Jean Marie Lambert

Ethiopie Sud , première partie (2007)

Share Button

Voyage en Ethiopie du sud du jeudi 29/11/2007 au dimanche 09/12/2007.

 

Il y a une deuxième partie… (le nord évidemment), du 10/12/2007 au 02/01/2008 à l’adresse suivante : http://www.jm-lambert-voyages.fr/ethiopie-nord-2007/

 

Ou la brève histoire de deux faranjis (étrangers, en amharique)…

Ce voyage va connaître deux phases : la première, d’une dizaine de jours, où nous serons pris en charge par une agence locale (Smiling Ethiopia, et nous n’aurons qu’à nous féliciter de l’avoir choisie) pour visiter l’Ethiopie du sud (la vallée de l’Omo, au sens large, et ses tribus), la seconde, où fidèles à nos habitudes, nous nous débrouillerons par nous-mêmes…

 

Pas de guide en langue française, mis à part le notoirement insuffisant « Petit Futé ».

Deux guides en langue anglaise : le Lonely Planet et le Bradt (le meilleur !).

Intéressant : le phrase book anglais/amharique de Lonely Planet.

Jeudi 29/11/2007. Paris-Addis Ababa (altitude 2.400 mètres), arrivée le vendredi 30 au matin.

 

C’est un vol de nuit, par Ethiopian Airlines, l’avion vient de Bruxelles et il a un bon ¾ d’heure de retard !

Bagages à l’enregistrement : 11 kilos pour Régine, 15 kilos pour moi…mais j’ai le poids d’une valise à roulettes !

Je me suis pesé avant le départ : 80,10 kilos…et combien au retour ? Vous le saurez à la date du 03/01/2008 !

139Nous arrivons donc à Addis au petit matin : les représentants de l’agence sont là, qui nous attendent.

Le chauffeur, occasionnel (c’est un cousin du propriétaire de l’agence), et notre guide francophone, Hayelom, dont nous ne louerons jamais assez la débrouillardise et la connaissance du terrain dont il allait faire preuve pendant cette dizaine de jours…

Une fois déposés à notre hôtel, nous faisons une première sortie en ville : achat d’eau, de timbres à la poste et prise d’un café (c’est drôlement bon le café Ethiopien, même que ça se boit sans sucre, c’est dire !).

 

L’Ethiopie…

1.137.000 kilomètres carrés, pays montagneux et de hauts plateaux (entre 1.800 et 3.0000 mètres, ce qui explique pourquoi les nuits sont fraîches !)

Etat fédéral de 11 régions s’administrant de manière autonome.

75.000.000 d’habitants, 49 ans d’espérance de vie, trois produits d’exportation : le café (excellent), le qat (pas goûté!), le bétail (il y a plus de têtes de bétail que d’habitants).

Tension à la frontière nord avec l’Erythrée, conflit armé au sud avec la Somalie, révolte rampante de l’Ogaden (province rebelle)…80 langues et dialectes…11 régions…

7° pays le plus pauvre de la planète…

Les Ethiopiens sont très soucieux de l’image qu’ils donnent à l’étranger et sont particulièrement traumatisés par celle relative à la famine des années 85 (1 million de morts). Aujourd’hui, le pays est autosuffisant et même s’il peut y avoir des problèmes de déséquilibre, ceux-ci restent très ponctuels.

Ceux qui s’expriment en anglais vont tous nous dire « dites bien chez vous que nous mangeons à notre faim… »

 

Nous partons déjeuner et c’est notre premier contact avec l' »injera »…galette de tef fermenté de la taille de nos galettes de sarrasin, , (c’est bon la première fois, mais c’est carrément lassant de s’en voir proposer aux trois repas de la journée !) sur laquelle sont déposés divers ingrédients comme des légumes, de la purée de haricot, de la viande, parfois un morceau de poulet…Encore faut il savoir que dans ce pays, orthodoxe pour sa majorité, il y a deux jours de jeûne par semaine (les mercredis et les vendredis), c’est-à-dire sans viande, ni œuf, ni lait. En gros, et compte tenu des fêtes, il faut compter sur 180 jours de jeûne…

Le problème, c’est de réapprendre à manger avec ses doigts, et pas n’importe lesquels, ceux de la main droite uniquement (pour moi qui suis gaucher…) : on découpe comme on peut un morceau d’injera dans lequel on roule un peu de garniture et on achemine le tout vers la bouche en évitant d’en faire tomber…

Bien sûr, comme le plat est commun aux convives, il est exclu de se lécher les doigts, sauf en fin de dégustation…

Nous en aurons pour 30 birrs à nous deux avec l’eau minérale, soit 2,22 euros…

 

Les prix en birrs !

