Jean Marie Lambert

Madagascar I (2003)

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VOYAGE À MADAGASCAR
Du 31/08/2003 au 27/10/2003.

I° partie : du 31/08/2003 au 29/09/2003.

Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de commencer par une synthèse!

Nous avons voyagé dans un pays totalement décalé. Qu’on en juge!

Voici des millions d’années, la Grande Île s’est séparée du continent africain (400 Km entre le continent et l’île) et a vécu de sa belle vie, si bien que sont endémiques (1) à Madagascar 75% des végétaux, plus de 40% des oiseaux, 98% des reptiles et des amphibiens, plus de 50% des mammifères terrestres…et j’ajoute sans risque de me faire démentir que 100% des Malgaches (ils sont 14 millions sur un territoire grand comme la France et le Benelux réunis) sont endémiques à Madagascar ! Il n’y a pas pire insulte que de dire à un Malgache qu’il est Africain! Pour lui, il fait partie de cette courbe qui relie à travers l’océan Indien, l’Indonésie, la Chine, l’Asie du Sud Est, l’Inde, Ceylan, les Seychelles, Maurice, La Réunion.

Nous avons utilisé pour visiter l’île à peu près tous les moyens de transport possibles et imaginables: le taxi (en général des 4L ou des 2 Chevaux), le taxi brousse (sous la forme de break 505 ou en formule van japonais), le VTT, l’avion (Boeing et Twin Otter), l’auto stop payant (une R12, 3 devant et 4 derrière !), le chemin de fer (unique voie encore en fonction).

Une fois seul (mois d’octobre), j’ai navigué en pirogue, circulé en charrette à zébu, pratiqué une »via ferrata » et du 4×4 sous forme de « pick up »…

Nous avons dormi dans des hôtels semi luxe (ça veut dire avec ventilateur et eau chaude), dans des chambres avec ou sans cafard, avec des toilettes marrantes comme tout (il suffisait de tirer la chasse d’eau pour voir surgir une, puis deux grenouilles vertes !).

Seul, j’ai dormi à la belle étoile, enduit de répulsif contre les moustiques, sous la tente, dans une chambre à 3,80 euros (chaleur étouffante garantie !).

Quant à la nourriture, elle est aussi pauvre que le pays (le niveau de vie a été divisé par deux depuis 1960, année de l’indépendance) dès lors que l’on mange local (riz blanc de mauvaise facture, le « bon » riz étant exporté, du riz plus que médiocre étant importé, avec un vague morceau de poulet décharné).

Par contre, les produits de la mer sont délicieux, mais hors de portée du Malgache (SMIC à 29 euros par mois).

Alors, commençons le récit (parfois lui-même décalé, ça déteint forcément !).

 

(1) Endémique : adj.3. ECOL. Se dit d’une espèce vivante dont la présence à l’état naturel est limitée à une région donnée (par oppos. à cosmopolite).

 

     in Le Petit Larousse édition 2003, page 378.

Dimanche 31/08/2003. Le départ.

Nous arrivons très tôt à l’aéroport, histoire d’avoir deux bonnes places assises (près d’une porte de sortie). En attendant notre départ nous prenons un verre au « restaurant des vols retardés » (ça ne s’invente pas !).

L’aéroport d’Orly, comme tous les aéroports, est sonorisé, une douce musique étant censée tomber des plafonds pour apaiser les probables peurs des passagers.

Alors que nous étions sur le tapis roulant qui mène jusqu’à la porte d’embarquement, voilà qu’une voix de femme s’élève « a capella » et chante un pot pourri, ceci à la stupéfaction générale des passagers francophones et du personnel au sol.

Je présume qu’il s’agit d’une stagiaire en fin de contrat…

Lundi 01/09/2003. Arrivée à Antananarivo.

Voyage de nuit, sans problème. Nous arrivons sur place au petit matin.

Tout commence comme sur des roulettes : nous avions demandé à l’hôtel de venir nous chercher à l’aéroport et le taxi n’est pas là !

On va se débrouiller.

Après avoir fait du change (le change au noir se pratique allègrement jusqu’au guichet des banques), nous nous dirigeons vers la station de taxi.

La discussion commence ! Elle est difficile, le taxi nous demande des euros, nous voulons payer en aryari (c’est la nouvelle monnaie, introduite depuis début juillet et qui doit remplacer le franc malgache), et nous concluons sur un prix en francs malgaches… (75.000 FMG, soit 15.000 aryaris, ou 75 francs français ou 11 euros 50).

Heureusement, avant notre départ, Régine a confectionné un tableau à 4 entrées (franc malgache, aryari, franc français, euro), ce qui va nous simplifier la vie.

Bien entendu, sitôt montés dans le taxi, le chauffeur nous propose un autre hôtel que celui où nous avions réservé…

Première affiche entre aperçue : la Nuit des Publivores (!), à Tana, au Rex (le seul cinéma de la ville, 1.5000.000 habitants en comptant la banlieue).

Beaucoup de circulation automobile, avec peu de voitures particulières et beaucoup de pollution.

Une fois installés à notre hôtel (hôtel Indri) dont le principal avantage est d’être bien placé, nous allons faire un premier tour en ville et d’abord, à la demande générale de Régine, au marché.

Nous déjeunons dans un boui-boui local pour 35.500 FMG, soit 5,40 euros (pour 2), puis nous grimpons quelques marches pour nous rendre à la ville haute, la ville noble…quartier des grands hôtels, des ministères, de la Présidence de la République et des mendiantes.

Nous rentrons ensuite à l’hôtel pour nous reposer et ressortons pour visiter, non loin des Champs Elysées locales, un supermarché (il y en a 2 à Tana). Beaucoup de produits, forcément importés (dont du pastis). L’utilisation de la nouvelle monnaie, des billets tout propres, provoque encore l’étonnement de la caissière.

A l’entrée comme à la sortie, une horde de mendiantes avec enfants et il en est de même à l’entrée des banques, des hôtels, des restaurants, des salons de thé, des compagnies aériennes…La protection des clients est assurée à l’extérieur par des gardes, armés de grandes matraques en bois. Bref, une ambiance assez pesante mais qui d’après certains, s’est beaucoup améliorée depuis 3 ans (je n’ose pas penser à ce que ça devait être !).

Beaucoup de vendeurs à la sauvette et particulièrement des vendeurs d’antenne de télé (!) ou de cd, d’articles de bimbeloterie, de téléphones fixes.

Mardi 02/09/2003. Départ pour Antsirabé.

Nous nous rendons par taxi (une 4L, ô folle jeunesse ! dont le chauffeur ne comprend pas pourquoi nous ne prenons pas son taxi à lui pour faire le trajet jusqu’à Antsirabé) à la station de taxi brousse où nous sommes aussitôt harponnés par des entremetteurs qui se saisissent de nos sacs à dos pour les jucher sur le toit d’un taxi brousse en partance pour Antsirabé.

Retour vers Fianar.Comme chacun sait, un taxi brousse ne part que lorsqu’il est plein et pour le nôtre, il y a encore une place inoccupée que la compagnie est prête à nous vendre mais nous refusons d’acheter.

