos et une énorme valise dont on apprendra qu’elle a été achetée sur place et qu’elle est bourrée de vêtements.

La jeune Norvégienne explique en anglais à l’Australien qui s’en étonne d’abord, mais qui acquiesce ensuite, que son pays connaît le plus haut niveau de vie du monde (ce qui est exact).

Mais peu de temps après, elle évoque ses problèmes financiers et explique que la nuit d’hôtel en Norvège coûte 200 dollars, un repas au restaurant 140 dollars et que bien entendu, il ne peut être question pour elle de s’offrir tout ça avec son salaire d’institutrice. Il en est de même pour le logement : il est impossible d’acheter compte tenu des prix, et puis, tiens, c’est comme les vêtements, pas de pantalon à moins de 60 dollars dans mon pays, alors qu’ici, je les ai payé 10 dollars pièce…C’est ce qui justifie cette énorme valise qu’ils traînent avec eux. Et ils se demandent comment s’en débarrasser, certains leur ayant déconseillé d’expédier à partir du Vietnam pour cause de risque de vol, d’autres suggérant de passer en Thaïlande où de toutes façons ils doivent se rendre, pour envoyer le tout en Norvège…Enfin, ce dialogue était très drôle, surtout que la jeune Norvégienne ne se rendait absolument pas compte de l’écart dans son propos et je songeais intérieurement qu’après tout, on ne vivait pas si mal que ça dans un pays comme la France, où on peut dormir à l’hôtel sans se poser trop de question et prendre son petit café peinard, place de la Bastille…Bref, on se demande à quoi ça sert d’être aussi riche !

Nous allons arriver enfin à Nha Trang, il est 21 heures, un trajet de 14 heures 30 pour 500 Km, entrecoupé d’une htitlee déjeuner !

Je me suis dégoté un hôtel correct, pas trop loin de la mer pour 10 dollars la nuit. Aussitôt mes affaires déposées, je pars à la recherche d’un poste Internet pour donner de mes nouvelles. Et là, grosse bêtise: il est 22 heures, le café ferme et j’oublie sur le dossier de ma chaise ma laine polaire. Je m’en aperçois à mon retour à l’hôtel mais il est trop tard pour revenir en arrière. Enfin, ça n’est pas grave car dès l’ouverture le lendemain, je la retrouve !

Lundi 06/01/2003. Visite de Nha Trang et environs.

Il est 7 heures ¼ du matin, l’air est chaud et à cette heure matinale, la plage est aux Vietnamiens : on les voit faire leur gymnastique, courir pieds nus sur l’allée pavée.

Je passe à une agence locale pour préparer la suite de mon voyage : je souhaite visiter le plateau du centre et revenir, non à Nha Trang, mais à Dalat. Ce parcours se fait en moto. Sous prétexte que j’ai bafouillé trois mots en vietnamien, le personnel est persuadé que je parle leur langue !

J’achète également, à faire sur l’heure, un tour de la ville en minibus avec exploration des environs.

10Me voilà donc installé avec 4 Suédois, le père, la mère d’origine Vietnamienne (j’apprendrai plus tard qu’elle a trouvé refuge en Suède comme « boat people »), leur fille (tellement menue et petite qu’on lui donnerait à peine 15 ans!) et le mari de cette dernière, pur Suédois.

Nous visitons une pagode, la plus célèbre de Nha Trang puis nous partons admirer des cascades. Après une progression un peu pénible, nous arrivons dans une sorte de grande mare d’eau fraîche (20° me dit le Suédois, il connaît, c’est le maximum de chaleur qu’on peut avoir en Suède!) alimentée par un torrent.

Et là, nous nous baignons, mais comme nul ne m’avait dit de prendre un maillot de bain, me voilà gros Jean comme devant…

Mais les Suédois me rassurent et ne voient aucun inconvénient à ce que je me baigne en slip (comme d’ailleurs le fait notre guide Vietnamien) et nous voilà pataugeant dans l’eau fraîche.

11Nous nous séchons comme nous le pouvons (c’est-à-dire, en ce qui me concerne avec rien), et tout d’un coup nous voyons surgir, sorti de la forêt jungle, un couple étrange, elle, arc à la main et panier carquois dans le dos, lui, courbé sous le poids de bûchettes qu’ils partent vendre au marché…C’est la rencontre de deux mondes ! Ils s’arrêtent et se laissent photographier. La scène est réellement étrange avec ces deux êtres sortis du néant.

Nous leur donnons un peu d’argent, ce qui leur permettra d’acheter un peu de riz.

Ce qui m’agace, c’est cette propension qu’ont mes accompagnants à vouloir se faire prendre en photo avec ce couple ! Ils ne sont tout de même pas des bêtes de foire !

