Jean Marie Lambert

Centrafrique, à la rencontre des Pygmées (2006)

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Voyage en Centrafrique

Du 03/11/2006 au 18/11/2006.

Pourquoi un voyage en Centrafrique ?

Bonne question !

De retour le 18 mars 2006 tout juste de notre voyage en Birmanie, ne voilà-t-il pas que je « tombe » sur une page entière du journal « Le Monde » en date du 25, consacrée aux Pygmées !

Il faut dire que cela faisait déjà un certain temps que Régine me « tannait » avec les Pygmées et l’occasion était trop belle !

Les préparatifs du voyage.

Je me suis rendu à l’ambassade de la République Centrafricaine pour y déposer une demande de visa avec nos deux passeports.

C’est toujours intéressant de se rendre soi-même dans les ambassades : cela donne le signal d’un départ proche et permet de humer l’air du pays que l’on va visiter…

L’ambassade est un ancien pavillon type banlieue, mais dans le XVI° arrondissement, bien sûr…

Une caméra vidéo est censée surveiller les entrées.

La moquette est usée, assez sale.

Sur des étagères trônent quelques sacs empoussiérés de toile de jute, censés contenir du café (production locale). A noter la présence de flacons où surnagent quelques bestioles dans du formol, représentatives probablement de la faune locale…

Sur un mur est punaisée une photocopie de la photo du Général de Gaulle descendant à pied l’avenue principale de Bangui, quelques mois avant l’indépendance de l’Oubangui-Chari…

Général de Gaulle (à propos de la République Centrafricaine) : « un pays rude et qui a toujours été dur… »

 

Bien sûr, il y a aussi une grande photo du Président Bozizé, le drapeau et le rappel de la devise de la République : Unité Dignité Travail. On verra bien sur place ce qu’il en est !

Le personnel est très aimable et même chaleureux, mais la préposée aux demandes de visa n’est pas encore arrivée (il n’est que 11 heures 30 du matin !). Qu’à cela ne tienne, un employé (chauffeur ?) la remplace.

Ah, mais, où donc a bien pu passer le carnet à souche, celui où l’on inscrit le montant en euro perçu pour l’établissement des visas ? Il n’est pas dans le tiroir, donc pas à sa place…

L’attente ne sera pas bien longue : arrive, encore en manteau, la préposée aux visas (légèrement en retard !). C’est elle qui a dans son sac à main le précieux carnet à souche !

Les visas seront prêts dès demain : j’ai rarement vu aussi rapide…

Les préparatifs (mouvementés) du voyage !

Pas question, bien entendu, d’aller tous seuls nous aventurer en République Centrafricaine !

Il nous faut nécessairement passer par un guide…

Et le seul capable de nous emmener en Centrafrique à la découverte des Pygmées, c’est Olivier !

Nous serons cinq, réunis pour la circonstance : Philippe qui deviendra un ami, un jeune couple de Havrais et nous deux.

Vendredi 03/11/2006. Le départ ! En avion vers Bangui !

Le vol d’Air France est en début de soirée et nous avons rendez-vous sur le coup de 20 heures à Roissy.

Là, Philippe (notre doyen, de peu, il est vrai !) Régine et moi faisons la connaissance de Sadia et de Frédéric…Nous sommes sur le pied de guerre et nous attendons notre guide Olivier, spécialiste réputé du monde des Pygmées et infatigable promoteur de la revue Hommes et Plantes, vendue uniquement sur abonnement, qu’on se le dise !

A propos, son email est : ocourtemanche@yahoo.fr, il saura vous en dire beaucoup plus que moi sur le monde des Pygmées !

Il a créé une association qui a pour objectif de faire connaitre ce monde méconnu et il organise des voyages en République Centrafricaine, en voici l’adresse : www.unmondepygmee.com

Enregistrement des bagages : les nôtres sont lourds (surtout à cause des conserves) puisqu’ils s’agit de l’équipement pour 5 personnes…

Le vol va se passer sans problème, nous arriverons même à dormir (ce qui est normal pour Régine, mais pas pour moi !).

Samedi 04/11/2006. Arrivée à Bangui, tôt le matin.