L’attente ne sera pas bien longue, tout au plus une dizaine de minutes, mais il nous arrivera, plus tard d’avoir à attendre, sous le soleil, plusieurs heures !

La musique est à fond dans le minibus (utilisation de cassettes), nous sommes entassés à 15 et les vendeurs nous assaillent de l’extérieur pour nous vendre des lunettes de soleil, des montres, des biscuits, de l’eau. Notre voisine veille à ce que le prix de nos places soit bien le bon.

Bon, on démarre et nous arriverons à bon port à 13 heures 30 pour un départ à 10 heures 20 soit pour 170 Km une moyenne de 54 Km à l’heure sur une route impeccable.

Il est vrai que nous sommes souvent arrêtés par des barrages divers et variés : tantôt il s’agit de la police, après ce sera l’armée, puis la gendarmerie. Le chauffeur tend son carnet de bord, le préposé au contrôle fait le tour du véhicule, constate la présence de 2 vazas (1) (c’est nous !) et nous repartons.

(1) vaza : c’est l’étranger blanc, intermédiaire entre les Dieux et les Malgaches. Il est craint et respecté mais on recherche aussi sa protection, car le vaza est riche (forcément !) et il sait tout (!).

Assis sur un strapontin, au premier coup de frein, je pars en avant, entraînant dans mon déplacement le strapontin devant moi, lequel entraîne celui qui le précède et ainsi de suite, comme un jeu de cartes qui s’abat. Tout le monde trouve cela très drôle, sauf moi, un peu déconfit et je jure bien que l’on ne m’y reprendra plus.

Notre taxi brousse va s’arrêter au 2/3 du chemin (c’est la pause déjeuner), et nous allons faire connaissance de nos voisins, assis juste devant nous.

Il est enseignant en histoire géographie et aussi en tradition malgache (bonne idée !). Auparavant, il travaillait dans le tourisme.

C’est lui qui va nous apprendre comment se construisent les maisons traditionnelles.

Les murs sont faits d’un mélange de boue et de bouse de zébu. 80 cm de hauteur, on attend le séchage, puis on surélève de 80 cm et ainsi de suite jusqu’à 4 mètres de haut. Délai de fabrication : 1 mois et demi.

La maison est orientée vers l’Ouest (là où se couche le soleil), donc vers la mort. Le bois est aussi parfois utilisé comme matériau, mais pas la pierre qui, étant par nature éternelle, ne saurait convenir qu’aux tombeaux. La brique a fait son apparition avec l’arrivée des Français.

Une seule pièce avec une toute petite fenêtre, où se regroupent les humains et leurs animaux et bien sûr, l’autel des ancêtres. Les bébés ne sont considérés comme vivants que lorsqu’ils sortent de la maison.

Arrivés à Antsirabé, nous sommes assaillis par les posy posy (plus communément appelés pousse pousse en Asie). En effet, les Français entre les deux guerres ont importé une main d’œuvre chinoise destinée à la construction du chemin de fer. Ils sont restés, ont légué à la postérité les pousse pousse et pas fous, sont devenus commerçants. Discussion sur le prix de la course (prix spécial vaza, bien entendu !) et nous voilà à l’hôtel où nous décidons de notre journée du lendemain. Ce sera du VTT !

Petite sortie pour prendre le thé à la pâtisserie « Mirana », le must de la ville !

Mercredi 03/09/2003. En VTT, autour d’Antsirabé.

Le but, c’est de partir d’Antsirabé, de passer au lac Andraikiba, puis au lac Tritriva et rejoindre, toujours par la même piste, le bourg de Betafo, soit une quarantaine de Km dont 17 sur une route goudronnée correcte, mais avec des côtes qui parfois nous obligerons à mettre pied à terre… (sans compter la chute spectaculaire de la vaza dont la photo figure sur la page précédente !). Sur le bord de la piste, les enfants comme toujours innombrables nous crient « bonjour vaza » (en malgache, salama vaza).

Le lac de Tritriva est horriblement mal indiqué et sans le flair des autochtones qui voyaient bien qu’on cherchait quelque chose quelque part, nous serions passés à côté.
C’est un lac bleu foncé avec droit d’entrée et guide inutile mais obligatoire.

Partis sur les 9 heures du matin, nous voilà arrivés au terme vers 13 heure 30. Il nous reste à trouver une gargote pour déjeuner et à repartir en taxi brousse – une 504 break sur le toit de laquelle seront juchés nos vélos et les bagages des autres passagers-.

Nous sommes à 10 avec le chauffeur pour une contenance de 8 passagers (norme du constructeur). Nous sommes arrêtés à plusieurs barrages pour contrôle, mais la présence de 2 vazas agit comme une protection divine…

Le chauffeur va tomber en panne d’essence mais pas grave, il a un bidon de réserve et il lui suffit d’aspirer un grand coup pour activer l’arrivée d’essence.

Dîner de luxe (8 euros pour nous deux) dans un restaurant tenu par un Français allié à une Malgache (c’est très fréquent ici, le Français a les capitaux, le savoir, et la Malgache la beauté et elle facilite l’insertion).

Le patron nous raconte les malheurs de la Zebu Overseas Bank (Zob pour les intimes).

A l’origine, cette banque fondée par deux Français retraités du transport aérien, avait pour vocation de recueillir des fonds pour acheter des zébus, lesquels étaient loués à des paysans Malgaches nécessiteux (ils le sont tous, ou presque). Les loyers (dérisoires) étaient bloqués sur un compte spécial mis à disposition de l’investisseur qui pouvait venir les dépenser sur place.

Seulement, très vite, le paysan Malgache a compris qu’il lui suffisait de faire une déclaration de perte du genre décès prématuré de l’animal (quelle malchance !), ou vol (par lui-même ou par un voisin bien intentionné). Si bien que la banque a vu fondre le cheptel comme neige au soleil…

Aux dernières nouvelles, les concepteurs du projet mettent en place tout un système de surveillance…

Jeudi 04/09/2003. Départ pour Ambositra.

Nous prenons un pousse pousse pour nous rendre à la gare routière. Régine utilise une technique redoutable : devant l’assaut verbal des pousse pousse qui veulent tous nous prendre en charge, elle joue les muettes, ce qui au bout d’un certain temps fait taire toutes les vociférations et là on peut commencer à discuter du prix !

Une fois à la gare routière, attente d’une heure ¾ avant le départ, le taxi brousse n’étant pas plein, et ça sous le soleil…

Deux heures après pour 90 Km de bonne route, nous voilà rendus à la gare routière d’Antsirabé.

De là, il nous faut un taxi pour nous rendre au centre ville.

Nous prenons langue avec un premier taxi qui nous demande 7.000 FMG, nous tentons une négociation à 4.000, il nous répond que dans ces conditions, nous n’avons qu’à aller à pied ! Ce sera la seule fois au cours de notre voyage que nous serons confrontés à pareille réflexion !