Pas beaucoup de rapport entre les prix pratiqués effectivement et les prix indiqués dans les guides ! Le pays connaît certes une inflation redoutable, mais l’exploitation du touriste entraîne une surenchère que rien ne peut justifier !

A titre d’exemple, le droit d’entrée pour visiter les églises est de 50 birrs par personne, c’est-à-dire 100 birrs pour deux, soit le prix d’une chambre d’hôtel, dans une catégorie « routard » améliorée…

Pour les chambres d’hôtels, mis à part quelques bonnes surprises, il faut compter un bon 30% en plus des indications des guides !

 

 

L’après midi se passera avec le véhicule de l’agence, notre chauffeur temporaire et notre guide (Hayelom). Nous visitons les deux principaux musées de la capitale, mais avant toute chose, nous passons au siège de TEFSA.

Tefsa est une ONG britannique qui a pour objet de mettre en place un tourisme « responsable » : elle développe un parcours de trek avec les populations locales et à leur profit.

Bref, nous les rencontrons pour finaliser ce qui n’a pas pu l’être par Internet, à savoir notre inscription définitive au trek de quatre jours.

Tefsa nous demande une assurance avec numéro de téléphone (sans elle pas de départ, mais pas de panique, ils auraient pu nous assurer !). Il prendra place du 23 au 27 décembre à partir de Lalibela et nous serons avec deux autres touristes.

Hayelom nous réserve d’ores et déjà une chambre d’hôtel à Lalibela pour la nuit du 22 au 23 décembre.

Visite du musée d’Ethnologie puis du musée National.

L’entrée se fait après palpation et fouille des sacs…

Ce dernier abrite la fameuse Lucy, absente pour cause de voyage aux États-unis. Là, nous rencontrons un jeune Français qui poursuit ses études de paléontologie et qui est en Ethiopie depuis deux ans : il va nous piloter à travers les collections du musée, c’est passionnant et fascinant !

135Comme notre chauffeur en a profité pour aller faire une course, nous nous retrouvons sans voiture : notre guide nous propose d’attendre son retour, qui ne saurait tarder.

 

Nous avons une autre solution qui surprend notre guide : prendre un taxi collectif qui nous ramènera près de notre hôtel…Le coût du trajet est modique, quelque chose comme 2 birrs par personne, soit 0,14 euro par tête.

Le dîner du soir se passera à l’hôtel Axoum car nous allons y retrouver Philippe, Christiane et leurs amis avec qui ils voyagent depuis la mi novembre : ils ont commencé par visiter le nord et s’en vont demain dans le sud…

Le taxi (il n’y a pas de compteur) va nous prendre 25 birrs à l’aller et 30 au retour (il est vrai qu’il est 22 heures !). Toujours négocier le prix de la course avant de monter dans le véhicule !

 

Le calendrier, les heures et autres…

 Le calendrier :

Le 11 septembre dernier, l’Ethiopie a fêté son entrée dans le troisième millénaire…Normal : ils suivent le calendrier julien avec 12 mois de 30 jours, plus un treizième mois de 5 ou 6 jours selon que l’on est en année bissextile ou non et l’année débute le 11 ou le 12 septembre…

Le pays est donc en « retard » de 7 ans et huit mois par rapport à nous.

Les heures, maintenant !

Les Ethiopiens commencent à décompter les heures au lever du jour et le décalage est de 6 heures. Ainsi, s’il est 1 heure du matin pour un Ethiopien, il est 7 heures du matin en heure universelle. S’il est une heure de l’après midi pour un Ethiopien, il est 19 heures pour les tenants de l’heure universelle !

En clair, ce n’est vraiment gênant (horaire des bus !) qu’à l’extérieur d’Addis…car dans la capitale, tous sont à l’heure universelle…

Et surtout, c’est le seul pays du continent Africain à avoir été toujours indépendant (ils en sont très fiers et ça se comprend !), mis à part l’occupation Italienne de 1935 à 1941.