On se rend très vite compte que l’on est arrivé en Afrique Noire…Jamais vu un pareil bordel pour le passage en douane : la grande réussite, c’est de faire d’un petit nombre de passagers, une foule qui se bouscule…

D’abord, il faut avancer pour montrer patte blanche en matière de vaccination fièvre jaune (ça n’empêchera pas d’autres passagers, il est vrai munis de passeports émis par l’Onu, de passer sans…), puis avancer encore pour remettre la fiche remplie dans l’avion, puis revenir en arrière pour le contrôle des visas, puis avancer de nouveau, pour sortir de la pièce…Bref, une partie de billard, avec ses renvois sur les bandes !

La République Centrafricaine

Autrefois, l’Oubangui Chari, indépendance en Août 1960.

623.000 Km carrés. Frontières communes avec : Tchad, République Démocratique du Congo (ex Zaïre), République du Congo, Soudan, Cameroun.

3.900.000 habitants, Bangui, la capitale : 600.000 habitants.

50% des Centrafricains ont moins de 18 ans. Taux d’alphabétisation : 50%.

Espérance de vie : 49 ans.

80 ethnies (c’est vraiment le chiffre !) donc 80 langues ! Sango et Français sont les langues officielles.

Ressources : le bois, le bois et encore le bois ! A ce rythme, il n’y en aura pas pour tout le monde ! L’uranium, les diamants (« affaire » Bokassa), l’or.

Revenu annuel par habitant (année 2.000) : 310 dollars US.

Pratiquement aucune industrie manufacturière (sauf bière locale).

Taux de chômage inconnu, mais énorme.

Il nous reste à récupérer les bagages : il fait chaud, mais il y a un ventilateur.

Notre petit groupe de 6 s’engouffre dans deux taxis et direction le « Sofitel » (c’était son nom, jusqu’à ce que le groupe Accor se dégage de l’aventure il y a quelques années).

Après avoir été l’hôtel « Oubangui », c’est maintenant l’hôtel « Bangui », géré par un groupe privé sud africain (il vient tout juste de reprendre le capital).

Il est situé Avenue du Général de Gaulle, à une portée de main (ou de pavé !) de l’Ambassade de France, ce qui lui a valu d’être souvent le théâtre de manifestations, car l’ambassade, elle, est gardée…

Tout à côté, dans un bâtiment qui jouxte l’hôtel, un « casino », avec table de jeux. Paraît que c’est assez glauque !

Mais enfin, ceci explique pourquoi, on trouve une pile de « Corse matin » dans « la » librairie papeterie presse de Bangui…

1Lire le texte parfaitement hypocrite de la direction concernant les « filles de joie », affiché dans le hall d’entrée, tout proche des ascenseurs !

A l’heure où nous arrivons (il doit être dans les 8 heures 30), les chambres ne sont pas prêtes, ce qui est tout à fait normal. Mais, ce qui l’est moins, c’est qu’un bon tiers des 60 chambres de ce 4 étoiles, sont fermées car non utilisables : elles sont cannibalisées et servent de « réserves » de pièces détachées pour les autres chambres lorsqu’il y a par exemple des problèmes de plomberie…

Donc, pas de chambre où déposer nos affaires, et nous allons attendre dans le hall de l’hôtel.

Nous faisons brièvement la connaissance de nos deux accompagnateurs locaux : John et Eric.

Petite visite des lieux : l’hôtel est très bien situé, sur la rive droite de l’Oubangui, avec en face la RDC (République Démocratique du Congo). La piscine est petite, mais propre.

Une chambre se trouve être disponible après nettoyage : nous allons y entasser nos affaires, ce qui nous permettra d’aller faire un petit tour en ville.

8A première vue, Bangui semble très étendue : il est vrai qu’il y a fort peu d’immeubles, sauf au centre.

Les rues sont plutôt en bon état, même s’il y a quelques nids de poule !

Nous parcourons à pied le marché où l’on trouve un peu de tout : fruits (ananas, oranges et papayes pour l’essentiel) légumes (patates douces, tomates), farine de manioc…

L’atmosphère est bon enfant…

Un peu plus loin, nous prenons un café à la terrasse du « Pergola » : un des salons de thé chics de la ville.

J’achète un journal d’opposition (plutôt violent, mais en vente libre).

Retour à l’hôtel : nos chambres ne sont pas encore prêtes.

Nous partons déjeuner à l' »Escale », très bon restaurant : si jamais vous passez à Bangui, n’hésitez pas à vous y rendre ! Nous y mangeons notre premier « capitaine » en papillote (son nom vient du fait qu’il était réservé au capitaine du bateau pêcheur), le poisson local, appelé ailleurs perche du Nil (un rappel, le film : le cauchemar de Darwin), accompagné de plantain (une banane à cuire, assez étouffe chrétien pour tout dire !).