Bon, nous prenons un autre taxi 4L pour 4.000 FMG (non mais !) et en route pour l’hôtel Prestige. Pas de chance, il est complet, nous allons donc au « Grand Hôtel » (oh ! Proust !).

Déjeuner, serveuse pas toute jeune avec un tablier blanc, brodé « GH », et le nez rempli de morve qu’elle empêche d’aller au-delà du raisonnable en reniflant bruyamment.

Il est 14 heures 30 quand nous décidons d’aller au village d’Antoetra, village de maîtres sculpteurs sur bois (groupe ethnique : Zafimaniry). Un taxi, 150.000 FMG, et nous voilà partis. Comme il le dit lui-même, notre chauffeur parle ptit ptit français…

Une portion de très bonne route et 25 Km de piste de bonne facture.

Sur le trajet, nous doublons de longues files de villageois qui reviennent du marché : ils ont de curieux chapeaux et marchent enveloppés de couvertures. Il est vrai qu’il fait vraiment froid dès que le soleil se couche (vers 17 h 30).

Nous sommes reçus à la mairie du village car nous devons payer un droit de visite de 10.000 FMG pour nous deux (on nous montre la récente délibération du Conseil Municipal). Ensuite, on veut nous imposer un guide, pour 30.000 FMG. Régine refuse tout net, nous visiterons le village par nous-même.

Bien sûr, nous ne serons pas seul pendant cette visite, car nous serons suivis par une horde d’enfants vociférants cherchant à nous vendre des objets en bois, spécialité du village.

Au retour, nous croisons une noce. Les deux mariés suivis par leur cortége d’invités qui portent les cadeaux et qui chantent, font le tour du village. En queue de cortége, une jeune fille porte le gâteau.

Retour au « Grand Hôtel ».

Quelle nuit !

Nos voisins du dessus, dont nous ne sommes séparés que par un mince plancher, ne cessent de se déplacer, de traîner des meubles tandis que dans notre chambre, la chasse d’eau n’arrête pas de couler (pas de robinet d’arrêt…).

Tout cela se termine par une crise de fou rire vers les deux heures du matin, car nous nous proposons de jumeler le « Grand Hôtel » d’Ambositra et celui de Cabourg avec à la clé, 2 nuits gratuites à Cabourg, pour une payante à Ambositra…

Vendredi 05/09/2003.Vers Fianarantsoa.

Départ de l’ineffable »Grand Hôtel ». Nous avisons deux pousse pousse pour nous emmener à la gare routière. Et pas de chance, ou bien nous nous sommes mal exprimés, ou bien ils n’ont compris que ce qu’ils ont bien voulu comprendre, toujours est-il qu’ils nous déposent à la mauvaise gare routière. Il nous faut faire demi tour, ce qui augmentera sensiblement le prix de la course, négociée au départ !

Et encore une fois, attente pour le remplissage du taxi brousse (une modeste demie heure).

Arrivés à la gare routière de Fianarantsoa, nous prenons un taxi pour l' »Hôtel Moderne » (ça a dû être vrai il y a longtemps).

Avantages : pas cher (60.000 FMG -9 euros-) et juste en face de la gare (on dirait une gare Normande)

Nous y passons dans l’après midi, histoire de connaître le prix du billet Fianarantsoa – Manakara (55.000 FMG ou 8, 4 euro par personne en première classe).

Ballade en ville, pas grand charme, bâtie comme une réplique de Tananarive (collines, lac…)

Comme c’est la rentrée des classes prochainement, nous sommes constamment sollicités par de jeunes écoliers qui souhaitent que nous leur achetions des cahiers.

Certains, plus habiles que d’autres, nous expliquent que leur maîtresse leur a dit de ne pas mendier mais de vendre leur production de dessins…L’un d’entre eux se prénomme Aristide, et il est particulièrement au courant de la vie d’Aristide Briand.

Samedi 06/09/2003. En train de Fianar à Manakara.

Bien entendu, le matin arrive et nous ne sommes pas réveillés par l’hôtelier. Pas grave, mon horloge interne fonctionne à merveille.

Le départ a lieu à 7 heures du matin, mais le guichet pour prendre les billets ouvre à 5 heures 45 et nous y sommes. Régine va faire la queue pendant que je garde les bagages.

Une fois muni du précieux ticket, nous nous installons en 1°.

Il y a du monde, beaucoup de monde dans les 3 wagons (un de 1° et deux de seconde classe).

Nous allons parcourir 70 Km avec 17 arrêts en 8 heures sur une voie unique…

L’atmosphère est très détendue dans le train. Nous sommes les voisins immédiats d’un guitariste amateur. A chaque arrêt (ils sont nombreux), une foule de petits vendeurs d’écrevisses, de saucisses, de bananes, de beignets se précipite sur les passagers.

Plusieurs tunnels dont un mesure 1 Km 520 (je le tiens du voisin).

A une gare, Régine procède à une distribution de gâteaux pour enfants. Ils attendent sagement leur tour, sales, dépenaillés, très pauvres. Ils reçoivent les gâteaux plutôt qu’ils ne les prennent en tendant les deux mains jointes comme s’ils recevaient l’Eucharistie. Les mères rapprochent les mains de ceux qui sont trop petits pour le faire.

Je m’assoie sur le marchepied du wagon ce qui me donne un peu d’air et me permet d’admirer le paysage.

Arrivés à Manakara, nous sommes assaillis par une bonne cinquantaine de posy posy qui nous veulent tous comme clients et qui hurlent à qui mieux mieux. Il faut dire que nous sommes les seuls vazas…On finit par en prendre 2, soit disant pour 5.000 FMG en tout. En réalité, une fois arrivés à l’hôtel, ils nous demandent 5.000 pour chacun !

Comme nous sommes étonnés de cette brutale augmentation des prix, ils nous expliquent avec un large sourire que s’ils nous ont dit 5.000, c’était pour uniquement pour emporter l’affaire !

L’hôtel est très sympa, au bord de mer, tenu par un couple franco malgache, avec bungalows disséminés dans un parc, piscine d’eau de mer, tennis, le tout pour 75.000 FMG ou 12 euros. Il semble qu’il y ait un partenariat avec la ville de Parthenay.

Dimanche 07/09/2003. Manakara.

Location de VTT et nous voilà partis en ville.

Nous sommes dimanche et notre oreille est attirée par des chants religieux. C’est une église de rite luthérien et nous sommes invités à y entrer par un diacre malgré nos shorts.

Beaucoup de monde, de tous ages, une grande ferveur.

L’officiant et ses assistants sont malgaches.

Après l’office, nous parcourons la ville. Repérage d’une fabrique de pousse pousse, arrêt au marché.

Pas de cinéma bien sûr, mais des vidéo club (il y en a dans les plus petites villes), avec un film interdit aux moins de 16 ans…

Retour à l’hôtel et farniente sur la plage. Rhum arrangé, langouste…

Nous décidons de reprendre le train demain matin pour retourner à Fianar.

Lundi 08/09/2003. Retour à Fianarantsoa.

