Jean Marie Lambert

Madagascar II (2003)

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VOYAGE A MADAGASCAR
Du 31/08/2003 au 27/10/2003.

II° partie : du 29/09/2003 au 27/10/2003.

Le voyage continue…mais sans Régine !

Lundi 29/09/2003. Ce n’est qu’un au revoir! Mais ça fait mal!

Régine rentre à Paris ce matin. Nous nous levons à 4 heures 30, nous sommes à l’aéroport à 5 heures et il y a déjà du monde à l’enregistrement.

J’achète un « Monde » du 17 septembre.

Je dis à bientôt et c’est triste un peu que je reprends la route vers le « Manoir Rouge ».

Lundi 29/09/2003. De Tana à Miandrivazo.

Après avoir pris un copieux petit déjeuner à l’hôtel, je hèle un taxi pour qu’il me conduise à la gare routière, destination Miandrivazo. C’est de là que je vais pouvoir organiser ma descente de rivière en pirogue (la Tsiribihina).

J’arrive tout content à la gare routière, il est 6 heures 45, je suis sûr d’arriver dans l’après midi à destination.

Je prends mon billet et c’est après avoir payé que j’apprends que l’heure théorique de départ pour Miandrivazo est à 13 heures 30 !

Tant pis pour moi, il va falloir tuer le temps…

En fait, nous partirons à 14 heures 45, pour bien sûr, commencer par prendre de l’essence !

Nous allons sûrement rouler de nuit (en fait, nous atteindrons Antsirabé la nuit tombée et nous ne sommes qu’à la moitié du parcours), et moi qui avais promis à Régine de ne jamais prendre un taxi brousse de nuit, me voilà dans de beaux draps !

La route est bonne, sauf que, à un endroit, les traverses d’un pont se sont effondrées…Il faut descendre du véhicule, marcher (en pleine nuit, merci la lampe frontale !) sur les traverses longitudinales, le taxi suivant derrière. Enfin tout se passe bien.

Au loin, le ciel est couleur feu et c’est très spectaculaire : les Malgaches pratiquent la culture extensive par brûlis, c’est interdit mais c’est la coutume. Alors, bien sûr, de temps en temps, il y a des villages entiers qui se font rôtir, sans compter les dégâts à la faune et à la flore.

Arrivé à 23 heures à Miandrivazo, un jeune rabatteur m’a vite repéré (je suis le seul vaza !), il me propose un hôtel tout proche, mais ça n’est pas celui que je veux. Il prétend que celui que j’ai choisi est complet.

Tant pis, je prends le risque (vu le nombre de touristes croisés, ça n’est pas possible !). Et me voilà parti à pousse pousse dans les rues désertes accompagné par mon cornac (indécrottable) vers l’hôtel « les gîtes de la Tsiribihina ».

J’ai à faire au gardien de nuit qui me trouve une chambre sans problème (nous ne sommes que 3 dans cet hôtel !).

Il fait une chaleur épouvantable dans cette chambre et le ventilateur est hyper bruyant…

A cette heure, Régine est à Paris.

Mardi 30/09/2003. A Miandrivazo.

Bon, il fallait s’y attendre, mais mon « ami » d’hier au soir est là ce matin et me fait des propositions pour la descente de la rivière et le trek des Tsingy.

Il démarre à 750 euros, vite ramené à 500, puis à 450, puis à 430…Je dois rejoindre deux francophones (en fait, je le saurai plus tard, un Français et une Suissesse) qui sont partis tôt ce matin pour la descente de la rivière. J’ai donc une demie journée de retard, la jonction devant se faire à Antsiraraka.

Il n’y a donc pas de temps à perdre et je déjeune rapidement. Il fait une chaleur phénoménale.

Je fais connaissance des gérants de l’hôtel, jeune couple Français un peu déjanté (lui peint, elle tisse) qui fait ainsi une sorte de tour du monde. Ils viennent du Mexique et du Guatemala et repartiront de Madagascar l’an prochain. Ils me confirment que la vie est extrêmement difficile, même pour eux. Pas d’électricité en permanence, eau douteuse, bien entendu, aucune activité culturelle…La région est agricole : maïs, haricots blancs, riz (parfois 2 récoltes dans l’année), un peu de pêche, un peu de zébu…Ils portent un jugement assez sévère sur les ONG : elles font de l’assistanat et quand elles agissent, le gouvernement central estime que le problème sur lequel elles s’activent n’est plus de son ressort.

Je leur laisse mon exemplaire du « Monde » du 17/09, à charge pour eux de terminer les mots croisés…

Me voilà sur la Tsiribihina, confortablement assis au milieu de la pirogue (c’est bien plus confortable que n’importe quel taxi brousse !), devant moi le guide, derrière moi, le piroguier.

Le paysage défile, je vois beaucoup d’oiseaux, dont des martins pêcheurs bleus à aigrette. Le fleuve est parfois très peu profond et le piroguier descend de temps à autre pour alléger l’embarcation.

Arrêt dans un village. Là, nous allons embarquer un barbecue et une poule, qui, à un moment ou à un autre, ne fera plus partie du voyage…

Nous filons à belle allure et comme la nuit tombe, nous nous arrêtons sur la berge pour dîner et dormir.

Pour cette première nuit, n’écoutant que mon courage, je décide de me passer de tente et de dormir comme un Malgache, à la belle étoile !

Mal m’en a pris : une nuée de moustiques va tournoyer en farandole toute la nuit, sans trop me piquer, car j’ai le corps apparent luisant de crème anti-moustique, mais en faisant un bruit qui va m’empêcher de dormir jusqu’au moment ou, excédé, j’enfile ma tête dans un sac de toile jute qui normalement me sert de sac à linge sale. J’étouffe un peu, d’accord, mais il y a moins de bruit !

Entre deux maux, j’ai choisi le moindre !

Mercredi 01/10/2003. Descente de la rivière.

Le réveil se fait à 4 heure un quart.