De retour à l’hôtel, nous trouvons notre chambre presque prête : nous aurons la 66.

Une petite douche, mais vite fait car seul fonctionne le robinet d’eau chaude…

Belle vue sur l’Oubangui et sur l’ex Congo Belge, juste en face. En principe, les photos sont interdites…

Dimanche 05/11/2006. Départ de Bangui. Nuit à Sobo.

Nous partirons après le déjeuner, donc la matinée va être consacrée à la visite du marché artisanal, au change que nous ferons dans une pâtisserie salon de thé tenue par des musulmans, le caissier de l’hôtel étant absent.

Nous longeons le musée ethnographique que nous nous promettons d’aller visiter à notre retour et l’Alliance Française, beau bâtiment.

Personne au marché artisanal (mis à part une Européenne arrivée en 4×4 avec chauffeur), des objets en bois sculptés, quelques tissus d’importation…

Visite de la Cathédrale, la messe vient d’être dite, les paroissiens ont sorti leurs plus beaux atours et sont habillés du dimanche…La croix placée au dessus de l’autel est faite de tubes néon colorés, elle ne déparerait pas dans un musée d’art moderne !

De retour à l’hôtel, nous prenons notre déjeuner à l’extérieur, prés de la piscine.

La République Centrafricaine et les religions.

Il semble qu’il y ait :

25 % de protestants,

25 % de catholiques,

24 % de croyances « indigènes »,

15 % de musulmans,

11 % de « divers »

Et c’est le départ !

Sur une baleinière (rien à voir avec la chasse à la baleine) : c’est un gros bateau en bois à très faible tirant d’eau et qui sert au transport de passagers (occasionnellement) et aux transports de marchandises (bois, sable, ciment…).

Nous faisons la connaissance de l’équipage et de son capitaine, Sylvain.

Bref, nous voici embarqués à 11 pour un voyage fluvial de 5 jours : descente de l’Oubangui et remontée de la Lobaye. C’est sur la rive gauche de la Lobaye que nous débarquerons pour continuer à pied, à la rencontre des Pygmées…

Premier arrêt : nous quittons en effet la circonscription maritime de Bangui et il nous faut montrer patte blanche auprès de militaires visiblement désoeuvrés.

Arrivée avant la nuit (elle tombe, vers les 17 heures 30) à Sobo, petit village le long de la rivière.

Nous avons à peine le temps de monter les tentes et d’entamer la causette avec la population locale (difficile d’ approche), qu’il se met à pleuvoir de manière tropicale. Toute tentative de dîner dehors est vouée à l’échec et John et Eric vont passer de tente en tente sur le coup de 21 heures pour nous servir quelques nouilles (à l’eau, bien entendu !).

Nos tentes vont bien résister à la pluie, mais bon, l’atmosphère est forcément très humide !

Lundi 06/11/2006. Sobo -Bomboko.

Nous nous levons vers les 5 heures du matin : il y a déjà beaucoup d’animation, en particulier du côté des coqs.

On est en train de tuer un cochon (valeur 40.000 francs CFA, soit 61 euros ou 400 francs d’ avant).

Il est ensuite débité et il y a beaucoup d’acheteurs !

Philippe va faire quelques photos en utilisant son polaroid : énorme succès ! D’autant qu’il sait très bien mettre en scène l’apparition progressive du cliché avec force incantations (à la façon d’un sorcier). Les gamins – innombrables – adorent !

Utilisant à bon escient ses talents d’ingénieur, il va proposer des jeux de calcul mental aux gamins.

Qui sait combien font 21 + 7 ? Et 45 – 12 ? Je vous le demande !

Disons que les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des espérances !

Nous distribuons des ballons gonflables, merci pour la pollution, Olivier, Sadia, Frédéric, Philippe, Régine et Jean Marie !

Régine cherche en vain à éveiller l’intérêt des enfants en leur parlant de leur futur : quel métier veulent ils faire ?

Mais, bon, il n’y a ici que le métier d’agriculteur ou de pêcheur et Bangui est déjà bien loin !

Bref, pas de rêve, plutôt une espèce de résignation.

Les classes (il y a une école dans le village) sont de 60 enfants.

Nous allons faire une partie de marelle et c’est cocasse de voir de grands blancs un peu patauds pousser le caillou bien plus maladroitement que les enfants noirs…

Nous embarquons !