Bien entendu, il faut compter sur soi-même pour être réveillés à l’heure !
Des posy nous attendent pour nous conduire à la gare, sur la base de 15.000 FMG pour nous deux. C’est l’inflation ! Régine met les choses au clair sur la base de 10.000 FMG, comme à l’aller.

Après avoir pris nos billets, nous montons dans le wagon de 1° qui s’avère être un wagon hérité des Chemins de Fer Suisses !

Banquettes de bois, affichette d’une taxe de 3 FS à payer si on n’a pas pris un billet au distributeur automatique alors qu’il était possible de le faire…

Comme à l’aller, tous les villageois sont sur le pas de leur porte pour regarder passer notre convoi : le train est l’attraction de la journée. Nous traversons la piste d’atterrissage de Manakara (il paraît que c’est le seul aéroport au monde traversé par une ligne de chemin de fer, d’ailleurs on devrait dire l’inverse, la piste ayant été construite bien après l’aéroport, autrement dit, la voie de chemin de fer est coupée par la piste de l’aéroport).

Dans notre wagon de 1° qui ne cesse de se remplir au gré des arrêts, on va trouver des poulets caquetants, des poussins, des régimes de banane et des gens assis par terre !

Nous finissons par arriver à bon port, le temps de trajet a été notablement plus court qu’à l’aller, 8 heures et demie seulement, alors que nous sommes sur le parcours montant.

Tout dépend, paraît-il, de l’humeur vagabonde ou pas du conducteur.

Mardi 09/09/2003. Une journée à Fianarantsoa.

Nous passons à l’Office du Tourisme de Fianar (si, si, il existe…, tenu par un personnage volubile).

Il nous emmène réserver notre billet de taxi brousse pour le trajet Fianar Ranohira. Départ le jeudi 11, à 8 heures 30 théorique. Nous avons réservé nos places près du chauffeur.

Visite à pied de la ville (ça monte et ça descend), du magasin tenu par une ONG  » maison de l’eau de coco » (vente d’objet fabriqués par des déshérités, si on peut dire, car tout le monde est déshérité…), visite d’une échoppe d’un photographe de réputation internationale (Pierrot Men) dans des locaux proches de l’hôtel Soafia.

Et là, surprise, nous retrouvons notre guitariste amateur que nous avions rencontré lors de notre aller Fianar Manakara !

Après l’achat de quelques cartes postales, nous rejoignons l’arrêt de bus dans l’espoir de retrouver notre hôtel. Nous n’avons pas longtemps à attendre : notre amateur de guitare arrive avec un pick up, et rien à faire, il faut nous résigner à regagner notre base par ce moyen très confortable !

Nous dînons dans un restaurant proche de l’hôtel et nous retrouvons là un cercle de vazas dont l’un fait preuve d’une ivresse avancée. Il explique à qui veut l’entendre que c’est son père qui a planté le vignoble (à mon avis, il est en train de le boire…), qu’il est le seul à ne pas avoir été expulsé lors des nationalisations…

 

Rappel historique : en 1972-1973 le Président en exercice, Didier Ratsiraka (auteur d’un petit livre rouge, introuvable à ce jour), vire au socialisme. Il expulse les Français, nationalise les terres et les industries et enfonce le pays dans un chaos dont il n’est toujours pas sorti…Il procède à la malgachisation de l’enseignement si bien qu’une génération de Malgaches ne parle pas le français. Les étudiants sont envoyés à Moscou ou Léningrad pour poursuivre leurs études supérieures (au lieu de Bordeaux, ça doit faire un choc !).

J’ai ainsi rencontré un vétérinaire formé à Moscou, une Malgache formée en Ouzbékistan…

Le pays, déjà pauvre mais soutenu à bout de bras par la France, s’enfonce rapidement dans l’extrême pauvreté, les richesses à partager étant moindres, sont accaparées par un nombre de gens réduit, la prévarication s’étend, chacun cherchant à maintenir son niveau de vie à n’importe quel prix…

Madagascar devient la » République Démocratique de Madagascar ».

Tout se terminera (en 1993) par des grèves, des manifestations sanglantes…

Cela n’empêchera pas un retour au pouvoir de Didier Ratsiraka en 1997, pour qui, cette fois, Madagascar doit « devenir une république humaniste et écologique »…

En 2001 2002, il va perdre les élections présidentielles et c’est un milliardaire dans les yogourts (peut être volera- t- il moins qu’un autre), Marc Ravalomanana, qui va lui succéder après 18 mois de troubles et un début de guerre civile…

L’économie se libéralise et le nouveau Président conduit son pays comme on conduirait une entreprise. Bonne chance !

Mercredi 10/09/2003. Un circuit autour de Fianar.

Nous avons rendez vous avec Stella, notre guide pour la journée. Nous montons dans un taxi, une 4L vert pomme, briquée comme ça n’est pas permis…

Une particularité : à notre grand étonnement, le chauffeur s’arrête tous les deux Km, farfouille dans son coffre, revient à l’avant farfouiller sous le tableau de bord, coté passager, puis repart…Nous finirons par comprendre lorsqu’il va s’arrêter à une station service et prendre dans son coffre une brassée de bouteilles plastique type bouteille d’eau d’Evian, les remplir à la pompe et en mettre une sous le tableau de bord côté passager. Munie d’un tuyau, elle alimente directement le carburateur. En fait, l’essence est tellement chère (prix identique à la France), qu’un chauffeur de taxi n’a pas les moyens de remplir son réservoir. Tout ça n’empêche pas notre chauffeur de tirer sur sa cigarette !

Je précise que tous les véhicules subissent des contrôles techniques, comme chez nous, à ceci près qu’on obtient toujours son quitus quel que soit l’état du véhicule ou des pneus. Ce n’est pas compliqué : plus l’état est mauvais, plus la vignette coûte cher !

Avant Ambalavao, nous visitons un vignoble et ses chais, ce sont des Français qui ont repris l’exploitation tenue auparavant par des Frères. Le vin n’est vraiment pas fameux mais les Malgaches en sont très fiers…

Arrivée à Ambalavao, nous visitons une fabrique artisanale de papier et la foire aux zébus qui se tient deux fois par semaines.

Retour en fin d’après midi à Fianar.

Jeudi 11/09/2003. Fianar Ranohira.

35Nous arrivons à la gare routière à l’heure pile. Ceci étant, il n’y a pas plus de 2 personnes installées dans le taxi brousse et nous ne partirons qu’à 9 heures 40 pour un départ prévu à 8 heures 30.

La route est excellente, sauf les 91Km de piste ondulée juste avant Ranohira.

Arrivée à Ranohira à 17 heures pour 250 Km, soit 34 Km/h de moyenne.

C’est à l’hôtel  » l’Orchidée de l’Isalo » que nous ferons connaissance de deux grenouilles vertes qui grimpent le long de la cuvette des wc à chaque fois que l’on tire la chasse d’eau !

Heureusement, je suis le premier à les voir, ce qui me permet d’anticiper la frayeur de Régine!

Vendredi 12/09/2003. En route vers Tuléar.