La poule est toujours vivante.

Petit déjeuner avec un œuf sur le plat !

Recette pour se laver les dents : prendre du charbon de bois, le piler avec du sel et frotter les dents avec un doigt. On peut aussi utiliser la fibre de la canne à sucre.

Mon guide a 30 ans, un enfant de 9 ans. Il a abandonné ses études après le bac, car il ne supportait pas sa belle-mère.

Nous voilà donc repartis dans la formation suivante : le guide, moi avec un parapluie déployé pour protéger mon crâne du soleil, la poule, le piroguier. Je suis sûr que, vu de la rive, nous ressemblons aux gravures illustrant les « Malet Isaac » de notre enfance (Savorgnan de Brazza descendant le fleuve Congo, 1886-1887).

Vu un dogon (enfin, pas sûr du nom), dit roi des oiseaux (il est même craint par l’aigle). C’est un oiseau rouge vif, qui peut imiter le cri des autres oiseaux. En quelque sorte, un oiseau polyglotte.

Vu des caméléons, un milan, des lémuriens blancs, une tortue, des hérons, des perroquets. Et aussi un homme qui s’acharne à faire traverser le fleuve à son zébu. Lui n’est vraiment pas d’accord.

Nous nous arrêtons pour le déjeuner près d’une cascade. Comme nous sommes « en retard » par rapport au mouvement général des pirogues, nous sommes les seuls sur les lieux et c’est magique. J’en profite pour me baigner tout nu dans une retenue d’eau bien fraîche puis je me lave enfin (ça fait trois jours sans !).

La poule est morte ce soir (Henri Salvador).

Jeudi 02/10/2003. La descente continue.

J’ai passé la nuit sous la tente, c’est tout de même plus agréable même si c’est étouffant (on ne peut pas tout avoir !).

Nous reprenons notre parcours en pirogue et nous nous arrêtons à un petit village pour prendre un café. Attachés, un perroquet et un lémurien (tout ça, c’est strictement interdit !).

Vu sur la rive des perroquets en liberté, des chauve souris, et aussi, l’attraction, un jeune crocodile de 8 mois environ…

Nous nous arrêtons le long de la rive pour déjeuner. Aussitôt survient une famille puis une autre qui nous regardent préparer notre repas. Je vais distribuer les quelques gâteaux qui me restent à tous les enfants qui nous entourent.

J’en sais un peu plus sur les pirogues : leur durée de vie dépend de la qualité du bois employé, donc de 2 à 20 ans. La fabrication, sauf pour de longs modèles, se fait par soi-même.

Voilà qu’un père de famille s’approche de moi, avec dans les bras son jeune fils qui a une vilaine plaie au pied. Elle suppure et lui fait mal quand on appuie dessus. Il me demande de le soigner. Je pense très fort à Régine (comment ferait elle ?).

Il va « laver » la plaie à la rivière et je fais ce que je peux avec mon antiseptique. Je mets par dessus une gaze que j’attache avec du sparadrap.

Je lui conseille vivement d’aller tout de suite au dispensaire le plus proche (il y en a un à une heure de marche, et c’est gratuit).

Je suis étonné de la passivité apparente des parents. Mon guide m’explique alors qu’en premier lieu les parents font appel aux recettes traditionnelles et ça n’est qu’après qu’ils s’inquiètent et attendent le vaza…

Devinette: quelle différence y a-t-il entre le guitariste à la pirogue et le gondolier Vénitien à la mandoline? Aucune, sauf que l’un des deux porte une Rolex au poignet gauche.

Nous reprenons notre route, ou plutôt, notre cours d’eau. La descente devient plus dangereuse car la marée remonte et le vent se lève. Nous heurtons un ou deux rochers et nous décidons de descendre sur la rive pour continuer à pied ce qui reste à faire. Atteindre la rive va être long et difficile car ni le guide ni le piroguier ne veulent mettre le pied dans l’eau (ça se comprend, y a du croco !).

Nous débarquons enfin, le piroguier continue avec sa pirogue allégée. Nous allons le retrouver un peu plus loin.

Et c’est là que se termine la descente en pirogue de la rivière la Tsiribihina.

Nous devons rejoindre un village dans la brousse (Antsiraraka) et qui ne figure sur aucune carte….

Et c’est juché sur une charrette à zébu (on ne peut pas faire plus local !) que je me trouve une bonne heure après, la nuit étant tombée, à Antsiraraka. Les paysages sont splendides, les hommes et les femmes rentrent des champs, les enfants courent partout.

La charrette à zébu, c’est vraiment inconfortable mais c’est vrai que ça passe partout même là où ne passe pas le 4×4 (ça arrive !). Ça n’est pas facile à manœuvrer car il est quasiment impossible de faire reculer l’attelage et il nous est arrivé de nous retrouver dans le sens opposé à la marche…

L’hôtel est on ne peut plus local : douche africaine (bidon d’eau chaude stagnante avec grenouilles et seau plastique), moustiquaire, électricité fournie par générateur pendant quelques heures, toilettes équipées de cafards de toutes tailles…

Vendredi 03/10/2003. En route vers Bekopaka, point d’entrée du parc national des Tsingy de Bemaraha.

Réveil matinal à 5 heures 30.

Les canards ont fait du bruit une partie de la nuit, relayés ensuite par les chiens…

Je pars me promener dans le village. Je passe devant l’école : les enfants sont en train de chanter « Frère Jacques » avec un délicieux accent.

Un étal : le kg de riz est affiché à 4.000 FMG soit 0,61 euro.

Je dis au revoir à mon guide et à mon piroguier, lequel me demande…des antibiotiques !

Un peu stupéfait, je lui demande: « pour quoi faire ? » Il me répond que ça le met en forme !

Je retourne à l’hôtel où je rencontre un Irlandais à Madagascar pour 8 jours (!) et qui rentre chez lui. J’attends mon groupe, c’est à dire mes deux francophones.