Nous repartons dans notre minibus après cet épisode, et nous nous arrêtons dans un hameau de « minorité » à l’habitat misérable mais avec télévision. Puis, nous filons déjeuner, au bord d’une rivière. Sur la rive d’en face, un Australien se fait construire une villa palace, ce qui fait bien rire les autochtones, car à la première crue, ils pensent qu’ils ne restera pas grand-chose du palais. Il y avait au menu des petits poissons frits, délicieux, mais je n’ai quand même pas réussi à en manger la tête, avec cet œil rouge qui me regardait…Mon Suédois, patron d’un hôtel de 75 chambres, affilié à la chaîne best western, est en veine de confidences, après, il est vrai, moult bières ! Il m’explique que l’on croit les femmes asiatiques douces et capables de bien s’occuper d’un homme, mais ça n’est pas mieux qu’avec les européennes ! Il est manifestement très déçu, voilà encore un mythe qui s’effondre !

Rentré en fin d’après-midi, je prépare avec soin mon bagage : je dois remettre mon sac à dos qui va filer directement à Dalat et conserver par devers moi, dans mon petit sac, les affaires indispensables pour les trois jours que vont durer le périple à moto vers Buon Ma Thuot !

Il est 16 heures 30, je suis assis face à la mer et j’achève une délicieuse glace au sirop de fraise. Il fait gris, mais il fait chaud.

Mardi 07/01/2003. Départ pour les hauts plateaux du centre.

Heureusement, j’ai ma polaire ! La moto est suffisamment confortable et elle a ceci de pratique c’est qu’on peut s’arrêter où et quand on veut. Ceci étant, cette première journée va quand même être fatigante car nous allons rouler de 8 heures du matin à 17 heures 30, avec une htitlee pour déjeuner.

Les paysages traversés sont superbes, je vois du coton, du café, des poivriers et la route est correcte, presque neuve. Mais dés qu’on s’échappe de la route principale, on roule sur de la piste et on avale beaucoup de poussière.

Comme mon pilote guide a de la famille dans le coin, nous voilà partis chez son beau frère qui cultive riz et café. Le pauvre a 5 filles (quand on sait ce que ça veut dire dans les pays asiatiques…).

Arrivé à destination, c’est-à-dire au-delà de Buon Ma Thuot, mon pilote guide me montre une maison longue, sur pilotis, en bambou et c’est là que je vais dormir !

Je crois au début qu’il se paye de ma tête, d’autant que sur le même site il y a des bungalows à l’occidentale !

Nous dormirons à 7 (une Australienne et moi, les autres occupants étant des locaux) dans cette immense espace, très agréable car très bien ventilé et confortable car les planches sur lesquelles on repose épousent la courbe du corps (elles se sont assouplies au fil des années).

Un inconvénient, mais pas lié à la maison, c’est l’absence d’eau chaude et les douches d’eau froide, quand on est couvert de poussière ocre, ce n’est pas vraiment le pied ! D’autant que je m’aperçois que j’ai oublié de prendre une serviette !

La nuit va être paisible, allongé sur un mince matelas, avec une couverture et une moustiquaire.

Mercredi 08/01/2003. Les Hauts Plateaux.

Hier au soir, les Vietnamiens du coin, se sont réunis et ont chanté avec un fond de guitare. C’est un pot pourri de chansons d’avant la réunification.

Certainement pour me faire plaisir, ils ont entonné la Marseillaise en musique et en parole, avec un petit problème de compréhension car ils ont chanté « l’étendard gonflant »…bon, c’est plus sympa que l’étendard sanglant…

Mon pilote guide a une histoire…Ses parents qui habitaient le Nord, sont passés au Sud pour fuir les communistes, lorsque les Français sont partis. Il suffisait de connaître la langue française pour être tué.

12aIl a deux enfants de 8 et 3 ans, et toute la famille, donc 4 personnes dort dans le même lit. Et pourtant, il est un privilégié, car en contact avec les touristes. Il me confirme qu’il doit donner de l’argent chaque mois aux enseignants pour que son aîné puissent avoir des bonnes notes.

Après le petit-déjeuner pris sous un kiosque, perché sur la colline face à la rivière, nous reprenons la moto vers une chute d’eau tout à fait spectaculaire.

Il y a là un mendiant qui se traîne par terre et qui boit ce qui reste dans les verres à thé.

Je joue à la loterie (deux petites filles proposent des billets à tirage immédiat). Je gagne une fois (si je puis dire) 2.000 dongs pour une mise de 2.000, puis je reperds ma mise initiale !

En route vers le lac Lake, nous doublons une jeune femme elle-même en moto et la conversation s’engage. Elle nous invite chez elle et nous offre (oh Jésus Marie !) un verre d’eau qu’il faut bien boire !

C’est une jolie femme un peu potelée qui vit là avec son fils. Sa maison a deux pièces, elle est en ciment.

Elle nous propose de nous emmener à une source à quelques kilomètres d’ici et nous voilà partis. Comme d’habitude, il ne faut pas attendre longtemps avant qu’il ne se passe quelque chose…Là, c’est un cycliste qui franchit un pont de bois pour rejoindre son village…

Après cette balade, nous reprenons la moto, direction lac Lake, mais avant d’y arriver, nous visitons un village de minorité, assez exploité touristiquement car nous payons un droit d’entrée. D’ailleurs, dans ce village, il y a un circuit de promenade à dos d’éléphant et un autre en bateau.