Il est impossible de reprendre un taxi brousse à partir de Ranohira vers Tuléar, car ceux qui passent sont complets et ne se vident qu’à Ilikaka.

Il nous faut donc prendre un taxi 4L pour les 25 Km qui nous séparent d’Ilikaka.

Ilikaka est la ville des saphirs, un important filon ayant été découvert en 1998. En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, le modeste village s’est transformée en ville, plutôt nauséabonde avec toutes sortes d’aventuriers traînant avec eux la prostitution, l’alcool, le jeu, les règlements de compte…

Si bien qu’Ilikaka est considérée comme la ville la moins sûre de la Grande Île et qu’elle est vivement déconseillée aux touristes !

Nous n’y ferons qu’une courte halte, à la gare routière (grande place en terre battue, maisonnettes de bois peintes, avec balcon, atmosphère western garantie !), en attente d’un taxi brousse pour Tuléar. La bague que porte Régine sera attentivement examinée à la loupe par l’un des innombrables vendeurs de pierre. Pas de chance, elle est en résine colorée !

C’est la seule fois où notre présence sera jugée en trop par une passagère (« on n’a rien à faire des vazas »), vite rabrouée par le chauffeur.

La route jusqu’à Tuléar est sans problème.

Arrivés à Tuléar, nous prenons un taxi pour l’agence d’Air Madagascar où nous réservons un vol vers Tana (nous ne tenons pas à faire le trajet retour par la route, une fois, ça suffit !).

A l’agence, il y a là une jeune occidentale qui est en train de faire changer la date de son billet de départ et qui demande à l’employé la plus grande discrétion, son ex n’étant pas au courant…Voilà un déménagement à la cloche de bois !

Beaucoup de posy posy à Tuléar, mais différents de ceux vus jusqu’à présent, grandes roues, de type chinois et beaucoup de mendicité (pour être tranquille au restaurant, il faut manger à l’intérieur ou alors, au milieu de la terrasse de façon à être inaccessible aux mendiants qui agissent sur les bas côtés).

Nous passons la nuit à l’hôtel Tropical, en construction, il faut dire que pendant les événements (voir rappel historique) tout a été stoppé net.

Bon nombre de Français à Tuléar, en général des retraités qui ont trouvé là le soleil et une occupation liée de près ou de loin au tourisme.

Les Indiens tiennent les commerces. Dans d’autres villes, ce sont les Chinois, jamais les Malgaches.

Samedi 13/09/2003. En route vers Ifaty.

Nous avons à faire une à deux heures de piste pour rejoindre notre hôtel à Ifaty, mais le trajet se fait par le pick-up de l’hôtel, piloté par le gérant de l’hôtel.

C’est un Nicaraguayen échoué à Madagascar !

Comme beaucoup d’autres pays du Tiers Monde, le Nicaragua a envoyé ses étudiants à Moscou et là, il a rencontré sa future femme, Malgache…À l’origine, tous deux faisaient des études agronomiques, mais le tourisme et l’hôtellerie rapportant bien davantage, ils se sont reconvertis.

L’hôtel « Les Dunes », ancien hôtel d’État dénationalisé, appartient maintenant à un Indien.

Nous apprenons une foule de choses pendant ce trajet. Mais il nous a fallu « dédouaner » notre hôte, inquiets de ces deux vazas au sac à dos.

Il voulait savoir qui nous étions et surtout si nous étions des clients pur « touristes » ou non. Il nous a ainsi expliqué ses déboires avec des touristes qui posent réclamation à la vue de lézards dans leur chambre (alors que pour nous, dit-il, le lézard ce n’est rien), ou de moustiques qui ont l’audace de pénétrer dans les chambres malgré les grillages aux fenêtres. Nous le rassurons quant à notre état d’esprit !

Il nous apprend, que depuis peu, les étrangers ont le droit d’acheter des terres, nous passons d’ailleurs auprès d’un lopin de terre acheté par une Grenobloise, destiné à construire une maison pour sa future retraite.

La polygamie est légalement interdite, certes, mais elle est tolérée par la coutume et comme la coutume est antérieure à la loi…Cela permet à Madagascar d’être conforme aux droits de l’homme !

Nous passons devant un arbre à palabres. Ce sont, en général, de majestueux manguiers à l’ombre desquels le village se réunit, parfois plusieurs jours si nécessaire, sous l’autorité des plus âgés, pour débattre des problèmes de la communauté. C’est là aussi que la justice est rendue pour les menus litiges.

Souvent au pied de l’arbre à palabres, les villageois disposent une petite caisse en bois, remplie d’objets divers, censés protéger des mauvais esprits.

Les 4×4 modernes n’ont pas la cote : ils sont bourrés d’électronique et donc irréparables par le mécanicien local qui, s’il sait fort bien rafistoler tout avec n’importe quoi, usiner des pièces si nécessaires, est totalement démuni face à l’électronique !

Arrivés à Ifaty, nous partons faire un tour sur la plage où nous sommes aussitôt abordés pour un tour en pirogue ou un déjeuner poisson sur le sable. Nous choisissons pour le surlendemain, le déjeuner sur la plage…

Dimanche 14/09/2003. Sur la plage.

En bordure de la plage proprement dite, les habitations des pêcheurs. De simples huttes construites de la manière suivante : 2 rangées en parallèle de poteaux de bois fichés en terre, reliées entre elles par des bambous ficelés en position horizontale. On bourre ensuite l’espace existant entre les deux rangées soit de paille (c’est le pauvre) soit de pisé qui est un mélange de boue et de bouse de zébu (c’est le riche). Le toit est en paille. Il n’y a bien sûr qu’une seule pièce avec une seule ouverture, l’entrée. Pas de cheminée, la cuisine se fait par beau temps (et c’est souvent), à l’extérieur.

46Que fait le pêcheur ?

Il pêche ce qu’il faut pour sa famille, quelque fois un peu plus s’il a un achat à faire (textile, riz…), mange et dort. Pas d’électricité, pas d’eau courante, pas de loyer, pas d’impôt, pas de souci !

En voici qui manœuvrent sur le sable : le filet d’une belle longueur et d’une largeur d’un mètre environ, est jeté en mer par une pirogue à balancier (type Indonésie) tandis qu’au sol, des hommes le tirent vers eux à l’aide de cordages. Maigre récolte, mais on recommence plusieurs fois si nécessaire.

A midi, nous allons faire un repas de fruits de mer : des huîtres (étonnantes, elles sont sauvages, donc minuscules), crabe, moules, oursins….

Après un juste repos, nous sortons nous promener sur la plage. Il n’y a personne, mais il vrai qu’il y a un vent à décorner un zébu !

Vu dans un arbre un ensemble de nid d’oiseaux tout à fait surprenant : les nids sont confectionnés à partir d’aiguilles de pin, en forme de J à l’envers, accrochés entre les branches.

Nuit magique, bercée par l’océan et sa rumeur…

Lundi 15/09/2003. Ifaty.

Lecture de la presse. Je découvre l’horoscope chinois, mais là, j’ai un coup au cœur…

En effet, je n’existe plus ! L’horoscope démarre en année de naissance en 1948 !