 

 

Samedi 01/12/2007. Départ pour le Sud ! Addis/Awasa (altitude 1.700 mètres).

 

Départ à 7 heures 30 pétantes !

Nous descendons doucement vers la vallée du Rift, Yhalashet est au volant, Hayelom à côté de lui et nous deux à l’arrière du 4×4.

Premier arrêt pour prendre un café (of course !) au Dreamland Resort, face à notre premier lac volcanique : le lac Bishoftu. Nous sommes à 1.900 mètres d’altitude, il fait beau et chaud au soleil. Des oiseaux à observer (jumelles indispensables).

 

 

Nous poursuivons notre route jusqu’à Ziway : le lac et ses environs sont un paradis pour les ornithologues.

Nous visitons dans l’après midi l’Abiate-Shala National Park, qui en lui-même ne présente aucun intérêt : 3 autruches qui se battent en duel, 1 lapin…

 

Mais le lac Shala est lui attractif avec ses flamants roses et ses sources d’eau chaude. Seul inconvénient : les cosses d’épis de maïs qui traînent à proximité des sources (c’est là qu’on les fait cuire).

 

Traversée de Shashemene, connue pour être le refuge d’une communauté »rasta »…d’origine principalement jamaïcaine, installée là dans les années 60, par la grâce de l’empereur Hailé Sélassié…qu’elle déifiait…

Nous arrivons en fin d’après midi à Awasa : notre hôtel est tout près du lac du même nom.

Nous voilà partis pour une promenade romantique au bord du lac.

Nous croisons beaucoup de monde, les berges sont très fréquentées et nous suscitons le sourire. Pourquoi ?

Nous saurons plus tard que le fait de se tenir par la main n’est pas dans les normes locales et que la femme doit être à la maison et pas en train de se promener !

Au dîner, quelques touristes sud africains, des ornithologues.

 

Orthodoxie, Islam et autres religions.

 L’orthodoxie est la religion principale en Ethiopie (religion officielle jusqu’à la chute de l’empereur Hailé Sélassié en 1974) : on estime que 45% de la population est orthodoxe.

L’Islam est pratiqué par 35% de la population.

Mais attention ! L’Islam est conquérant et ses moyens et méthodes de pénétration innovantes :

par exemple, l’ Arabie Saoudite « importe » un nombre élevé de travailleurs Ethiopiens, mais bien entendu, pour aller travailler en Arabie Saoudite, mieux vaut être musulman, d’où des conversions en masse de jeunes Ethiopiens.

Par ailleurs, les investissements saoudiens sont considérables dans l’hôtellerie et l’immobilier (encore que les chantiers n’avancent pas vite!).

A noter l’influence considérable d’un homme: scheik Mohamed Al Amoudi (éthio-saoudien), l’homme le plus riche d’Ethiopie et 77° richesse mondiale d’après ce qu’on m’a dit !

Enfin, les orthodoxes se font tailler des croupières par les églises évangélistes d’origine américaine (en particulier, World Vision).

Simple : ces églises distribuent des semences à leurs paroissiens ! Elles interdisent aussi les seins nus…

La communauté juive a pratiquement disparu depuis 1984, date du début du rapatriement vers Israël des Falashas.

 

 

Dimanche 02/12/2007.Awasa/Arba Minch (altitude 1.500 mètres).

 

Tôt le matin, nous partons visiter le marché de poissons. Beaucoup de bateaux, de pélicans et de singes dévoreurs de bananes… On peut y déguster du poisson cru avec un peu de piment…

Il faut avoir un certain appétit car les filets de poisson crus sont détachés avec les dents !

 

Nous reprenons la route à bord de notre 4×4 et en ville, à ma grande surprise, nous sommes arrêtés pour laisser passer une course cycliste…féminine !

La route vers Aba Minch est de bien mauvaise qualité, des gamins se mettent en travers et entendent faire payer les véhicules sous prétexte d’avoir bouché les trous…

Nous traversons des villages Alaba (une minorité, forte de 270.000 individus et dont la caractéristique la plus marquante est le port d’une sorte de chapeau haut de forme pour les hommes).

Culture du café et de la banane.

Pour dégager la graine de café de sa cosse, la technique est simple ! Une fois le café séché, on le dispose sur la route, les voitures, camions et autobus roulent dessus et il n’y a plus qu’à ramasser la graine…

 

La cérémonie du café (comptez une heure) !