Les voici qui arrivent.

En fait, lui est Français (Dominique), elle Suissesse (Barbara). Ils se sont rencontrés dans l’avion Paris Madagascar, ont sympathisé et ont décidé de faire un bout de chemin ensemble.

Nous voilà partis pour une journée de 4×4, direction Bekopaka. Je fais connaissance de mon nouveau guide « Laza », qui n’est pas du genre « National Geographic », mais plutôt reggae. D’ailleurs, il ne cessera de passer des cassettes de ses chanteurs préférés, et bien sûr, à tue tête!

Notre chauffeur conduit bien mais se conduit mal : il bouscule les charrettes à zébu, entre à toute vitesse dans les troupeaux qui cheminent sur la route…

Après avoir passé la journée et deux bacs, nous arrivons à Bekopaka. Là, nous plantons nos tentes, la mienne est si petite que je suis obligé de dormir en diagonale si je ne veux pas avoir les pieds au dehors !

Sur ce camping, il y a un groupe de six Polonais, saouls comme des Polonais, mais tout de même spécialistes universitaires de l’époque napoléonienne.

Ils se joignent à nous pendant le dîner et nous racontent leurs périples. Ils ont particulièrement appréciés l’Iran, mais les femmes doivent porter le voile, touristes ou pas. Alors, Régine, on relève le défi ? Pour eux, pas de problème, ils circulent sans femme et sont visiblement portés sur le sexe fort !

Samedi 04/10/2003. Sur place !

Nous apprenons, de la part de Malgaches comme on dit bien informés, que les Indiens, qui détiennent le monopole de la location des 4×4, font tout (c’est-à-dire payer les députés) pour que le réseau routier qui mène aux Tsingy reste dans l’état le plus déplorable possible…

C’est le jour du trek. Nous nous rendons en 4×4 sur le lieu de nos exploits.

Grand Tsingy, épuisant. On enfile un baudrier avec mousquetons, on fait de temps en temps un peu de « via ferrata », on rampe, on a soif, on monte, on descend, on glisse, les rochers sont très coupants…

Le paysage est spectaculaire (heureusement !), la faune, comme toujours (lémuriens, rat, inséparables (oiseaux)).

Attention, il est fady (comprendre interdit) de montrer du doigt en le pointant en avant, car les âmes des ancêtres pourraient penser qu’elles sont menacées, il faut donc désigner en pliant l’index…voir exemple ci dessous !

Notre suissesse perdra dans l’aventure, une paire de jumelle et une lampe frontale, objets rattrapés par notre guide (Simon).

Simon est marié depuis peu. Il a acheté sa femme 3 zébus ce qui est significatif de sa beauté (4 zébus, c’est un max !).

Grande fatigue à la fin. Retour au campement en 4×4 qui en chemin prendra 2 passagers supplémentaire et une machine à coudre…

Heureusement, douche à l’africaine salvatrice à l’arrivée.

Dimanche 05/10/2003. En route vers Morondava.

La nuit est difficile, les chiens qui aboient, les canards, les oies, bref, beaucoup de bruit pour rien… (1)

(1) William Shakespeare, vers 1598.

Le départ en 4×4 est prévu pour 7 heures du matin et l’arrivée théorique vers 18 heures.

Nous avons à franchir deux cours d’eau par bac.

A l’un d’entre eux, le bac précédent le nôtre a emporté par mégarde le rail de descente qui permet au 4×4 de gagner la rive !

Sur la route, nous sommes arrêtés à un barrage économique (ça s’appelle comme ça !). Une barrière barre la route et ne se lèvera qu’après paiement d’un droit d’octroi (5.000 FMG). Ces barrages sont tenus soit par l’armée, soit par la gendarmerie, soit par la police, soit par des groupes armés indéfinissables (mais comme ils sont armés !), soit par des villageois…Il n’y a aucune raison économique à ces barrages, à l’exception des barrages tenus par les villageois, (cela correspond à un bout de piste qu’ils ont aménagé c’est-à-dire sans trou exagéré), sauf à se faire de l’argent de poche !

Nous allons nous arrêter en chemin pour admirer la décoration des tombes sakalava, véritables bandes dessinées qui racontent la vie des défunts, et l’allée des baobabs.

Nous arrivons à Morondava, il fait nuit noire et nous logeons à l’hôtel « Oasis » (sur lequel notre guide a sûrement sa petite com’).

Y a plein de petites bêtes sympathiques mais pas trop : cafards et fourmis géantes!

Lundi 06/10/2003. Morondava.

Nous décidons de changer d’hôtel!

Nous voici, Barbara, Dominique et moi à l’hôtel des « Trois Cigognes ».

A dire vrai, nous avons eu une chance inouïe ! Barbara avait acheté ses billets avant son départ dans une agence de voyage spécialiste de Madagascar, Corail Voyage, à Lausanne. Le patron de cette agence lui avait dit qu’il se trouverait dans la région de Morondava au début du mois d’octobre. Et ce matin, alors que nous sortions avec Barbara de l’Oasis, nous tombons sur Jacques Rey…

Comme il connaît très bien Madagascar (il sillonne l’île depuis plus de 15 ans), il nous indique le bon hôtel rapport qualité prix de Morondava, les Trois Cigognes, dont le patron est Italien.

Et il va faire beaucoup plus pour nous, car il va nous chapeauter durant notre passage à Morondava.

Grâce à lui, nous ferons connaissance d’un épicier Indien (nous prendrons un délicieux petit déjeuner dans son épicerie) et de son guide local chez qui nous serons invités à dîner…

J’en sais maintenant un peu plus sur la communauté indienne.

Ils sont épiciers ou bijoutiers ou loueurs de voitures, possèdent les hôtels. Ils sont haïs par les Malgaches, car ils ne fusionnent pas avec la population locale et étalent leurs richesses.

Alors de temps à autre, il y a des explosions de colère- en quelque sorte des pogroms-et les Malgaches se livrent au pillage des magasins.