Peu d’Occidentaux dans ce village, nous devons être 5 tout au plus.

Arrivée à lac Lake, le guide me montre mon logement, exactement le même que la nuit précédente.

Mais il me montre aussi son « press book », où chaque touriste lui écrit un petit mot de remerciement. Bon, il faudra que j’y passe !

Je rencontre une Française parisienne, sympa, qui voyage depuis novembre dans le sud est asiatique et qui ne compte pas rentrer en France avant mai. Comme je m’inquiète de sa profession, elle m’explique qu’elle travaille à base de contrats à durée déterminée (6 mois) et dans un métier, qui, hélas, a le vent en poupe : l’out placement.

Jeudi 09/01/2003. Route de montagne vers Dalat.

Après avoir dormi –et très bien- dans l’une de ces maisons si pittoresques, je prends mon petit déjeuner. Et là, je m’aperçois que mon vietnamien n’est pas encore à la hauteur ! J’ai en effet demandé dans la langue du cru du pain, et la serveuse m’a apporté deux feuilles de papier ! Nous reprenons notre route.

Je m’aperçois que ma ceinture est cassée : il faudra que je la remplace et je trouverai probablement ce que je veux à Dalat. Le matériel commence à souffrir !

Nous nous arrêtons en cours de route chez un habitant qui nous offre (Jésus Marie !) un verre d’eau et un délicieux café. Je prends quelques photos de sa petite famille.

Puis, au fil de la route, nous visitons une fabrique de baguettes (elles sont faites à partir de bambou) et de cure dent.

16Ça fait vraiment une drôle d’impression. J’apprends qu’il a servi l’armée française comme volontaire et qu’après il a donné un coup de main à l’armée américaine…ce qui est politiquement logique mais sérieusement handicapant quand on connaît la suite de l’histoire !

Reprise de la route et arrêt devant un atelier de fabrication de champignons. Puis, une visite rapide sans grand intérêt d’un village ethnique dit « village du poulet » avant l’arrivée à Dalat où m’attend mon sac à dos et enfin, une bonne douche d’eau chaude !

L’hôtel n’est pas cher (mais il est assez excentré): 4 dollars la nuit. Comme la nuit n’est pas encore tombée, je fais une petite virée en ville.

Vendredi 10/01/2003. Dalat.

Je vais vers le lac de cette ville, fondée par les Français avant la seconde guerre mondiale, surnommée le petit Paris, peut être à cause de la tour de radiodiffusion qui ressemble à la tour Eiffel !

Elle est peu asiatique par son architecture.

J’avise un café au bord du lac et je prends un thé lipton (eh ! oui !) tout en discutant avec deux jeunes Vietnamiens guides motorisés pour touristes Occidentaux. En partant, je m’aperçois que mon verre de thé a déjà été payé par les deux jeunes !

Je file au marché pour le visiter (c’est la saison des fraises) mais aussi pour acheter une ceinture (15.000 dongs, ramenés à 12.000 trop facilement !). J’ai un peu d’inquiétude pour mes Nike qui commencent à se décoller du bout, mais elles devraient tenir jusqu’à Paris, d’autant que je n’ai plus à les mettre très souvent.

Le café que l’on sert ici est vraiment délicieux, c’est comme à peu près partout un café filtre à l’ancienne et on vous donne avec un thermos contenant de l’eau chaude pour l’allonger.

Le soleil tape bien et mon nez commence à prendre des allures de gyrophare !

Visite de la cathédrale (du kitch !) de la poste et du jardin botanique, tout proche du golf construit entre les deux guerres mondiales. Dans ce jardin, c’est le défilé des amoureux qui viennent tous prendre la pose immortelle devant les massifs de fleurs, des photographes professionnels sont d’ailleurs postés à l’affût à l’entrée du parc et ils s’occupent de tout.

Les écoliers sont tous revêtus d’un uniforme qui vient directement de la tradition française: pull et pantalon bleu marine. On sent une forte présence d’écoles catholiques françaises.

Samedi 11/01/2003. Dalat.

Je fais un circuit en moto pour visiter la ville qui est assez étendue. Je passe d’abord par la gare, superbe et désaffectée, très Deauville, puis par le quartier français avec de très belles maisons un peu à l’abandon, mais qui avaient été construites pour durer et qui empruntent certains éléments architecturaux aux provinces françaises. Je visite l’un des palais de Bao Dai qui date des années 30, mobilier intéressant, puis la « crazy house », sorte de maison du facteur Cheval, qui sert de Guest House.

Je termine par la pagode de mon quartier d’adoption, avent de repartir à mon café du lac où je fais connaissance de deux couples de Vietnamiens dont l’un parle le français (elle a fait ses études à Dalat, chez les sœurs de Nazareth). Lui est écrivain mais non publié au Vietnam (il publie aux États-unis). Évidemment, ils ne portent pas dans leur cœur le régime actuel. Ils me disent se souvenir de Notre Dame de Paris et du Petit Prince .Ils m’offrent un pâté « chaud ».