19C’est aussi compliquée que la cérémonie du thé !

Faire brûler de l’encens, allumer une bougie (seulement en cas de fête).

Prendre du café en grain, le faire rissoler dans une petite poêle sur un feu de bois.

Une fois cuits, retirer les grains de café.

Mettre de l’eau chaude dans les tasses (l’eau chaude sera ensuite jetée, elle ne sert qu’à chauffer la tasse).

Piler les grains de café…

Mettre le café « moulu » dans l’eau chaude de la cafetière. Eventuellement, ajouter du sucre (ou même du sel).

Servir les tasses.

Il faudra boire trois tasses : la première est légèrement amère…

La cérémonie du café se reproduit trois fois par jour : matin, midi et soir.

 

Nous nous arrêtons pour visiter un petit village, au bord de la route. Il n’y a que des enfants et des femmes présents à cette heure : les hommes sont partis travailler aux champs.

Deux portes par case : une pour les femmes et les enfants, l’autre pour les hommes.

Chaque case est divisée en deux : d’un côté, les animaux (ovins, veaux) dans un enclos, de l’autre, le lit commun et la « cuisine ».Pas de cheminée.

Avant de faire escale comme prévu à Arba Minch, nous nous rendons à Dorze par une route de montagne (on se croirait dans les Vosges : sol rouge, résineux…) : le paysage est superbe et à lui seul vaut le détour.

Tout au long de la route en lacet, des enfants qui nous font la fête et se réjouissent de notre venue en dansant (déhanchement !) sur les bas côtés de la route…

Le peuple Dorze, c’est 28.000 personnes sur 30 kilomètres carrés…

Les habitants de Dorze et du village voisin de Chencha sont connus dans toute l’Ethiopie pour la qualité et la beauté de leur tissage.

Autre caractéristique, leurs cases !

Elles rappellent par leur forme une tête d’éléphant ou une ruche…Elles sont faites de bambou (12 mètres de haut) et recouvertes de feuilles d’enset (faux bananier).

Nous découvrons sur place un ensemble « hôtelier », fait d’une demi-douzaine de huttes avec une douche de campagne et franchement, si nous ne devions pas aller à Arba Minch, je crois que nous aurions déposé là nos sacs…d’autant qu’il n’a pas de client !

 

Enset.

Le faux bananier ressemble à s’y méprendre au vrai, sauf qu’il est plus grand et que surtout, il ne donne pas de fruit…Par contre, tout se mange dans le faux bananier : on fait de son tronc de la farine qui sera fermentée pendant quelques mois et qui deviendra des galettes après 20 minutes de cuisson.

 

Ces huttes ont une durée de vie d’environ 70 ans, la porte d’entrée est haute : elle va s’affaisser au fil des années par la faute des termites…

On peut déplacer facilement les huttes, histoire de changer de terrain…

La hutte est divisée en deux parties : l’une sert d’enclos pour le petit bétail, l’autre contient un lit, celui des parents, et au dessus, dorment les enfants. Au centre, la « cuisine », en fait, le feu.

Nous rencontrons le chef du village : c’est le plus ancien qui est le chef. Il rend la justice en collégialité.

C’est l’église (les Dorzes sont orthodoxes) qui tient le registre d’état civil.

Nous redescendons à regret vers Arba Minch…pour aller à notre hôtel, le meilleur de la ville…Nous sommes chez les Konso…

 

Lundi 03/12/2007. Arba Minch.

 

La nuit va être pour le moins agitée ! D’abord des voisins particulièrement bruyants et surtout dès 5 heures du matin la retransmission en « live » par hauts parleurs interposés d’une cérémonie religieuse qui a lieu dans l’église orthodoxe d’à côté ! La retransmission va durer jusqu’à 7 heures 30 du matin !

D’après des informations recueillies après coup, c’est parfaitement habituel et certaines nuits peuvent être entièrement consacrées à des offices lesquels sont relayés par hauts parleurs, de façon à ne pas en perdre une miette !

Le dérangement provoqué par l’appel à la prière des muezzins, ça n’est rien à côté…

L’eau est coupée ce matin, cela peut parfois arriver, même à Arba Minch (qui veut dire 40 sources !).

Départ pour le parc national de Nechisar qui est tout proche de notre base.