Ceci étant, tout est prévu ! Les Indiens quittent la ville par avion, direction La Réunion (pas de problème car ils ont eu l’intelligence de garder la nationalité Française), les magasins sont dévalisés (mais ils ont pris soin de ne laisser que les produits périmés ou carrément invendables) et une quinzaine de jours après les événements, les Indiens rentrent chez eux et la vie continue…

Je décide de la suite de mon voyage : Dominique a décidé de rester à Morondava et de reprendre l’avion pour Tana. Barbara a un billet d’avion Morombe Tuléar et moi, j’hésite.

Au final je décide de faire un bout de chemin avec Barbara qui en est toute contente, car pour aller de Morondava à Morombe, une seule solution, le 4×4, très cher et à deux le coût en est divisé par …deux.

Il nous reste à louer un 4×4, ce que nous faisons chez un bijoutier Indien, sur recommandation de Jacques.

On en a pour 3.000.000 de FMG au total, soit 457 euros.

Je ne résiste pas au plaisir de raconter « la blague » qui fait éclater de rire tous les vazas : question, comment faire pour repartir millionnaire de Madagascar?

Très simple : il suffit d’arriver milliardaire!

Car en réalité, tout est très cher, pas à l’achat mais pour la suite. Exemple, un vaza achète une maison, demande le branchement du compteur d’électricité (il faut surpayer si on veut que cela soit fait dans des délais raisonnables), il reçoit sa première facture qui inclue non seulement ce qu’il a consommé, mais aussi ce que son prédécesseur n’a pas payé. Bien évidemment, s’il refuse de régler, on débranche…

Je vais faire le plein de FMG à la succursale locale de la Société Générale avec ma carte de crédit. C’est une opération qui peut prendre un temps fou, car il n’y pas de liaison téléphonique fiable avec le centre d’autorisation. On me dit de revenir dans une demie heure (quelquefois, il faut attendre jusqu’à une journée !).

Une demie heure après, c’est prêt. Deuxième miracle, alors que je m’approche de la sainte manne, une vaza se retourne et me demande si je ne travaille pas à Paris à la Société Générale. Je lui dis que oui, mais que j’ai cessé d’y travailler depuis un an. Elle me dit m’avoir vu dans les couloirs de la banque, elle-même travaillant à l’étage au-dessus du mien !

Ballade le long de la plage, coucher de soleil sur la mer.

Comme la plage sert de WC public à la population, chacun a pour honneur de planter un petit bâton de bois là où il a déféqué ce qui permet de faire un utile détour, en somme d’effectuer un slalom sur sable…

Au dîner, nous discutons avec un couple d’infirmiers venu s’installer dans une île proche de Morombe pour remettre bénévolement d’aplomb un dispensaire.

Ils ont reconstruit les bâtiments avec grande difficulté car le vol est endémique à Madagascar : quand on commende 3.000 planches, on est heureux d’en avoir 1.200 à l’arrivée ! Pareil pour les clous qui disparaissent à la vitesse grand V.

Ils vivent sur leurs économies et évaluent leur besoin mensuel à 600.000 FMG, soit 92 euros.

Ils ont un 4×4 cabossé, victime de manipulations hasardeuses dans le port de débarquement et dépouillé intérieurement et extérieurement. Ils ne se plaignent pas mais je trouve qu’ils boivent vraiment beaucoup de rhum, et qu’elle rie trop, trop fort et trop souvent. Elle serait en train de glisser vers une déprime que je n’en serai pas surpris plus que cela.

Mardi 07/10/2003. Morondava.

21Plage de Betania le matin. Pour y accéder, il faut prendre une pirogue, le prix de la traversée étant de 1.000 FMG soit 15 centimes d’euro, le double du prix Malgache.

Curieusement, cette pirogue est manœuvrée par une femme.

A peine allongé sur le sable que je suis entouré par une dizaine d’enfants qui veulent bien sûr, des cadeaux ou de l’argent ! Comme je ne réponds pas, ils finissent par se lasser et par partir. Me voilà tranquille, mais pas pour longtemps car ils sont remplacés par une dizaine d’autres et ainsi de suite ! Je rentre sur le coup de 14 heures, le soleil est écrasant.

Ce soir, le dîner est à l’extérieur : Jacques nous a invité chez son guide malgache (Michou).

Pour la première fois, je vais entrer dans une famille, le temps d’un repas.

La famille est bien sûr assez occidentalisée (trois enfants seulement, deux filles et un garçon), mais habite dans une cabane en bois avec une petite cour sur le côté.

Nous allons manger somptueusement (après benedictus) : thon grillé à l’ail, crevettes à la noix de coco, riz, banane au caramel. Bien entendu, ce menu n’a rien à voir avec le quotidien qui est fait de riz, de brédes (sorte d’épinard local) matin midi et soir, avec très peu de poulet, quelquefois du poisson et très rarement de la viande de zébu.

J’apprends que les congés payés n’existent pas, que les soins sont gratuits en théorie, mais qu’il faut donner quelque chose, que l’école est publique ou privée (payante dans ce cas) et que l’anglais est la deuxième langue obligatoire, l’enseignement étant fait en français ou en malgache selon le type d’école. Dans le secteur public, il n’est pas rare d’avoir des classes de 200 élèves !

Mercredi 08/10/2003. Vers Belo sur Mer.

Nous voilà en 4×4, Barbara et moi, en route ou plutôt en piste pour Morombe, en plusieurs étapes.

Nous savons que la piste est difficile, mais nous y rendre par la mer aurait été plus dangereux.

L’idée est d’arriver à Belo sur Mer, de renvoyer le 4×4 (il se loue à la journée), de rester deux trois jours à Belo et de repartir par le 4×4 (en fait un pick-up) vers la destination finale, Morombe.