19Vu un gamin de deux ans peut-être avec des chaussures musicales : le fait de marcher déclenche un pouet pouet ce qui en fin de journée doit être assez fatiguant, mais enfin, ça permet de savoir où il est !

Je m’assoie sur un banc public, dans un square près du marché et juste à coté de moi trois jeunes filles qui m’offrent le fruit d’une espèce de haricot rouge. Ce n’est pas vraiment bon et c’est très amer même quand c’est saupoudré de sel. Enfin, quand on veut du local on ne va pas se plaindre après !

Vu un coiffeur en train d’officier avec une lampe frontale, des pinces à épiler et il farfouille dans les oreilles, on ne peut pas dire de son client, plutôt de son patient…

Dimanche 12/01/2003. Départ pour Saigon.

Voyage dans la chaleur avec de nombreux Français dans le minibus. Plus on descend vers Ho Chi Minh Ville, plus on voit d’églises, certaines fort neuves et toutes très grandes…Très souvent sur les terrasses des maisons ou sur leur fronton, d’immenses statues de la vierge (à taille humaine), parfois, sur la porte ou juste au-dessus, une croix…

Sur les bas-côtés de la route, des toiles de tente tendues sur 4 piquets avec dessous des chaises longues ou des hamacs, tout ça pour le repos des chauffeurs routiers.

Nous arrivons à bon port de bonne heure à Saigon, ce qui me permet de trouver un hôtel bien situé et à peu près neuf, pour 13 dollars la nuit. Je me fais mon programme pour les prochains jours.

Lundi 13/01/2003. Ho Chi Minh Ville.

Ville tout aussi active qu’Hanoi, mais au sud…N’a jamais été vraiment communiste !

Beaucoup de petites vendeuses d’un peu de tout : cigarettes, piles de livres en anglais (elles se « baladent » et vont de table en table avec une bonne cinquantaine d’ouvrages), massage en peine rue…Je suis abordé par un vendeur de journaux qui me propose « Le Monde »(il n’y a pas trace d’un journal occidental à Hanoi !), édition du 10 janvier ! Je craque ! Ça va me coûter 30.000 dongs, soit 2 euros, chaque jour car m’ayant repéré il reviendra à la charge tous les jours jusqu’à mon départ ! Je note aussi que chaque numéro porte la mention « offert par le groupe Air France » !Beaucoup d’handicapés physiques (cul de jatte, amputés…) qui mendient.

Je passe faire faire du change à la banque, les employées portent un ai do orange sur un pantalon blanc.

Je pars me balader en ville, je croise un écrivain public (une femme) installée sur le trottoir avec sa machine à écrire…Je visite un marché de plein air, un temple hindou. Je m’arrête à la terrasse du Rex, un cinquième étage, (un des plus grands hôtels de la ville face à l’Opéra, fameux comme l’Intercontinental, car c’est ici qu’ont vécu les correspondants de guerre).

Après un bon jus de fruit, je redescends prendre à nouveau contact avec la réalité de la rue.

Je croise à nouveau le pousse pousse qui m’avait déjà proposé deux fois ses services dans la matinée. Comme je refuse une fois de plus, il me dit, en anglais, que j’aime marcher !

Arrêt à une librairie étrangère (livres anglais et français) où j’achète Guerre et Paix.

Je visite le palais de la Réunification, histoire étonnante d’une belle bâtisse !

C’est en 1868 la résidence du gouverneur français qui devient en 1954 la résidence du président du Sud Vietnam, elle est détruite en 1962 par l’aviation du Sud Vietnam qui espérait bien tuer le président Diem, reconstruite jusqu’en 1966 (avec bunker cette fois !), occupée par Van Thieu, dernier président de 1966 à 1975, année de la réunification du Vietnam. Visite du musée des souvenirs de la guerre ou musée des horreurs de la guerre…Il y a sur tous les murs, les photos des correspondants de guerre américains et autres, et toutes les atrocités que l’on peut imaginer et même plus…Quand on voit ça, on ne peut s’empêcher de penser que les américains se sont littéralement tirés une balle dans le pied (mais que c’était malgré tout nécessaire).

Bien entendu, s’il est question des atrocités commises par les Américains et leurs alliés Sud Vietnamiens, pas un mot sur celles commises par les Nord Vietnamiens, qui ne devaient pas être en reste. Il y a aussi quelques photos du temps de la guerre franco vietnamienne mais il est vrai, que peut être faute de moyens ou de volonté de faire, nos « exploits » font pâle figure.

Également un espace sur les méfaits de la guerre chimique (agent orange, dioxine etc.…).

Au sortir, visite d’une pagode dite pagode de l’empereur de jade, assez délirante, et rentrée à l’hôtel après 8 heures de marche sous une chaleur écrasante ! Ouf !

Mardi 14/01/2003. Visite de la Chinatown.

Je suis venu en pousse pousse pour 20.000 dongs et je n’ai pas osé discuter le prix !