Et nous débarquons sur une île pour visiter un village. Le chef du village voudrait bien un peu d’argent, sous le prétexte que nous avons abîmé un champ au moment de notre accostage…Il estime son préjudice à 5.000 francs CFA.

Il aura droit à un gentil sourire.

De retour sur l’Oubangui.

Nous débarquons à Zimba : il y a là un montreur de serpents, plutôt en chômage technique depuis que les légionnaires français, stationnés non loin de là, ont déserté les rives de l’Oubangui.

Notre première journée de navigation va s’achever à Bomboko.

Nous visitons le village, nous arrivons à l’école flambant neuve, dont la construction a été financée par l’église polonaise et que jouxte une chapelle-église. Le directeur de l’école (que nous appellerons par la suite, Monsieur le Directeur) veut bien que je prenne une photo de l’école moyennant finance !

Il se met à pleuvoir (vigoureusement), et nous rejoignons la baleinière : il pleut trop pour réembarquer et nous décidons de passer la nuit à Bomboko.

Mais où loger ? Difficile, mais possible de monter les tentes…Et pourquoi ne pas chercher l’asile dans l’école ?

Les négociations vont bon train avec le Président des Parents d’Elèves…Il y a en effet, une classe inoccupée qui peut faire notre affaire !

C’est dans la poche ! Monsieur le Directeur qui s’est quelque peu déridé à l’idée de gagner quelques sous (4.000 francs CFA soit un peu plus de 6 euros), des crayons et des cahiers, met à notre disposition une salle de classe « inoccupée » (mais dont le tableau vert retrace des exercices à faire le lendemain).

Monsieur le Directeur (niveau BEPC) va se révéler finalement encore plus sympa que prévu. Il ira même jusqu’à nettoyer spontanément nos chaussures pleines de boue…

Il est marié, vient d’être nommé à la tête de cette école toute neuve, sa femme est encore à Bangui, ils ont 10 enfants à eux deux.

En Afrique, quand tu as des enfants, tu es riche; en Europe quand tu n’as pas d’argent, tu es pauvre. Dixit le Directeur.

Il va bientôt bénéficier d’une mobylette de fonction qui lui permettra de se déplacer plus facilement.

Mardi 07/11/2006. Toujours en baleinière. Bomboko-Mongo.

Nous repartons de Bomboko après avoir nettoyé et rangé : le sol de la classe était un peu dur, mais bon, ça allait, en tout cas, nous étions au sec !

Pas grand-chose à dire sur cette journée en bateau, sinon qu’il faut se trouver des occupations : Sadia et Frédéric montent se faire bronzer (légèrement) sur le toit de la baleinière, Philippe s’endort (quelle chance de pouvoir dormir n’importe où !) Régine écope (eh, oui !) et moi, je rédige mon journal…

Nous arrivons à Mongo : village très sympa. Toujours une flopée de gamins qui vous font la fête, le chef du village, des souffreteux qui voudraient bien des médicaments (les médicaments ne sont pas remboursés)…

Premiers essais de chasse aux papillons (mais oui !) d’Olivier et de Philippe. Ils ont un matériel assez sophistiqué (enfin, ça reste un matériel de chasseur de papillons !), avec filet à manche télescopique et boîtier de plastique fourré à l’arsenic. On y voit les papillons tourner de l’œil rapidement…à la grande réprobation de Sadia, une amie des papillons !

A chaque halte, nos amis chasseurs de papillons vont entrer en action (attention, selon le sens du vent et la température, la chasse aux papillons, c’est scientifique), et il y a de quoi faire car nous sommes souvent entourés de nuées de papillons.

Village tout en longueur : à une extrémité, la fontaine, à l’autre bout, l’école.

Bien sûr, il va se mettre à pleuvoir le soir, mais nous aurons le temps de dîner avant de nous réfugier sous la tente.

Nos dîners sont le plus souvent précédés d’un apéritif, whisky acheté à Paris hors douane (ça ne nécessite pas de glace et c’est bon), Sadia s’adonnant au plaisir du Martini.

De la mimolette, du saucisson, quelques biscuits apéritifs et c’est une table de fête !

Évidemment, les vapeurs de l’alcool aidant, chacun sera amené au cours de discussions parfois passionnées, à philosopher sur la vie et son sens.