Parc intéressant à visiter, en voie de réhabilitation depuis 2005, route ou plutôt piste à la limite du possible…Beaucoup d’animaux comme zèbres, antilopes, singes, oiseaux splendides…et certains tout à fait indésirables, comme ces nuées de mouches tsé tsé…

Vue superbe sur deux lacs : le lac Abaya (dit lac rouge en raison de la couleur de ses eaux) et le lac Chamo. Nous sommes à 1.300 mètres d’altitude…et les nuits sont fraîches !

 

L’altitude !

C’est une notion très importante en Ethiopie : on ne cessera de nous demander à quelle altitude est Paris (30 mètres, j’ai vérifié à notre retour dans la capitale), et il nous sera toujours indiqué à quelle altitude nous circulons !

 

L’après midi sera consacré au lac Chamo : excursion en bateau et rencontre avec crocodiles et hippopotames garantie !

Visiblement, notre guide et notre chauffeur ont un problème : renseignement pris, ils sont à court d’essence et se demandent comment faire pour continuer notre périple compte tenu qu’il n’y a pas de ressources possibles au-delà d’Arba Minch !

Les stations essence refusent de leur donner plus qu’une quantité minimale (il y a une réelle pénurie et des instructions préfectorales ont été données afin de contingenter les ventes), or, il nous faut 200 litres…enfin, elles refusent, sauf à payer un prix de marché noir !

Comment faire ? Ils décident d’aller solliciter un passe droit auprès de l’autorité locale en arguant du fait qu’ils véhiculent des touristes, ce sera leur tâche première demain matin…

En attendant que la nuit tombe, nous allons dîner dans un excellent restaurant de poisson : le notre est grillé (c’est une perche du Nil) et nous l’accompagnons d’un vin blanc local, pas mauvais ma foi, même s’il n’est pas trop sec et qu’il manque un peu de fraîcheur malgré la glace !

 

Mardi 04/12/2007.En route pour Konso et Jinka (altitude 1.500 mètres).

 

Encore une nuit raccourcie par un office religieux ! Et le pire, c’est que les chants/mélopées ne sont même pas beaux à entendre !

Dès l’ouverture des bureaux, nos amis foncent vers la préfecture : ils vont obtenir un bon d’essence de 70 litres seulement, mais c’est mieux que rien !

 

Les petits métiers !

Vu sur une portion de route toute neuve : des ralentisseurs « humains » !

Soit une corde (signalée par des rubans de plastique rouge) nouée à un bâton fiché dans le sol et tendue de l’autre côté de la route par un homme abrité par un vaste parapluie (qui abrite du soleil).

Il a pour fonction d’abaisser la dite corde au moment du passage de la voiture, qui, bien sûr, ralentit…

Et comme on peut compter sur un ralentisseur humain tous les 500 mètres, ça fait des emplois !

Malheureusement, la nouvelle route est bien courte !

 

Le trajet vers Jinka va s’avérer long, fatigant et poussiéreux !

 

Nous nous arrêtons à Konso et nous y déjeunons : nous rencontrons un couple angevin. La bonne affaire c’est notre chauffeur qui la fait : grâce à l’aide du « patron » du restaurant de Konso, il trouve de l’essence, tout ce dont il a besoin !

Sur la route, peu avant le village de Weita, nous sommes arrêtés (poste d’entrée sur le territoire) pour vérification des autorisations de circulation : bien sûr, nous ne sommes pas en règle (enfin, aux yeux des autorités locales qui rançonnent comme elles le peuvent !). Voyez un peu : notre autorisation est rédigée à la main et pas à la machine à écrire, ce qui va nous coûter un petit bakchich !

 

A Jinka nous descendons dans le meilleur hôtel de la ville, mais comme souvent, il y a quelques petits problèmes de plomberie…

 

Les Konsos !

Ce sont des agriculteurs particulièrement habiles, capables de tirer d’un sol rocailleux des récoltes en tef, millet, sorgho grâce à des cultures en terrasse et à un système d’irrigation…

Les Konsos sont animistes, mais depuis 50 ans les évangélistes de tout poil et de tout bord ont converti massivement les populations et ont modifié les comportements.

A titre d’exemple, les femmes Konsos qui avait pour habitude d’être nues jusqu’à la taille, s’habillent maintenant de tee shirts…

 

Mercredi 05/12/2007. Visite des tribus Mursi et retour à Jinka.