C’est la tournée des pagodes…Je commence cependant par l’Église catholique du coin, dédié à Saint François Xavier (un local, pas le « nôtre »).

Une fois mes visites terminées, je longe sur des kilomètres l’arroyo Ben Nghe (sorte de canal navigable) qui me ramène au centre de la ville.

C’est l’horreur : un cloaque, égout à ciel ouvert (la surface de l’eau est noire, des sacs plastiques flottent), une puanteur phénoménale, des rives qui servent de dépôts d’ordures (quelques êtres humains fouillent dans ce contenu de poubelle) et tout ça, en pleine ville. J’en ai honte.

Il n’empêche que je suis accueilli à bras ouverts et que les gens m’offrent qui leur sourire, qui un verre de lait ou un jet d’eau histoire de me rafraîchir les idées…Bref, des gens quelque peu étonnés de me voir là mais sympa et souriants.

De temps à autre des entrepôts de pastèques, d’ananas, de matériaux de construction, des halles aux poissons et aux coquillages. L’odeur est fétide, la population est extrêmement pauvre. Vu des camionneurs qui ont installé sous leur camion, suspendus aux essieux, leurs hamacs et se reposent !

Vu un unijambiste à vélo (il faut le faire!). Sa béquille est ficelée sur le cadre.

Je prends un thé que je voudrai glacé. On m’apporte un verre rempli de glace et une théière remplie de thé brûlant ! Si bien que la première tasse est froide, la seconde tiède et la troisième, faute de glace, est chaude…

Mercredi 15/01/2003. Temple caodaïste de Tay Ninh et tunnel de Cu Chi.

Dans les rues, on voit beaucoup de « galeries de peinture », où on peut se faire fabriquer en copie n’importe quel type de tableau : du Gauguin, du Millet, du Warhol…

Départ en groupe par bus pour visiter et assister à une cérémonie dans le temple caodaïste de Tay Ninh. Le temple Cao Dai est absolument stupéfiant, comme la cérémonie qui s’y déroule.

Puis nous arrivons aux tunnels de Cu Chi.

Ces tunnels ont une histoire, ils ont été construits pendant l’occupation française par les Vietcongs, mais n’ont été réellement agrandis et utilisés qu’au moment de la guerre avec les États-unis. Ils font 200 kilomètres de long et ont été creusés suffisamment profond pour pouvoir résister aux bombardements.

Il y a tout ce qu’il faut dans ces tunnels : hôpital, salle de commandement, de repos, stocks de munitions, une vraie ville souterraine ! Il y a eu jusqu’à 1.000 combattants Vietcongs dans ces tunnels et nous sommes seulement à 40 kilomètres de Saigon !

Au tout début, les Américains ignoraient la présence de ces tunnels et ont même implanté une base au dessus. A la longue, ils ont fini par découvrir cette fourmilière car ils s’étonnaient de voir leurs hommes tués dans leur lit en pleine nuit !

La fumée des cuisines étaient évacuées dans quatre salles successives de façon à refroidir et était alors évacuée très loin du lieu d’origine. L’odeur se mêlait alors à celle du sol.

Les Américains ont aussi cherché où pouvait bien être la terre retirée pour le creusement des tunnels : ils ont patrouillé sur les rivières pensant qu’elle était rejetée dans les eaux des fleuves. Eh bien non ! La terre servait à reboucher les cratères des obus et passait donc inaperçue !

Alors la bataille fut féroce !

Les Américains ont d’abord lancé des chiens tueurs mais ceux-ci se sont fait massacrer. Ils ont ensuite fait appel à des Mexicains (de corpulence compatible avec ces boyaux souterrains), puis à des Sud Vietnamiens, mais tout cela en vain !

Nous rentrons sur Ho Chi Minh Ville. Il est 18 heures 30 et il fait quelque chose comme 25° alors que le soleil est couché depuis 1 heure…Il est vrai que nous sommes en plein hiver.

Jeudi 16/01/2003. Départ pour le Delta du Mékong.

   Nous commençons par un parcours en bus (arrêt pour visiter une usine de pop riz et une autre qui fabrique des bonbons à base de noix de coco – délicieux-), puis, bien sûr, nous montons à bord d’un bateau qui va sillonner le delta du Mékong. De la rive, des groupes de gamins nous font de grands bonjours ! Les mères de famille sortent de leur masure avec leur bébé dans les bras et nous font signe de la main ! Bref, un enthousiasme à toute épreuve !

Ballade en vélo sur la rive.

Arrivé à Can Tho. Je suis logé au 5° étage, sans ascenseur. Ça veut dire concrètement 15 étages à monter : une fois pour voir si la chambre me convient, une deuxième pour monter le sac à dos, une troisième car je n’arrive pas à ouvrir la porte de la chambre et qu’il m’a fallu redescendre à la réception !

Je passe une partie de la soirée à vagabonder dans le marché.

Vendredi 17/01/2003. Delta du Mékong.

Visite d’un marché flottant, tout à fait spectaculaire.