De même, des thèmes comme le chômage, les retraites, l’éducation, le devenir professionnel trouveront leur place légitime ! Le tout dans la bonne humeur, même en cas de désaccord profond entre les participants !

Mercredi 08/11/2006. Départ de Mongo vers Batalimo.

Avant de mettre les voiles (si je puis dire !), nous partons visiter l’école.

Sur place, c’est du délire : les enfants sortent qui par la porte, qui par les fenêtres, pour venir nous voir.

Philippe en profite pour sonder les élèves sur leur connaissance en calcul mental.

Soustractions, additions, multiplications, tout y passe, mais bon, le résultat n’est pas à la hauteur des espérances, il y a encore beaucoup à faire !

Je me colle au livre d’or (un cahier) que me tend un maître.

Puis nous repartons en baleinière vers Batalimo.

Mais avant d’y parvenir, arrêt obligatoire au poste de contrôle de Zinga (prévenu de notre arrivée par Bangui !).

Là, c’est vraiment folklorique !

Nous allons avoir 3 contrôles successifs : il nous faut d’abord nous présenter à la brigade amphibie qui tient campement sur la rive : quelques soldats plutôt dépenaillés (dont une femme) mais avec des armes apparemment assez neuves. Ils sont 7, et comme il faut bien vivre, le bakchich va être de 7.000 francs CFA, sans aucun justificatif, bien entendu.

Autrement dit, il ne sert à rien à Olivier de se pavaner avec son beau tee-shirt sur lequel tout le monde peut lire :  PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement),  » Enquête sur la corruption en Centrafrique » (il vrai que c’est un tee-shirt qui date de 2005 et que l’enquête n’a pas duré très longtemps : du 22/09/2005 au 08/10/2005, et puis, on est pas obligé de savoir lire !).

Deuxième contrôle : la gendarmerie. Un bâtiment sorte de hangar, avec un seul gendarme, sans uniforme, et qui va nous taxer de 2.000 francs CFA, car il faut acheter du papier pour la machine à écrire (enfin, c’est la raison invoquée, car il n’y a pas de machine à écrire sur sa table de bois).

Troisième contrôle : la police : un autre bâtiment un peu plus loin. Là, le commissaire va commettre l’erreur fatale : il nous raconte avoir été en poste en France, à l’ambassade.

Alors qu’il évoque du bout des lèvres la possibilité d’un versement de 2.000 francs CFA par personne, nous nous récrions : ancien de l’ambassade, il sait bien que le coût du visa couvre les déplacements à l’intérieur du pays et que cette surcharge ne se justifie en rien…

Nous l’invitons à prendre un verre : le café est à l’autre bout du village. Comme il a du mal à se déplacer, il envoie son adjoint nous accompagner.

Il a bien fait, le bougre, car arrivés au café nous apprenons qu’on attend une livraison de bière et qu’il n’y a même pas le moindre coca cola à se mettre sous la dent (si je puis dire !).

Bref, nous avons perdu deux heures pour pas grand-chose, mais c’est la vie !

Nous retournons à la baleinière et quittons les rives hospitalières de l’Oubangui pour virer (tourner) à tribord (à droite, comme on dit !), direction Batalimo, rivière de Lobaye.

En chemin, nous allons faire un stop à Safa : c’est une ancienne exploitation de café qui a connu son heure de gloire, puis qui a été laissée à l’abandon et qui est maintenant en pleine renaissance, par la grâce d’un capitaliste local (ça existe, ici aussi !).

Nous sommes en vue de Batalimo, lorsque de la rive, on nous fait signe d’accoster : c’est encore un contrôle (!) par un militaire à la mitraillette, dit le « ouf « (en verlan !).

Bien sûr, il a été mis au courant de notre arrivée par le poste de Zinga…

Les choses vont prendre une mauvaise tournure : nous nous faisons confisquer nos passeports qui doivent nous être rendus plus tard (!). Bref, nous sommes en pleine tentative de racket…

Par chance, ce contrôle a lieu à un endroit qui jouxte la résidence de M. et Mme de Souza (d’origine portugaise) qui doivent nous héberger.

M. de Souza est une forte personnalité locale, puisqu’il est le directeur de la scierie de Batalimo, donc employeur principal.