C’est vrai que l’espérance de vie d’un homme ne dépassant pas les 54 ans, il n’y a pas de raison de s’intéresser au mort vivant que je suis !

La presse quotidienne paraît très libre et ne se prive pas de dénoncer la corruption. Un journal me semble gouvernemental.

Les articles sont rédigés en français et en malgache, les nouvelles internationales sont inexistantes. Il est vrai qu’on ne voit pas comment les journaux locaux pourraient s’offrir des correspondants à l’étranger, mais à défaut, ils pourraient avoir un abonnement à l’AFP ou à Reuters.

45Je n’ai pas réussi à savoir quelle était l’importance du tirage de la presse. Ça ne doit pas être terrible, quand on sait que la moitié de la population est analphabète.

Nous passons la matinée à visiter un jardin botanique privé vieux de 2 ans (c’est un Français de 37 ans qui habite toujours en France, marié à une Malgache, qui en est le promoteur).

Beaucoup de baobabs, arbres étranges dont on dirait qu’ils poussent à l’envers, les racines dirigées vers le ciel. Il n’a de feuilles que lors de la saison des pluies. Le tronc est un réservoir d’eau, ce qui lui permet de faire face à la sécheresse. Sa durée de vie est indéterminée, au moins plusieurs fois 100 ans.

Autre arbre qui fait beaucoup rire les malgaches : l’arbre à vaza qui a pour étrangeté d’avoir une écorce pelée comme le vaza qui s’abandonne au soleil…

Déjeuner sur la plage organisé par un pêcheur, Clément, au menu, poisson grillé, riz, broc d’eau pour se laver les mains, natte pour s’allonger…Clément est le mari de Bernadette, femme de chambre à l ‘hôtel : on voit les réseaux !

Mardi 16/09/2003. Retour à Tuléar, pour Antananarivo.

Nous sommes amenés à l’aéroport de Tuléar par notre hôte. Il y a également un couple de Français dans le 4×4.

Il nous raconte l’étonnement des villageois lorsqu’un Français a implanté un centre équestre à Ifaty : tout le village et les alentours était là pour assister au premier bain de mer. Il faut dire que le cheval est inconnu dans l’île, à l’exception des centres équestres, tenus par des Européens.

En route, nous sommes arrêtés par un gendarme tout jeune, tout neuf, très respectueux des formes. Comme le dit notre hôte, dans quelques mois, il s’accoudera à la portière et lancera « salut ! pat’(1), il fait chaud aujourd’hui, t’as pas une bière ? ».

(1) pat’ : pour patron. Une bière coûte 5.000 FMG ou 0,76 euro.

Nous arrivons sans encombre à Tana et nous nous rendons à pied à notre hôtel le « Manoir Rouge ».

Pour la première fois, nous entendons, émus, le bruit d’un aspirateur !

Mercredi 17/09/2003. En route vers Andasibe.

Taxi tôt le matin, pour nous rendre à la gare routière, direction Andasibe.

Longue attente, le remplissage du taxi brousse se fait bien lentement.

Pendant ce temps, c’est le défilé des vendeuses : clémentines, sèche cheveux, clefs Facom, saucissons, gâteaux, montres, lunettes de soleil, prises multiple, appareil photo, pinces à linge, piles, papier collant, tournevis, sifflets, pain, kleenex, ciseaux, shampoing, je dois en oublier !

On finit par être complet, donc par partir.

Pas très loin, car le chauffeur stoppe à 100 mètres pour regonfler ses pneus.

Nous voilà donc repartis. Pas très loin, car le chauffeur stoppe pour faire le plein d’essence…

Nous voilà donc repartis. Cette fois, c’est pour de bon !

Difficulté pour fermer la porte du van, elle se déchausse plutôt qu’elle ne s’ouvre !

Très bonne route.

Encore un arrêt, pleine côte, pour un problème de carburation.

Arrêt à nouveau, cette fois, c’est pour un problème de levier de vitesse.

Un cahot, et la vitre du van, juste à côté de notre voisin, s’effondre. Le chauffeur ramasse les deux morceaux et les place à côté de lui. Il commence à faire froid. Nous prêtons à notre voisin un poncho qui va lui permettre de colmater la brèche…

Arrivée à Moramanga.

Là, nous avons à changer de taxi brousse, pour arriver enfin à Andasibe.

Notre nouveau taxi brousse est une camionnette aménagée, bourrée de monde, ambiance tout à fait sympa…Il a l’avantage de partir tout de suite et 1 heure après (pour 22 Km) nous voici à Andasibe.

A notre hôtel (petits bungalows dispersés dans un immense jardin), nous prenons rendez vous pour la visite de la réserve Périnet.

Jeudi 18/09/2003. Visite de la réserve Périnet et départ pour Tamatave.

Nous avons fait le projet insensé de visiter le matin la réserve Périnet et d’être à Tamatave en fin d’après midi…

Insensé, car il nous faudra revenir sur Moramanga (22 Km), puis prendre un taxi brousse pour Tamatave : 250 Km !

Réveil à 5 heures 30, petit déjeuner à 6, puis marche (courte) vers la réserve Périnet. Il pleuviote.

Il est 7 heures, la visite guidée peut commencer. L’intérêt majeur de la réserve, ce sont les lémuriens et en particulier l’Indri, animal qui se laisse mourir de faim en captivité. Sa particularité est son cri qu’il pousse chaque matin, histoire de délimiter son territoire.

3 heures de marche dans la forêt, nous sommes précédés par le guide qui, de temps à autre, nous fait stopper et part à la recherche de l’Indri…

Notre guide est muni d’un magnétophone dont la bande reproduit les cris de l’Indri.

Réserve Périnet, lémurien.En fin de parcours, les voici ! C’est un groupe de 3 (les Indri vivent en groupe familiaux de 3 à 5 maximum). Ce sont des animaux qui se nourrissent exclusivement de feuilles, ils sont toute la sainte journée dans les arbres et n’en descendent qu’une fois par mois, histoire de manger un peu de terre qui leur apporte les sels minéraux dont ils ont besoin. C’est la femelle qui est le leader, un peu comme chez nous !

Elles ont un petit tous les deux ans, durée de gestation 6 mois. C’est une espèce protégée, bien sûr, et leurs prédateurs ne sont plus l’homme, mais les rapaces et les chats sauvages.

Après avoir visionné (de loin…) une mygale, nous rentrons à notre hôtel vers 10 heures 30 pour récupérer nos sacs à dos et nous voilà en route pour rejoindre le carrefour où nous devons trouver un moyen de transport pour revenir à Moramanga.

Assez rapidement se présente un taxi brousse et un particulier pratiquant l’auto stop payant à bord de son R12. C’est lui que nous choisissons car nous le pensons plus rapide qu’un taxi brousse, ce qui d’ailleurs, va se révéler exact.