On y voit le commerce en gros, réalisé par les bateaux les plus importants, des dizaines de petits bateaux assurant le commerce de détail. L’espace est aussi sillonné de bateaux à rame, vendeurs de nourriture. On peut ainsi se commander un sandwich, un ananas frais…Certains ont un klaxon pour attirer le chaland et exposent les produits qu’ils vendent : coq juché sur le roof, histoire de montrer que l’on vend de la volaille, ananas porté au bout d’une pique, courge, pastèque…chaque bateau est spécialisé dans un type de marchandise. Il y a un monde fou en bateau et tout se passe dans la bonne humeur. Après la visite du marché, nous passons chez un fabricant de nouilles de riz (il fait aussi des enveloppes de riz pour emballer les nems).

A peine sorti, je « tombe » sur un mariage. Bien, sûr, des Occidentaux en profitent pour prendre la pose avec les mariés.

Nous reprenons le bateau pendant 4 heures. C’est l’enchantement : le soleil va se coucher et les couleurs prennent une teinte pastel. Pour un peu, on se croirait dans un paysage hollandais !

Nous sommes à Chau Doc, il est 21 heures et nous dînons dehors. Une australienne du groupe demande à ce que les ouvriers qui travaillent à proximité cessent de faire du bruit au moins pendant son dîner !

Il y a beaucoup de moustiques et je fais l’inventaire des tortillons qui me restent…Ça devrait aller jusqu’à la fin !

Samedi 18/01/2003. Vers l’île du Tigre.

Départ à 7 heures 30. Mais avant, je dois régler le problème de la pomme de douche que j’ai cassée la veille au soir en essayant d’obtenir un filet d’eau du pommeau.

Le guide me dit que ça va coûter très cher, c’est-à-dire entre 3 et 4 dollars !

Bon, je paie !

Nous partons en car vers le Mont Sam dont l’escalade permet de jouir d’un panorama sur la campagne environnante. Nous prenons ensuite un bateau à rame (ce sont toujours les femmes qui rament !) et nous visitons une ferme aquatique. Les poissons sont enfermés dans une nasse au-dessous de la maison flottante et sont nourris par une trappe. Séchés, ils sont exportés aux États-unis et en France.

Visite d’un village Cham, avec une mosquée (les Chams sont plutôt musulmans que bouddhistes) et retour sur le bateau de croisière.

Nous sommes débarqués à 6 sur l’île du Tigre où nous devons passer une nuit chez l’habitant. C’est bien sûr organisé car les Vietnamiens n’ont pas le droit d’héberger des Occidentaux.

29Je fais un tour dans le village, avec un couple de Français (elle est éducatrice). Nous faisons la connaissance des habitants, tous plus charmants les uns que les autres. Surtout une petite fille de 11 ans qui fait la fierté de ses parents et effectivement, nous lui faisons faire des opérations, nous communiquons par gestuelle et nous savons au bout du compte combien elle a de frères et sœurs.

En fin d’après midi, nous faisons un tour à vélo sur l’île et nous voyons tous les aspects économiques : la scierie, le marché, le forgeron, la fabrique d’encens, l’hôpital…

Nous rentrons chez nos hôtes et nous dormons dans des sortes de brancards haut-perchés ! La Française, parce qu’elle ronfle, dort dans la chambre de notre hôte, lequel occupe un hamac sur la terrasse…

Dimanche 19/01/2003. Départ de l’île des Tigres pour Rach Gia.

Il est 6 heures 30 du matin. Les bruits se superposent. Tout a commencé par le chant du coq, puis le bébé qui pleure parce qu’il a faim, les aboiements des chiens, le caquètement des canards, la radio mise à fond, la moto qui passe…

Les maisons sont faites de claies de bambou sur 3 côtés ce qui permet une bonne circulation d’air. Le soir, on tire à l’intérieur un rideau bâche pour préserver l’intimité du foyer.

Nous prenons le bac pour Long Xuyen avec nos vélos et nous allons visiter une ferme de crocodiles (10.000 pensionnaires !), puis le marché aux fleurs. Nous revenons sur notre île vers 11 heures 30 pour déjeuner et cela va être pour moi le grand départ…

En effet, je dois prendre le bus à Long Xuyen pour Rach Gia, ville étape avant l’île de Phu Quoc, dernier arrêt avant mon retour en France.

Me voici donc à nouveau sur le bac, avec mon sac à dos. Arrivé à terre, j’avise un pousse pousse pour qu’il me conduise à la gare routière. Là, il me reste à trouver le bon bus pour Rach Gia, à payer le billet (12.500 dongs) et à m’installer à bord. Mon sac à dos est sur le toit en plein soleil.

Je suis bien entendu le seul Occidental du bus et tout le monde est aux petits soins pour moi ! Une femme me montre par signe que la place que j’ai choisie et la moins bonne du bus à cause des courants d’air ! Bon, je vais m’asseoir ailleurs !

Il est 14 heures 30 et le bus démarre. Dix minutes après, arrêt ! Des vendeurs de tout et de rien montent dans le bus.