 

En route vers le parc national du Mago, là où vivent les Mursis.

Tous les hommes que nous croisons sont armés, l’un d’eux me montrera très fier sa kalachnikov : une balle est engagée dans le canon !

36A l’entrée du parc, nous embarquons avec nous un « scout » (garde du parc, armé) qui est chargé de veiller sur notre sécurité, en fait de maîtriser les Mursis car on ne peut pas dire que cette visite soit de tout repos!

Les Mursis, dès lors que nous visitons un de leurs villages, se montrent très agressifs (il paraît que c’est encore pire l’après midi, les effets de l’alcool aidant) : les femmes veulent être photographiées, bien sûr moyennant finances, à hauteur de 2 birrs par adulte et 1 birr par enfant…imaginez le décompte !

D’autant que pas folles, elles font en sorte de ne pouvoir être photographiées qu’à plusieurs (à nous de dire, non pas vous, ni vous…c’est commode !), et portent dans leurs dos des nourrissons dont on voit à peine les pieds, mais qui valent 1 birr à eux tout seuls !

 

Nous sommes donc tirés par les mains, les bras, bref, nous sommes des birrs ambulants ! Aucun contact réel avec qui que ce soit et à dire vrai nous sommes plutôt contents quand tout cela se termine…

 

Les Mursis (ou les méfaits d’un tourisme mal maîtrisé).

 

Au nombre de 5.000 environ, c’est un peuple de pasteurs.

Les femmes sont dites à plateau : un disque d’argile est inséré dans la lèvre inférieure à partir de l’âge de 10 ans, l’espace est agrandi au fil des ans et le diamètre du plateau devient de plus en plus grand. De la taille du plateau dépendrait l’importance de la dot…

Les oreilles sont également l’objet du même type de décoration.

Nul ne sait trop quelle est l’origine de cette coutume, certains disent que cela permettait d’éviter les razzias des esclavagistes, d’autres pensent qu’il s’agit d’éloigner les esprits malfaisants…

Les touristes (dont nous sommes) ont totalement perverti cette population qui ne vit plus que de mendicité photographique et d’alcool. Et lorsqu’ils sont en groupe, le contact devient vite insupportable…

Par contre, quand on rencontre des Mursis en train de marcher le long de la route, les contacts sont bons !

Nous sommes de retour à Jinka en milieu d’après midi et nous nous y promenons avec Mimi qui va nous emmener visiter le petit musée ethnologique fondé par des Allemands.

Nous allons assister à la sortie des classes d’une école secondaire : les enfants sont réunis autour du mât qui supporte le drapeau national, lequel est lentement descendu pendant que retentit l’hymne national…

Quand on interroge Mimi (16 ans) sur ce qu’elle fait, elle nous explique qu’elle apprend l’anglais à l’école (elle le parle, d’ailleurs, tout à fait correctement), que normalement, elle devrait être en cours mais que ses parents n’ont pas les moyens de payer l’école à tous leurs enfants (50 birrs par mois, par enfant), si bien qu’ils y vont en quelque sorte à tour de rôle…

L’école primaire est gratuite sauf qu’il faut payer l’uniforme et les livres et cahiers.

Mais tout cela n’empêche pas Mimi d’exhiber son portable…

 

Jeudi 06/12/2007.Jinka/Turmi.

 

Partis de bon matin, nous faisons étape à Key Afar : c’est jour de marché et on le voit bien car tout au long de la piste nous ne cessons de doubler des cohortes humaines (tribus Ari, majoritaire ici, Banna et Hamer) chargées de ballots divers.

Du miel (spécialité locale), des tomates, des patates douces, des betteraves rouges, du textile, des articles de bricolage et toujours des photos payantes……Beaucoup de monde, très peu de touristes.

 

Nous reprenons notre 4×4 pour poursuivre notre route, nous nous arrêtons à Dimeka, histoire de nous détendre un peu, quand, oh miracle, un jeune garçon s’approche de notre guide et lui signale que non loin de là, il y a une cérémonie dans une famille Hamer, dite du saut du boeuf.

Nous ne faisons ni une ni deux, et nous partons immédiatement avec le jeune garçon comme pilote pour trouver le lieu où se déroule la cérémonie.

Nous arrivons après un bon quart d’heure de piste dans le lit d’une rivière asséchée : c’est là que se tient la cérémonie…

 

Les Hamers.