Le départ se fait vers 9 heures du matin. Augustin, notre chauffeur, fait le plein d’essence (une grève de la distribution menace !), puis un premier arrêt pour chercher le permis, un deuxième pour dire au revoir à la famille et un troisième pour acheter des bananes…

Mais enfin, on avance quand même, et nous serons à 15 heures rendus à Belo sur Mer, à 75 Km de Morondava, soit une moyenne de 19 Km/h.

Nous allons, chemin faisant, traverser un lac. Les villageois ont mis en place un ingénieux système pour la traversée: l’un des leurs court en avant du véhicule lui indiquant ainsi par où il doit passer pour éviter l’ensablement. Bien sûr, cela a un coût (5.000 FMG soit 0,76 euro) mais permet de faire « vivre » le village.

Chemin faisant, nous allons croiser des villageois, visages fermés, en ordre de bataille, avec sagaies, serpettes : ils viennent de récupérer leur troupeau de zébus (il y a beaucoup de vols de bétail dans la région). A peine plus loin, nous allons croiser trois gendarmes, dégoulinant de sueur, kalachnikov en bandoulière. Ils nous font signe de nous arrêter (et y a intérêt à s’arrêter !) et nous demande de l’eau ! Dans ce pays, gendarmes et voleurs se déplacent de la même manière, à pieds !

Pendant un temps nous empruntons la piste dite des « Américains », superbe.

Les Américains sont en effet venus à Madagascar dans l’espoir de trouver du pétrole (!), ont construit une piste pour acheminer du matériel, mais comme la recherche a été vaine, ils ont plié bagages. Et depuis, on n’a jamais revu un Américain à Madagascar et les Malgaches en rient encore.

Arrivée à Belo sur Mer. Notre hôtel est tout à fait sympathique, en bordure de mer, avec bungalows. Il est la propriété d’Annick, petit bout de femme, Française d’origine.

Il est encore temps de déjeuner, il va être délicieux,  taboulé, poisson mariné, fromage et café.

Un lémurien me lèche les doigts de pied et veut finir les plats !

Jeudi 09/10/2003. Belo sur Mer.

Lémurien, Belo/Mer.Je commence à avoir des problèmes avec la carte mémoire de l’appareil photo. Et comme je n’ai pas emmené avec moi une carte de rechange, je demande à Barbara de me prêter la sienne.

Nous partons déjeuner chez « Luna », un poisson grillé avec le riz inévitable, pour 30.000 FMG (4,50 euros) par personne.

La patronne et son mari sont originaires d’Antsirabé, ses deux filles sont auprès de sa mère à Antsirabé car n’y a pas d’école publique correcte ici (en fait, il y a une école « Malgache » et non d’expression française). Cela leur revient à 100.000 FMG par mois pour les deux filles, soit un peu plus de 15 euros.

Elle voudrait bien savoir si nous retournons à Morondava car elle doit y aller pour faire ses courses (on ne trouve ici que les produits la mer) et elle a besoin de fruits, de riz, de légumes…

Vendredi 10/10/2003. Départ pour Morombe.

Petit déjeuner en compagnie d’Annick. Elle nous raconte qu’elle circule sans carte grise car le papier gris est introuvable depuis plusieurs mois: on ne peut donc lui établir ses papiers. Elle a donc des récépissés qui font office. Il faut donc de temps en temps qu’elle se rende à Tuléar pour savoir où ça en est.

En principe, le départ en pick-up a lieu à 9 heures, mais c’est passé 11 heures que nous monterons à bord du 4×4.

Et là, nous sommes avec Michou (le guide chez qui nous avions déjeuné à Morondava), Augustin, le chauffeur et un troisième passager, jeune garçon qui profite du voyage.

Nous nous arrêtons en chemin pour déjeuner dans une hotely (horrible !).

Puis, une fois repris la piste, nous avons une rivière à traverser à gué.

Pas de villageois en vue pour courir devant le 4×4, qu’a cela ne tienne, Michou marche dans l’eau devant le 4×4. Et là, malheur, le 4×4 se plante dans un banc de sable (en plus, mouvant…). Rien à faire pour nous dégager et nous nous enfonçons de plus en plus…

C’est alors, que de la rive opposée, accoure tout un village, femmes, enfants, hommes valides et invalides. Je les soupçonne de nous avoir guettés bien à l’abri derrière la berge. En effet, une âpre discussion s’engage…

Pour nous sauver des eaux, ils demandent 500.000 FMG (77 euros), car il y a des vazas dans le pick-up !

Augustin et Michou se défendent comme des beaux diables et finiront par obtenir un prix correct (après palabres !) : 50.000 FMG (7,60 euros). Tout va alors aller très vite : les villageois se mettent de chaque coté du 4×4 et le translatent d’à peine 50 cm, et le tour est joué !

Nous voilà repartis sur une piste sans fin, extrêmement difficile.

Nous arrivons en fin d’après midi à Manja, minuscule village où nous débarquons dans l’unique hôtel, si je puis dire, à 25.000 FMG la chambre (3,81 euros).

Il fait une chaleur épouvantable dans cette chambre au confort plus que sommaire (mais enfin, de quoi te plains-tu, tu voulais du local, en voici !).

Nous partons nous promener dans le village (Michou, Barbara et moi).

J’avise la maison du vétérinaire, je pousse le portail et nous somme invités par l’occupant à prendre le thé. L’intérieur est de type Ségalo des années 50, il y a un magnifique poste de télé avec canal satellite, l’alimentation électrique se fait par générateur. Il n’y a pas de téléphone à Manja, seulement des liaisons radio et encore, rien ne passe pendant la saison des pluies! Il fait partie de ceux qui ont dû faire leurs études supérieures en URSS. C’est un veto privé qui visite sa clientèle en moto et en charrette à zébu. Il a beaucoup de difficulté à convaincre les éleveurs de faire vacciner les troupeaux (les hommes se soignent déjà mal !). Les troupeaux vont de 20 à 2.000 têtes, un zébu vaut dans les 230 euros.