Le chauffeur est assisté d’un machiniste qui contrôle les tickets et qui, la portière ouverte, crie des yoyoyoyo à destination des piétons et des cyclistes qui pourraient entraver la course de notre bolide (notre chauffeur se prend pour un as du volant !).

Nous repartons, mais pas pour longtemps, car nous nous arrêtons pour prendre un pneu de camion et un essieu, qui vont voyager avec nous sur le plancher du bus. Puis nouvel arrêt, mais cette fois de 25 minutes, un vendeur de bijoux fantaisie propose sa marchandise, puis un vendeur d’éventail (pas bête!), un autre de billets de loterie, un autre de bougies, de cacahouètes….On va embarquer un passager et sa télévision, on est bien plein !

Bref, on repart, mais avec les coups de frein, on prend tout dans le dos !

Nous arrivons à Rach Gia à 17 heures 20. C’est à dire, 2 heures 10 pour 75 kilomètres.

Je prends une moto bike pour me rendre à l’hôtel que j’ai désigné, mais pas de chance, il est fermé pour travaux ! Mais mon pilote en connaît un autre…

Après un tour en ville, je vais dîner dehors, mais la table est tellement basse, je n’arrive pas à passer mes jambes dessous, et j’en casse mon assiette ! Enfin, j’avais presque fini mon repas et le « restaurateur »me fait grâce du paiement de l’assiette…

Lundi 20/01/2003. Vers l’île de Phu Quoc.

L’hôtel oublie de me réveiller, mais ce n’est pas grave, je me réveille tout seul ! Petit déjeuner, mais comme les serveuses ne pipent pas un mot d’anglais, elles me présentent sur un plateau ce qui est disponible…

D’après l’hôtel, le bateau rapide part à 8 heures 30. En fait, c’est un départ à 8 heure pour lequel j’arrive juste à temps !

Il y a bien sûr une vidéo à bord, le bateau rapide vient d’être mis en service (auparavant il fallait 7 à 8 heures de trajet) et nous ferons une traversée de 2 heures 15 par une mer très calme. Parvenu à bon port, j’avise une moto bike, et nous voici partis après une négociation sur le prix. Il est vrai que le débarquement a lieu fort loin (35 kilomètres) de mon lieu de séjour, enfin on se met d’accord pour 20.000 dongs soit 1,33 euro.

L’hôtel est l’un des plus beaux de l’île, je me suis fait une petite faveur, mais après plus de deux mois et demi de vadrouille, ça va me faire du bien de trouver des draps propres et de l’eau chaude et une piscine, et la plage, et la mer !

Nous nous mettons d’accord sur un prix de 34 dollars par nuit (le prix de départ était de 37 dollars). Je passe au restaurant, très agréable avec vue sur mer et terrasse ombragée, mais la cuisine, qui se veut pourtant vietnamienne, n’est pas à la hauteur des espérances : on va me servir un poisson grillé avec des frites ! Qu’à cela ne tienne ! J’irai comme d’habitude manger dans la rue !

Mais comme l’île est petite, je vais vite me heurter à l’incompréhension de la population locale. Comment, alors que vous séjournez au Saigon Phu Quoc Palace, vous voulez manger dans la rue ? Hé oui, ma petite dame, je suis bien, mal assis sur une chaise basse en plastique rouge, et j’apprécie votre cuisine qui sort de votre grand faitout !

Je pars me baigner, l’eau est merveilleusement chaude. Au-delà de la plage qui longe l’hôtel et qui est tacitement réservée à ses clients, je croise 2 Vietnamiennes en train de nageoter. Elles sont toute habillées et l’une d’elle a même gardé sur la tête son chapeau conique. Elles m’invitent à venir les voir en fin d’après midi, chez elles.

Vers 18 heures, je me pointe à la porte de la cahute (misérable). Il y a une seule pièce, avec un matelas par terre, mes deux « copines » et un vieux monsieur, probablement le père. Je suis bon pour une séance de photos et j’ai devant moi, une star. Incroyable de voir comme elle réussit à se faire une beauté dans des conditions aussi difficiles !

Mon sac dans lequel se trouvent mes affaires courantes (livre, lunettes, crème solaire, casquette, montre etc…) fait l’objet d’une fouille systématique et chacun d’essayer et de demander à quoi ça sert ! J’y passe aussi, on me touche et on commente mes poils de jambes, sous les bras, enfin, bref c’est le Vietnam !

Mais j’aurai beaucoup d’autres photos, car toute la petite ville va se transmettre le mot, qu’il y a là un « long nez » qui prend des photos sans se lasser et qui en plus, montre tout de suite le résultat !

 Et les familles de m’appeler à la porte de leurs cahutes, les femmes portant leurs enfants   dans les bras, et parfois, endimanchées !

Je retrouve cette incroyable soif de photos et qui plus est, sans retour, car aucun ne me demandera de lui faire parvenir la prise de vue !

Mardi 21/01/2003. Phu Quoc.