Nous sommes 4 dans la R12. Tout va bien. Il se propose de nous emmener à Tamatave, mais nous déclinons l’offre. Il s’arrête en bord de route pour prendre 3 passager(e) s supplémentaires, si bien que nous ferons la plus grande partie des 22 KM à sept ! 3 à l’avant, 4 à l’arrière, pas de quoi vraiment respirer et puis, si on a un accident, on est à peu près sûr d’y passer tous !

Mais comme je peux le raconter, c’est que les choses se sont finalement bien déroulées !

Arrivés à la gare routière, nous sommes pris en main par un jeune garçon qui nous conduit vers le taxi brousse qui part tout de suite à Tamatave (et c’est vrai, à peine montés, le voici qui part). C’est la seule fois où nous n’aurons pas de ticket et probablement, un prix plus élevé que normal…Mais enfin, nous sommes tellement contents d’être dans ce van…d’autant qu’il se met à pleuvoir, pluie qui va nous accompagner jusqu’à notre destination finale.

Le voyage se passe dans de bonnes conditions de confort, à peine troublé par un passager qui vomit régulièrement par la fenêtre ouverte.

Arrivés à Tamatave, il est 17 heures (nous aurons mis en tout 5 heures 30 pour 270 Km), miracle, la pluie cesse. Les rues sont littéralement inondées et comme les flaques d’eau masque les trous, nous trouvons plus judicieux de prendre un taxi pour nous rendre à l’hôtel Joffre, au charme suranné, vieille gloire de la ville.

Après dîner, Régine donnera sa part de gâteau à un gamin des rues qui grelotte de froid sous la pluie battante (eh oui ! ça recommence !).

Vendredi 19/09/2003. En avion vers l’île Sainte Marie.

Ce matin, il fait un temps correct et chaud. Nous prenons notre petit déjeuner, nous faisons un peu de change et en route (à pied !) vers le bureau d’Air Mad.

Nous prenons deux billets pour Sainte Marie, départ 13 heures 30. Il nous reste un peu de temps pour flâner et nous visitons un supermarché où la clientèle est exclusivement vaza. Les produits sont français ou sud africains ou indonésiens.

Départ sans problème : Régine achète une carte de téléphone pour réserver un hôtel sur Sainte Marie (nous avons repéré le « Mora Mora » (ça veut dire « cool cool », tout un programme !).

Malheureusement, le numéro de l’hôtel ne répond pas, nous saurons plus tard qu’il y a eu un changement de numérotation. Régine demande au personnel à terre un annuaire, nous avons le dernier qui date de 2000, et là, pas de trace de l’hôtel !

On verra bien !

Arrivés à Sainte Marie sous un beau soleil, nous avisons un taxi qui refuse de nous emmener au « Mora Mora », la piste étant trop mauvaise. Par contre, il veut bien nous descendre en ville où nous trouverons le bureau de l’hôtel.

Nous voici donc devant le bureau, il est 14 heures30, en principe, nous dit un voisin, il ouvre vers 14 heures 30 – 15 heures!

Le gérant de l’hôtel (un italien) finit par arriver avec son 4×4 et nous prenons effectivement une piste pas commode jusqu’au « Mora Mora ».

Le bungalow que nous occupons est très bien équipé et donne directement sur le lagon.

Nous sommes les seuls occupants de l’hôtel, ce qui rend un peu sinistre ce complexe hôtelier.

Nous décidons de partir à la chasse à la baleine (1) demain matin.

(1) l’île Sainte Marie est un lieu de passage et de séjour pour les baleines à bosse (5 à 600 chaque année) qui viennent s’accoupler et mettre bas entre juillet et fin septembre. Elles émigrent ensuite vers des mers plus froides.

 

Samedi 20/09/2003. La chasse à la baleine.

Nous nous rendons au port pour embarquer sur un petit hors bord. Ce sont également des Italiens qui tiennent le centre nautique.

Nous sommes 5 touristes à bord et nous partons vers 9 heures 30 à la recherche des baleines, mais, bien sûr, sans l’assurance d’en voir, d’autant que nous sommes en fin de saison.

Nous avons de la chance, car en fin de parcours, peu avant midi, nous naviguons à moins de 20 mètres d’une baleine et de son baleineau, tous deux fatigués, nous dit notre navigateur, car ne s’enfuyant pas à notre approche.

Le pilote va noter sur un carnet l’heure d’observation, le nombre de baleines, l’état de santé apparent, la direction prise et envoie les données par informatique en Union Sud Africaine, laquelle retransmet à New York, siége social des baleines à bosse !

C’est vraiment un spectacle majestueux.

Nous continuons notre navigation, mais nous ne verrons pas d’autre baleine.

Nous débarquons à l’hôtel de la Crique pour y déjeuner et cet hôtel avec sa plage bordée de cocotiers nous plaît si fort que nous y réservons un bungalow pour les nuits à venir.

Il est près de 20 heures quand nous rejoignons le port puis le Mora Mora. Nous dînons d’excellentes gambas, des bernard l’hermite se baladent paisiblement entre les tables.

Dimanche 21/09/2003. Vers l’île aux Nattes.

L’île aux Nattes se situe à l’extrémité sud de l’île Sainte Marie et n’est accessible qu’en bateau.

Nous rejoignons le port et comme la veille, nous embarquons sur le bateau de Max. Il y a là quelques touristes qui, eux aussi, voudraient bien voir des baleines.

Autant le dire tout de suite, la chasse à la baleine sera vaine.

Nous arrivons sur l’île aux Nattes, une pure merveille, habitée de quelques pêcheurs avec 2 – 3 hôtels primitifs.

51Les habitants passent de l’île Sainte Marie à l’île aux Nattes par pirogue. Les zébus passent à la nage à marée basse.

Quelques enfants se baignent tout nus, ou alors avec des maillots de bain troués de partout.

Nous faisons connaissance d’une jeune couple suisse, qui, oh surprise, habite près d’Yverdon !

Nous rentrons par bateau, les touristes sont déçus de ne pas avoir vu de baleine, d’autant que Max leur a dit en avoir vu avec nous hier.

Nous rentrons à notre hôtel, toujours par la navette 4×4. Nous aurons une immobilisation de 2 heures, le 4×4 étant tombé en panne (fuite du réservoir d’eau). Un natif va réparer tout ça !

Notre chauffeur est lui aussi un Italien.

Intrigués, nous lui demandons combien il y a d’Italiens sur l’île : il n’ y en a que 8 pour une soixantaine de Français, mais ils font tellement de bruit et occupent un tel espace que nous aurions juré l’île peuplée d’Italiens…

Lundi 22/09/2003. Installation à l’hôtel de la Crique.

Nous prenons notre dernier petit déjeuner au « Mora Mora » et nous leur demandons de nous emmener en ville d’où nous pourrons prendre un autre moyen de transport pour l’hôtel « La Crique ». Gros problème de 4×4, le premier a un pneu avant dégonflé ou crevé. Le 2° est un genre de pick-up tout à fait récalcitrant au démarrage…

53Enfin, nous voici partis mais pas pour longtemps : crevaison du pneu avant gauche et pas de roue de secours ! Notre chauffeur tente d’utiliser son portable, mais pas de réseau…Il part à pied vers l’hôtel, chercher du secours. Au bout d’une demie heure, il est revenu, son père doit nous rejoindre avec son 4×4. Effectivement, il nous mène à bon port.