La nuit va être difficile, chaleur, canards, carillons, voisins, coqs…

Les toilettes sont immondes.

Samedi 11/10/2003. Vers Morombe.

34Il est 6 heures 30 du matin quand nous démarrons. Nous serons à destination à 14 heures. 160 Km en 7 heures 30 ou 21 Km/h.

Nous avons à traverser la rivière Mangoky par bac public, donc gratuit.

Le patron nous extorque un crayon bille puis une fois la rive opposée atteinte, nous demande pour nous deux les vazas, 25.000 FMG alors que c’est le principe de la gratuité qui s’applique. Certes nous dit-il en nous montrant le règlement, mais le fait que l’on ne parle pas des vazas sur la tarification m’autorise à prélever 25.000 FMG pour deux…

Arrivée à Morombe : notre hôtel est au bord de mer (mais la plage est sale) et je m’offre la plus belle chambre. Air climatisée, douche avec eau froide et chaude, réfrigérateur et même la télé, il est vrai hors d’usage. Le patron est un Français.

Dimanche 12/10/2003. Morombe.

35Comme c’est dimanche, je décide d’assister à un office religieux. J’entre d’abord dans un temple luthérien, austère (une croix, un autel, officiants Malgaches), bourré de monde.

J’en sors pour me rendre à deux pas à l’église catholique. Bourrée de monde, elle aussi.

Mais c’est beaucoup plus swing : petit orchestre avec harmonium, batterie, tambour.

Au fond de l’église, un Christ en croix, blanc. En face, une Vierge en bois sculpté. Sur un bas côté de la nef, les 15 tableaux de la Passion.

Le prêtre est blanc (c’est un Belge), les diacres et les enfants de chœur sont noirs, comme l’assistance (un seul autre vaza dans la foule). Bien entendu, l’office est en malgache.

Les hommes, les femmes, les enfants, tous sont endimanchés avec des tenues féminines très acidulées (orange, rose, jaune) et de superbes chapeaux.

N’empêche que l’on ne peut s’empêcher de penser à Marx : la religion, opium du peuple. Encore une bouffée pour passer la semaine à venir…

Des chants vigoureux, une ferveur certaine.

Lundi 13/10/2003. Retour à Antananarivo.

Nous devons nous rendre à l’aérodrome, à quelques 3-4 Km de la ville. Pas de taxi en vue, et comme nous ne sommes pas trop en avance, nous décidons de partir à pied. Heureusement, nous serons doublés en chemin par un minibus d’Italiens et le stop, ça marche !

Nous montons donc dans un Twin Otter, avion fabriqué au Canada par De Havilland Canada absorbé depuis quelques années par Bombardier, pouvant être équipé au choix d’un train d’atterrissage à roue, à skis, à flotteur…Bon, c’est pas du matériel neuf !

Je vais en fait faire un demi tour de l’île car mon avion me dépose à Tuléar, et là, je change pour un autre avion (Boeing) direction Tana avec escale à Fort Dauphin.

Arrivés à Tuléar, nos chemins avec Barbara se séparent.

36La compagnie m’offre un sandwich à la sardine avec un coca.

Je repars à bord du Boeing d’Air Madagascar.

A l’escale de Fort Dauphin, je suis étonné de voir sur le tarmac un avion militaire avec un bidasse bien de chez nous. C’est un Transal. J’apprendrai par la presse qu’il s’agit de manœuvres communes entre militaires Malgaches et Français.

Arrivé à Tana, je me précipite vers le comptoir d’Air Madagascar pour prendre mes billets : Antananarivo-Diégo Suarez et Diégo Suarez-Nosy Be.

Patatras, l’informatique est plantée, il faut donc que j’aille en centre ville (où je n’ai pas envie d’aller). Je tempête un peu et elle consent à me faire les deux billets à la main. L’avenir montrera que le premier billet est rempli à tort et à travers.

J’achète quelques numéros disparates du Monde. C’est amusant à lire, j’ai l’impression de traverser un cours d’eau en sautant de pierre en pierre : si je vois une information au 01/10, cela veut probablement dire qu’il s’est passé autre chose entre le 25/09 (date de ma dernière lecture) et le 01/10…

Il est 16 heures, je file au Manoir Rouge, mon port d’attache. Je suis fatigué : trois atterrissages et trois décollages dans la même journée, ça suffit ! Je vais rester deux nuits.

Mardi 14/10/2003. Antananarivo.

Je vais faire un tour à Tana. Ça commence drôle: le taxi veut 50.000 FMG alors que le prix que j’ai payé a toujours été 40.000 FMG. Il baisse à 45.000 puis revient à 40.000.

Je vais faire quelques courses du type serpentin anti-moustique, kleenex, argent.

Cela me permettra de voir le Président (Marc Ravalomanana) en train d’aider un de ses partisans à faire la conquête électorale de Tana (lui-même a été le maire de la ville). Il arrive dans sa charrette à zébu, en l’occurrence une Mercedes noire (suivie d’une deuxième, vide) précédée de motards et pour fermer la route, un command car bourré de militaires en armes. Quelques applaudissements, mais pas la foule.

La presse m’en apprend beaucoup sur les mœurs présidentielles : elle s’offusque du don à chaque député d’un 4×4 (il n’y a aucune ligne budgétaire prévue à cet effet et puis ça fait amicale pression pour ne pas dire plus), de l’arrivage d’équipements neufs pour l’armée (déstockage de l’armée allemande, pas de ligne budgétaire prévue).

Elle relate avec abondance les visites matinales du Président dans les ministères : il constate l’absentéisme. D’un certain côté, il gouverne comme l’industriel qu’il fut.

Il a crée le Conseil Supérieur de Lutte Contre la Corruption dont les locaux (tout neuf !) voisinent ceux de la Présidence.

Retour au Manoir Rouge, pour 35.000 FMG (où est la vérité des prix ?).