Ils sont 50.000 environ, musulmans à 90%. C’est un peuple d’éleveurs : la meilleure preuve, c’est cette cérémonie dite du saut du bœuf !

La cérémonie en elle-même dure trois jours : elle signifie le passage de l’adolescence à l’âge mûr des jeunes hommes.

Nous allons assister à la dernière partie de cette fête, la plus spectaculaire mais aussi la plus « impressionnante » pour un esprit occidental.

 

Sur le sable de la rivière, un groupe de femmes danse aux sons des clochettes qu’elles ont fixées à leurs chevilles et des trompes dans lesquelles elles soufflent.

(audio : la danse)

Elles sont vite trempées de sueur et boivent de temps à autre, probablement un alcool local (bière de sorgho).

Beaucoup ont le dos balafré et boursouflé de cicatrices, cela est dû, comme nous le verrons plus tard, aux coups de « badine » qui leur sont donnés.

Notre guide va négocier auprès du chef de famille le coût de notre présence (il n’y a pas de petit profit !), mais au moins, aurons nous la liberté de photographier à notre aise et d’enregistrer les sons…

 

Nous quittons le lit de la rivière et suivons le groupe : nous montons sur la berge et non loin de là, nous nous arrêtons dans un espace découvert : c’est là que va se passer le saut du bœuf proprement dit.

Premier temps : pendant que les hommes rassemblent huit bœufs qui sont placés flanc contre flanc, les femmes présentent aux hommes de leur fratrie des badines. Les hommes s’en saisissent et frappent violement le dos de leur compagnes : le sang va jusqu’à gicler. C’est une séance de flagellation.

Je dois dire :

– que cette coutume est interdite par la loi depuis 4/5 ans,

– que le chef du village, présent, a l’air bien embêté et essaie de modérer comme faire se peut l’ardeur des femmes qui veulent être fouettées,

– qu’un certain nombre d’hommes refuse de frapper, mais les femmes sont alors furieuses,

– que d’autres frappent, mais leur coup reste dans l’ordre du symbole,

– mais qu’aussi une bonne moitié s’en donne à cœur joie.

Deuxième temps : les bœufs sont rassemblés, le saut du bœuf proprement dit peut commencer.

Le jeune garçon (14/15 ans) arrive, nu, crâne à demi rasé, vert de trouille…Il doit sauter, après un bref élan, sur le premier bœuf et parcourir la ligne d’échines et cela, quatre fois de suite. C’est haut et ça glisse…et il ne doit pas tomber (en tout cas pas plus d’une fois, sous peine d’être battu et de devenir la risée de la tribu).

Le « nôtre » ne s’en tirera pas trop mal et, l’épreuve terminée, deviendra membre du clan à part entière et pourra donc se marier.

Renseignement pris : il n’y a pas de séance d’entraînement…

Nous reprenons notre route vers Turmi où nous allons camper sous la tente.

Le camp lui-même est assez sympa, l’hôtel/restaurant où nous allons dîner a des allures de bordel de campagne, avec des serveuses hyper maquillées ! La petite histoire dit d’ailleurs que la tenancière du lieu est une ancienne fille de joie…

 

Vendredi 07/12/2007. Turmi/Yabello.

Nous allons prendre en charge une hôtesse de l’air d’ Ibéria (à la retraite) visiblement larguée à Turmi, c’est-à-dire sans moyen de transport. Nous la conduirons jusqu’à Konso.

 

Avant d’arriver à Konso (ville étape pour nous), nous visitons une tribu (probablement des Tsemai) et chose nouvelle, il nous faut
payer…

Nous déjeunons à Konso et visitons le village traditionnel de 4.000 âmes : village en espalier (les cultures sont en terrasse) village fortifié (murs de pierre de 2 mètres de haut, deux ou trois entrées seulement).

L’intérieur du village est un labyrinthe de sentiers étroits et ombrés. Chaque groupe familial occupe de trois à cinq « cases », le tout dans un enclos. Important : la maison communale, le bas sert de lieu de réunion où sont prises les décisions (exclusivement par la gent masculine).

L’étage sert de dortoir aux jeunes garçons de 12 ans jusqu’à leur mariage. L’origine de cette coutume tient au fait qu’il fallait pouvoir mobiliser rapidement les éléments mâles en cas d’attaque d’un ennemi…

Autre caractéristique, les pierres commémoratives, érigées tous les 18 ans dans le village : elles marquent ainsi le renouvellement des générations.