Par chance, dans la ville, nous croisons le van de l’hôtel la Crique. Nous y déposons nos affaires, Régine part faire quelques courses alimentaires et moi du change…Pauvre de moi ! J’ai mis plus d’une demie heure pour changer quelques euros.

Enfin, nous reprenons le van de l’hôtel et nous sommes accueillis par le personnel, aligné…

L’hôtel est dans un jardin, donne sur la plage (pas de sable blanc me fait remarquer Régine) et de notre bungalow (avec électricité à certaines heures, fournie par groupe électrogène) nous pouvons voir la mer et la nuit tombée, les étoiles…

Nous partons prendre notre déjeuner sandwich sur le promontoire qui domine l’hôtel. En chemin, nous croisons un aimable serpent qui cause une grande frayeur (aucun serpent malgache n’est venimeux).

L’après midi se passera sur la plage et dans l’eau.

Mardi 23/09/2003. Ballade sur l’île.

54Pleins de courage, nous louons des VTT. Mais la piste est tellement pentue et caillouteuse que nous laisserons nos vélos à la bonne garde d’une épicerie rencontrée en chemin pour continuer à pied.

Retour à l’hôtel en début d’après midi et farniente sur la plage.

Le soir, je découvre avec horreur que j’ai les jambes et le dos dévorés par les moustiques.

Mercredi 24/09/2003. Toujours la plage…

La matinée est fort grise. Nous faisons une petite ballade le long des rochers, escorté par les 5 chiens de l’hôtel, lesquels seront chassés à coups de pierre et de bâton par la voisine.

Le soir, ballet de lucioles sur la pelouse et au loin, des pêcheurs à bord de leur pirogue qui pêchent le long de la barrière de corail, éclairés par leur lampe à pétrole.

Jeudi 25/09/2003. Dernier jour à Sainte Marie.

Un peu de pluie ce matin. Nous sommes partis par la piste visiter un village. Sur notre chemin, nous sommes abordés par Francesca, jolie jeune femme aux normes du pays. Elle nous propose de venir déjeuner chez elle, juste en face des trois gros manguiers que nous venons de dépasser. Nous sommes d’accord et Francesca nous montre la gargotte où nous irons nous installer d’ici une heure. Le menu sera une omelette (œufs de cane), avec du riz et les épinards locaux.

Une heure après, nous voilà installés à table (nappe et fleurs coupées, assiettes, verres et même serviettes…)

Nous comprendrons mieux le comment de cette installation quand Francesca nous aura dit qu’elle était serveuse à l’hôtel de la Crique avant la naissance de son fils.

Elle nous confirme ce que nous savions déjà, à savoir que tout est très cher pour les Malgaches.

L’addition arrive, sur une feuille de cahier avec tout le détail et la signature de Francesca. Nous en avons pour 53.000 FMG (un peu plus de 8 euros) à deux avec cocas et café.

Nous retournons à notre hôtel, Régine se chargeant comme à l’accoutumée du transport des graines à faire pousser, des branches d’arbre à faire reprendre…

Vendredi 26/09/2003. Retour à Antananarivo.

Nous allons mettre une heure et demi pour rejoindre l’aéroport de Sainte Marie et seulement 55 minutes par avion, pour rejoindre Tana.

Nous reprenons notre chambre dans Tana (hôtel Indri) et nous sortons prendre un verre à la Potinière. Une pluie torrentielle nous bloque dans le salon de thé.

Sitôt finie, nous allons acheter un médicament à la « grande pharmacie de l’Océan Indien ».

Nous sommes les seuls clients.

Nous désignons le produit que nous souhaitons acheter (il est sous vitrine). La vendeuse à qui nous nous sommes adressés en sollicite une autre, qui, munie d’une clé, va ouvrir la vitrine. Elle remet ensuite le produit en question à la première vendeuse, qui en marque le prix sur une fiche, et nous donne la fiche.

Le produit quant à lui est remis à l’emballeuse, située à la gauche du caissier, à qui nous avons présenté notre fiche.

Nous payons, et le caissier nous donne le produit emballé dans du papier kraft.

Nous dînons dans un restaurant de luxe (on se laisse aller !), les serveurs sont innombrables (3 garçons derrière nous, plus le maître d’hôtel et nous sommes les seuls clients) et semblent se mouvoir sur patins à glace. Le repas est délicieux, l’addition est d’un montant légèrement inférieur au SMIC mensuel.

A la sortie, nous sommes escortés sur quelques mètres par un garde armé d’un bâton de bois…

Samedi 27/09/2003. Antananarivo.

57Nous nous promenons dans la ville et notre première visite sera pour le marché de « la petite vitesse ».

Après une active négociation, Régine fait l’achat d’une paire de tongs, tout plastique.

Nous partons nous promener sur les hauteurs de la ville, la vue est plus belle que la ville…

Nous croisons un homme qui nous montre ostensiblement une crevette décortiquée qui traîne dans l’eau stagnante du caniveau. Il s’en saisit et la mange devant nous.

Un peu plus loin, une fillette ramasse avec un soin extrême des miettes de pain qu’elle met précieusement dans un pan de son tablier.

Ce soir, dîner au « Shalimar », restaurant Indien comme son nom l’indique. Il est plein…d’Indiens. A une table, une famille, père mère et trois enfants. Le plus jeune, un garçon de 4/5 ans, est surveillé par sa nounou, une Malgache, qui reste debout à côté du petit prince et qui a certainement dû manger avant ou le fera après…

Nous rentrons à notre hôtel, tout proche.

En plus de ceux qui dorment sur le trottoir, beaucoup de prostituées.

Dimanche 28/09/2003. De Antananarivo à Ivato (aéroport).

Ivato, le marché.Nous prenons un taxi pour l’aéroport (bizarrement, seulement 40.000 FMG, alors que le trajet aéroport Tana est à 75.000 FMG.) qui nous dépose au « Manoir Rouge », dernière nuit en Malgachie pour Régine, qui reprend demain l’avion pour Paris.

Il nous faudra être à l’embarquement à 5 heures 30 du matin.

Nous profitons de ce bel après midi pour visiter la « croc farm ». Crocodiles, serpents, tortues, caméléons…tout y est…

La ferme est en contre bas, l’entrée est bien sûr payante (un tarif plus élevé pour les vazas), et les Malgaches sont nombreux en cet après midi à regarder de loin et d’en haut les animaux.

Lundi 29/09/2003. Ce n’est qu’un au revoir! Mais ça fait mal!

Régine rentre à Paris ce matin. Nous nous levons à 4 heures 30, nous sommes à l’aéroport à 5 heures et il y a déjà du monde à l’enregistrement.

J’achète un « Monde » du 17 septembre.

Je dis à bientôt et c’est triste un peu que je reprends la route vers le « Manoir Rouge »…

A suivre…Madagascar II

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