Le jardinier de l’hôtel se fait houspiller par Patrick (le gérant du Manoir Rouge), son travail est mal fait, il n’a pas à s’absenter deux jours pour soit disant chercher des papiers…

Mercredi 15/10/2003. Avion vers Diego Suarez.

J’arrive à l’aéroport vers 6 heures 30 du matin, pour enregistrement. Là je constate que mon billet a été émis pour le 15/11 et non le 15/10 et qu’en plus, il n’y a pas d’avion à l’heure qui figure sur le billet.

Je retourne au comptoir d’Air Madagascar assez furieux (je sais, ça ne sert à rien, mais quelque part ça fait quand même du bien). Au final, l’employée me trouve un siège sur le vol de 13 heures 50, arrivée à Diégo à 15 heures 10.

Je retourne au Manoir Rouge (heureusement, on peut aller facilement à pied de l’aéroport à l’hôtel) prendre mon petit déjeuner et tuer le temps jusqu’au départ.

Dans l’avion, je prends place auprès d’un Malgache (il n’y a pas de numérotation de siège) qui est directeur technique dans une compagnie d’assurance. Mais il prépare l’avenir en étant également pisciculteur. Avant sa carrière d’assureur, il a été magistrat.

Il se montre plutôt critique à l’égard du Président à qui il reproche de prendre ses aises avec la constitution.

A Diégo Suarez, je prends le premier taxi venu. Le Colbert est complet, l’Océane aussi, mon taxi m’emmène chez un ami à lui (la com’) mais la chambre est minable et trop chère, aussi je finis par échouer au Valiha, bien situé dans la ville européenne.

Il faut dire que la ville est une ville coupée en deux : le nord appartient aux vazas (vieilles villas un peu délabrées, hôtels et restaurants) et aux riches Malgaches, le sud, à la plèbe (bidonvilles).

Une quantité phénoménale de taxis 4L dans la ville et tous aux couleurs de Belgacom (vert et blanc). Celui qui a eu le marché auprès des Belges croupit actuellement en prison pour fausses déclarations en douane. Comme me le dit fataliste un chauffeur de taxi, c’est la nouvelle politique !

Jeudi 16/10/2003. Diégo Suarez.

Réserve d'Ankarana.Dans ma chambre, une ampoule de chevet, sans abat jour, peinte en rouge ! Je précise cependant qu’il n’y a pas de miroir au plafond. Il est vrai qu’il y a dans cette ville portuaire, où la marine nationale régnait en maître jusque dans les années 70, un climat prostitutionnel assez pesant.

Je n’ai pas de photo de Diégo Suarez et c’est dommage, car la ville a certaines beautés (l’Alliance Française par exemple, construction métallique style pavillon Baltard). Mon problème c’est la panne de ma carte mémoire et comme je n’en ai pas de rechange…Je fais le tour des photographes de la ville mais ils n’ont jamais vu d’appareil photo numérique.

J’arriverai à prendre quelques vues le 17, avant que tout ne s’arrête.

J’avise un taxi et pour 130.000 FMG, je lui définis le parcours que je souhaite faire.

Nous irons voir le Pain de Sucre (la baie de Diégo est considérée comme étant la deuxième plus belle baie du monde), la baie de Sakalava, la montagne des Français et pour finir, la plage de Ramena.

Mon chauffeur de taxi est assez prolixe, il me dit que l’insécurité en ville est croissante (il ne prend plus de service la nuit). Il a 7 enfants (ce qui est normal (!)). Il s’étonne que les bourses d’études pour le Lycée Français soient surtout accordées aux Indiens. Les ouvriers du bâtiment sont recrutés à Tana car la main d’œuvre d’ici est paresseuse. Il y a beaucoup d’indo pakistanais musulmans.

Vendredi 17/10/2003. Réserve d’Ankarana à 100 Km de Diégo.

Départ à 6 heures du matin. Arrêt à une boulangerie pour achat de pain au chocolat et coca.

Mon chauffeur peste contre la saleté des rues (poubelle éclatée en plein milieu d’une avenue), ce qui ne l’empêche pas d’éjecter un solide mollard par sa fenêtre ouverte.

Arrivé à destination, je suis pris en charge par un guide (ils sont obligatoires dans les réserves).

Nous allons passer quelques heures dans cette réserve et sa grotte et nous verrons beaucoup d’animaux comme lézards, lémuriens, chauves souris, caméléon, araignées…il fait une chaleur épouvantable, ma carte mémoire rend l’âme à titre définitif. Je termine le parcours en sueur, épuisé, assoiffé et je vais absorber 1 litre de coca à l’arrivée !

Nous rentrons à Diégo Suarez, il est 14 heures et je vais déjeuner avant de m’endormir.

Samedi 18/10 et dimanche 19/10/2003. Diégo Suarez.

Journées de repos et de ballade en ville. Achat de trois livres d’occasion: Thomas Mann, Zola, Dos Passos.

Lundi 20/10/2003. Départ pour l’île de Nosy Be.

L’embarquement est prévu pour 12 heures 30. Le vol se fera sans problème sur Twin Otter, sauf que ma voisine, une grasse Malgache, va se mettre à vomir alors que nous atterrissons.

Je prends un taxi à l’arrivée, destination « l’Heure Bleue » mais hôtel trop cher (50 euros la nuit, sans petit déjeuner !).

Je me rabats sur l’hôtel du « Grand Large » avec terrasse sur la plage pour 38 euros la nuit, petit déjeuner inclus.

Je fais un tour sur la plage, elle est très agréable !

Mardi 21/10/2003. Nosy Be, plage d’Ambatoloaka.

Les prix sont hors de prix sur l’île, beaucoup plus chère que la Grande Île. La langouste est à 85.000 FMG ou 13 euros (45.000 FMG à Ifaty).

Un déjeuner correct sans plus coûte 80.000 FMG (deux fois plus qu’ailleurs).

Mercredi 22/10/2003. Nosy Be, plage d’Ambatoloaka.