Nous reprenons notre route : nous sommes dans le pays des Borana, ennemis jurés des Hamers (c’est pour cela que l’on voit vraiment beaucoup d’armes…).

Nous arrivons à Yabello, au motel un peu crade et surpeuplé (la route pour le Kenya passe par cette ville) d’autant qu’il y a un déplacement de ministres (on en a vu un, le ministre porte parole du gouvernement)…

 

Samedi 08/12/07. Yabello/Yirga Alem.

Bonne route goudronnée !

Nous allons nous arrêter pour acheter du café (tombé du camion, c’est-à-dire sans taxe !) : de temps à autre la police fouille les voitures à la recherche de cet or noir…

Beaucoup d’ananas en vente par groupe de 4.

82Nous arrivons dans notre lodge (Aregash Lodge) : le propriétaire est Grec, marié avec une Ethiopienne.

La résidence est une succession d’une douzaine de tukuls construits sur un mode traditionnel.

Le tout est dans la verdure, à flanc de colline.

Un guide (aimable vieillard) nous pilotera dans le superbe domaine et nous montrera la grotte où s’est réfugiée (dit-on) pendant une dizaine de jours, une impératrice d’Ethiopie (Etege Tayitu -1856-1918, femme de Ménélik II), pourchassée par les Italiens.

83Avant notre propre dîner, nous assistons à celui des hyènes et des vautours. Tous les occupants du lodge sont là et il y a beaucoup de monde car demain se déroule dans la ville proche (Awasa cette année, le lieu change) la fête organisée tous les trois ans, en quelque sorte la fête des Etats Fédérés, lieu de rencontre de toutes les ethnies.

C’est ainsi que nous faisons connaissance avec la femme du ministre de la santé qui s’exprime en un français parfait ! Il faut dire qu’elle a fait ses études à Nice et qu’elle a, entre autre, travaillé à la Banque Mondiale, à Washington…

 

Nous allons échanger quelques considérations générales sur le tourisme en Ethiopie et le petit nombre de touristes français.

Nous soumettons pour avis et validation notre parcours dans le nord Ethiopie à Hayelom.

Hayelom nous recommande certains guides (qu’il avertira lui-même de notre venue…)

 

Dimanche 09/12/07. Retour à Addis.

84Nous profitons donc de l’opportunité qui nous est offerte pour nous arrêter à Awasa.Des

tentes ont été dressées sur un très vaste terrain : elles abritent les représentations de chaque Etat Fédéré.

Rappel : il y a 9 régions représentatives d’entités ethniques et 2 administrations autonomes (Addis et Dire Dawa).

Pour tout dire, ça a des allures de comices agricoles des années 50 ! Chaque tente vante les résultats économiques avec force courbes, graphiques, vidéos, le tout en amharique et en anglais : nous sommes d’ailleurs pilotés dans cette langue de stand en stand…Il y a beaucoup de monde et les gens ne se montrent pas trop intrigués par notre présence.

Bref, c’était une visite qui valait la peine, et nous repartirons avec en tête les slogans mobilisateurs du nouveau millénaire : l’Ethiopie doit se faire par elle-même, il faut que chacun se mette au travail, nous avons toutes les forces nécessaires pour progresser, arrêtons de demander de l’aide à l’extérieur…

Nous reprenons notre route et arrivons à Addis. Nous passons au Hilton pour retirer des liquidités (deux ATM à Addis : un au Hilton, l’autre au Sheraton) et nous nous rendons à l’agence pour payer notre dizaine de jours dans le grand sud…

En principe, quelqu’un de l’agence vient nous chercher demain matin pour nous conduire à l’aéroport (rendez vous dans le hall de l’hôtel à 5 heures du matin…)

Nos deux compères nous conduisent à l’hôtel et l’heure de la séparation est arrivée ! Notre guide est très ému, le chauffeur ne l’est pas moins…

Il faut dire que notre guide est habitué à piloter des groupes et cela lui a fait tout drôle de se retrouver en si petite compagnie : forcément, ça crée des liens !

 

A suivre ! le nord…à l’adresse suivante : http://jean.marie.lambert.perso.sfr.fr/ethiopie.htm

Share Button

Une réaction ?

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.