Mes journées vont se dérouler avec la régularité d’un métronome : lever vers les 8 heures, piscine puis petit déjeuner, balade à pied dans les environs (au grand désespoir des moto bikes!), déjeuner vers 11 heures 30 (le soleil à cette heure-là cogne vraiment très fort), puis sieste et sortie vers les 15 heures pour dorer et lire sur la plage (Guerre et Paix) et me baigner. Dîner vers 18 heures 30, il fait nuit noire – d’autant qu’il y a de temps en temps des coupures de courant (pas à l’hôtel qui a ses propres groupes électrogènes).

Ce soir j’ai vu des enfants jouer à une sorte de jeu de boule : un trait est tracé sur le sable de la route (en réfection) et le jeu consiste à lancer sa tong au plus prés du trait mais sans jamais le dépasser.

Mercredi 22/01/2003. Phu Quoc.

37Il est 9 heures un quart. Je suis mi allongé mi assis sur une chaise longue et je contemple la mer et les nuages. Les tons sont très pastels aujourd’hui, il y aurait comme un peu de grisaille.

Jeudi 23/01/2003. Phu Quoc.

Je me suis fait offrir le thé par cinq copains, l’un d’eux parle un peu l’anglais. En fin d’après midi, vu un petit garçon qui joue avec un cerf volant fait à la maison (avec des sacs plastiques !).

Vendredi 24/01/2003. Phu Quoc.

36Visite du marché et quelques photos. Sur le pas de sa porte, un jeune homme m’invite à entrer et m’offre le thé. Il veut absolument que je prenne en photo les pin up affichées dans sa chambre, laquelle n’est « meublée » que d’un matelas posé à même le sol ! Je m’exécute de bonne grâce ! Je prends également en photos quelques marchandes au marché et un tailleur de rue.

Sur le retour, alors que j’aborde à pied un virage, je vois arriver face à moi un groupe de quatre filles à vélo qui se rendent à l’école avec leur uniforme. Mais il est trop tard pour moi pour pouvoir les prendre en photo : j’ai juste le temps de regarder ma montre et de me dire qu’il faut que je me poste là demain, car elles vont sûrement repasser.

Samedi 25/01/2003. Phu Quoc.

38

Étonnant de voir le nombre de gens qui ont besoin de lunettes et je présume que c’est hors de prix pour la population. Arrivés à un certain âge, ils ne voient visiblement plus grand-chose.

Rencontré sur mon chemin un petit garçon à qui on avait dû demander de ramener à la maison un grand carton vide. Trop grand pour ses petits bras ! Mais, pas bête, il est passé à l’intérieur du carton et a pu ainsi en saisir les bords et se trimbaler comme ça, jusqu’à la maison !

A l’heure dite, je suis embusqué derrière le virage, prêt à prendre le cliché du siècle ! Les voilà, elles arrivent !

Ce qui est rare, c’est le fait, non pas qu’elles soient en uniforme, obligatoire, mais qu’elles soient chapeautées en « conique » (elles sont toutes en casquette!), et qu’elles ne portent pas le masque anti poussière (ça fait bandit corse), si à la mode ici.

Dimanche 26/01/2003. Phu Quoc.

C’est mon dernier jour sur l’île paradisiaque…Je la passe en balade sur le port, sur la plage, je prends mes derniers bains, je rassemble mes souvenirs.

Le soir, je passe devant un centre récréatif : on répète pour la fête du Têt. Comme je prends des photos, on m’invite à entrer !

Lundi 27/01/2003. La journée la plus longue !

Un dernier plongeon dans la piscine, il est 7 heures du matin.

Je paye l’hôtel, avec un mélange de monnaie invraisemblable ! Des dongs, dont je n’ai plus que faire, des euros, des dollars et de la carte bleue (10 dollars) ! Je garde 20 dollars pour la sortie et 102.000 dongs pour mes dépenses de nourriture.

J’arrive à 9 heures 30 à l' »aéroport »de Phu Quoc, l’avion est censé partir à 11 heures pour Ho Chi Minh Ville, d’où je reprends l’avion pour Bangkok et ensuite Paris !

Tout se passe bien, j’arrive à 12 heures 30 à l’aéroport d’Ho Chi Minh Ville et je commence mon attente. Je laisse mon sac à dos à la consigne pour 2 dollars.

D’abord déjeuner. Du riz ou des nouilles, comme d’habitude ! Je commande une bouteille d’eau. Elle m’est facturée à 20.000 dongs pour seulement un demi litre ! C’est du vol (ça va bien avec un aéroport !), la même bouteille est vendue à l’extérieur du restaurant à 7.000 dongs. J’ai beau protester auprès de la serveuse et mettre mon index sur le coté gauche de ma tempe, il me faut payer quand même !

Il n’y a pas de salle d’attente dans l’aéroport, pas d’air conditionné et c’est un aimable bordel !

Néanmoins, je réussis à trouver une salle d’attente au 1° étage, mais il faut se mettre sous un ventilateur pour pouvoir supporter la chaleur.

Il n’y a aucune presse étrangère.

Je lis Guerre et Paix.

L’embarquement ne commence qu’à 19 heures.

Paris, le 28/01/2003. Je retrouve Régine et c’est bien.

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