Vu un zébu sur la plage. Il va prendre son bain et a l’air d’aimer ça. Il est vrai qu’il fait une chaleur torride, tempérée par un léger vent. Les chiens, eux aussi, vont directement se baigner.

C’est le défilé des vendeuses : melon, ananas, mâchoires de requin, coquillages, vanille, épices, massage…

On me propose même un troc : le tissu africain sur lequel je suis allongé contre une natte !

Le propriétaire du fonds de commerce de l’hôtel est un Français, sa femme est restée en Provence. Il a 67 ans et cela fait 6 ans qu’il est à Nosy Be.

Nous parlons un peu des prix tout à fait hors normes pour le pays. Il m’explique que le personnel est très bien payé (1.000.000 de FMG pour sa réceptionniste, soit 152 euros) et que le prix de la langouste doit se comparer à celui de Paris ! On comprend l’inflation !

Pendant la crise politique qui a duré prés de 2 ans, il a été contraint de s’enfuir en brousse pendant 4 mois, car il était menacé physiquement.

J’ai compris à mes dépens pourquoi il y a fort peu de gens étendus sur le sable, mais plutôt allongés sur des transats.

J’ai en effet le corps couvert de piqûres et qui me démangent. J’ai donc rendu visite à la pharmacienne, diplômée de la Faculté de Paris. En fait, c’est sa tante qui s’occupe de moi, femme âgée et fort aimable et qui a tout de suite vu de quoi il s’agissait. Il y a sur le sable des moustiques quasi invisibles à l’œil nu, blancs transparents et qui piquent vigoureusement. Ils sont totalement indifférents aux répulsifs sauf à l’huile de noix de coco, mais alors là, plus question de se mettre au soleil sauf à griller !

J’achète un tube de crème apaisante, j’en ai pour trois jours d’intenses démangeaisons. J’apprends également, par mon hôte, que ces moustiques femelles ont pour habitude de laisser leur ponte sous la peau, ce qui peut donner après une incubation de trois semaines, de magnifiques furoncles qui ne se soignent que par pommade antibiotique !

Au dîner, arrivage d’un groupe de 14 Français. Pour l’occasion, le serveur a été affublé d’un nœud papillon blanc sur chemise rouge.

Jeudi 23/10/2003 et vendredi 24/10/2003. Nosy Be, plage d’Ambatoloaka.

Nuits difficiles consacrées au grattage. Je calcule qu’en cas d’éclosion c’est vers le 15/10 que je devrais consulter mon médecin.

Alors, évidemment, pas de plage ! Farniente sur la terrasse de l’hôtel, tout au plus une traversée en courant pour aller me baigner. Je ne suis qu’à J-2 de Tana, je devrais y arriver !

Samedi 25/10/2003. Envol vers Antananarivo.

Je ne suis pas fâché de quitter Nosy Be. Je trouve que sa réputation est surfaite et qu’elle en profite beaucoup trop. Je préfère nettement l’île Sainte Marie.

C’est d’ailleurs ce que je vais dire en route vers l’aéroport au chauffeur de taxi et à sa passagère (représentante médicale en produits dermatologiques !).

Le sujet du jour, c’est cette attaque contre un vaza qui se promenait hier au soir avec sa femme. Le vol a eu lieu et le vaza a une arcade sourcilière éclatée.

Arrivée à Tana, j’avise un taxi pour me conduire au Manoir Rouge. Ils m’amusent beaucoup avec leurs tarifs: l’un me demande 25.000 FMG, un autre 15.000 FMG, alors que le prix est en réalité de 10.000 FMG. Avec la tête que j’ai, ils pourraient quand même deviner que ce n’est pas la première fois que je débarque à Tana !

Je prends connaissance des dernières nouvelles dans la presse locale : j’apprends que 17 généraux (air, mer, terre) viennent de prendre leur retraite. C’est quand même un beau chiffre! Ceci étant, pour les récompenser de leurs bons et loyaux services, le Président a décidé de leur donner, au choix, un zébu ou une vache laitière.

Dimanche 26/10/2003. Dernier jour à Tana.

Je passe voir le marché d’Ivato. Aujourd’hui, c’est jour de campagne électorale pour les municipales.

Une estrade avec des musiciens (trompettes et tambours), quatre danseuses et les candidats de la liste pro Président assis sur des chaises métalliques. Le parti s’appelle « j’aime Madagascar ».

Je vais en taxi au marché artisanal (regroupement d’une bonne cinquantaine de boutiques à usage exclusif des touristes!). J’y achète un panier que je vais réussir à intégrer dans mon sac à dos et quelques sets de table.

Je pense encore à cet article de journal qui se réjouit de voir un enfant de l’Île être le premier dans un concours international de golf –sorte de championnat du monde de golf amateur-. Sur les 10 premiers, il n’y avait que deux occidentaux, les huit autres étant des représentants de pays du Tiers Monde ou même du Quart Monde!

Lundi 27/10/2003. Envol vers Paris.

J’arrive très tôt à l’aéroport (5 heures ¼), toujours dans le but de pouvoir choisir ma place.

Tous les passagers vers Paris ont les bras encombrés de sacs (spécialité du pays), certains en ont même emboîté 4 à 5…

Le voyage se passera sans problème, après une escale à Mombasa (Kenya).

Cette escale est nécessaire, car l’aéroport de Tana étant situé en altitude, l’air y est raréfié : il faut donc plus de carburant pour pouvoir décoller. Les avions d’Air France peuvent se dispenser de l’escale, car ils ont moins de siéges passagers, donc un poids moindre. C’est fou ce qu’on devient calé quand on voyage !

A Orly, je cherche du regard Régine. L’est pas là !

Tant pis, c’est bien de ma faute, je lui avais dit de ne pas venir !

Je prends un taxi, un vrai (ça change !). Arrivé dans l’appartement, j’y retrouve Régine, toute en beauté, comme d’habitude ! Pour une surprise, c’est une surprise !

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