C’est grâce à lui que nous allons récupérer nos passeports, il fait passer Olivier pour un de ses cousins…

Je crains qu’Olivier n’ait beaucoup de problèmes au cours de son prochain voyage…

Quant je pense que le « ouf » est chargé de la sécurité personnelle du couple de Souza ! Nous nous installons, ma foi fort convenablement, à l’abri de la pluie qui ne va pas tarder à faire son apparition (la pluie sera une fidèle compagne tout au long de notre séjour), sous la « paillote », vaste emplacement avec table de ping-pong et bon toit de bois.

Les douches et les toilettes ne sont pas bien loin et tout à fait modernes.

Il y a même une piscine aménagée sur la rive de la Lobaye avec son vestiaire.

La propriété est soigneusement gardée, quelques Pygmées (quémandeurs de cigarettes !) y travaillent comme jardiniers.

Bien sûr, tout est en bois du pays…

Mme de Souza et Monsieur ont quatre filles qui ont fait leurs études à Bangui, à l’Alliance Française. Elles habitent maintenant Aix-en-Provence où elles poursuivent leurs études.

Mme de Souza fait du ski nautique sur la Lobaye, après son footing le long de la rivière, accompagnée de son boy.

Jeudi 09/11/2006. Batalimo.

Petite discussion avec le nouveau sous-directeur de la scierie : c’est un jeune Français qui ne cache pas qu’il est ici pour faire un maximum de fric et acheter des appartements en France.

De temps en temps, il se rend à Bangui, histoire de bambocher.

Le matin, visite de la scierie, vaste complexe. Entité qui vit de façon autonome ou presque : c’est-à-dire que si quelque chose tombe en panne, on ne peut faire appel qu’à soi-même. Donc, des ateliers de réparation pour les camions, pour les scies, pour les hommes (infirmerie) etc.…

Le personnel d’encadrement est blanc, les bois de valeur sont rouges (acajou, sapelli, sipo mais on coupe surtout le cosipo) mais il y a aussi des ayous, un bois blanc, un des plus beaux arbres de la forêt.

Il se met à pleuvoir intensément et nous nous réfugions dans un hangar. Dès que la pluie cesse, nous voici dehors partant à la découverte du village de Batalimo.

En chemin, Philippe va négocier l’achat d’une paire de tongs.

Il va avoir un incident avec une prise de vue : ayant demandé à une demoiselle l’autorisation de la photographier, il verra peu après, surgir la mère qui l’accusera de monnayer ladite photo, bref, elle veut une compensation en argent !

Nous allons acheter pour les gamins du village un ballon de foot et des cigarettes pour nos rencontres futures avec les Pygmées (ça va venir !).

En attendant, retour vers la baleinière, déjeuner et départ (trop tardif !) vers un campement de Pygmées. Hélas ! La nuit tombe vite, le patron de la baleinière ne sait plus trop où se situe ce campement et il nous faudra rentrer bredouille, à la lueur des frontales…

Vendredi 10/11/2006. Départ de Batalimo vers Ngabo II.

Après une brève cérémonie d’adieu, nous voguons à nouveau sur la Lobaye et nous nous arrêtons au campement Pygmée de Monedangué, sur la rive gauche de la rivière.

C’est là notre premier contact avec le monde des Pygmées Bayakas, sous-groupe des Pygmées Akas.

Les Pygmées qui habitent là, non loin de Batalimo, mais sur la rive opposée, nous font l’effet d’une communauté accablée par son sort.

Olivier va recruter trois d’entre eux comme porteurs. Ils vont donc s’embarquer avec nous avec comme seul bagage, leur couteau.

Nous arrivons enfin à destination : Ngabo II, village, et non campement, de locaux. Le chef du village, c’est Augustin, ancien pisteur devenu avec le temps un aveugle rapace et dont la femme serait soignée à l’hôpital de M’Bata.

Bien sûr, il est au courant de notre venue et sait fort bien que nous allons recruter des Pygmées (ce qu’il regrette d’ailleurs, car il aimerait bien placer ses hommes à lui !).

Un campement : c’est le lieu où habitent (temporairement ou non) les Pygmées (un clan familial), avec la plupart du temps une présence, numériquement faible, de locaux. L’habitat traditionnel est fait de huttes minuscules en branchages et feuilles,

Un village : c’est le lieu où les locaux (villageois « grands Noirs ») habitent. Les cases rectangulaires sont en torchis. Il peut y avoir des campements tout près des villages.

 

En fait, il n’y pas de mélange entre les Pygmées et les locaux, ces derniers se contentant d’exploiter leur force de travail : c’est en somme la reconstitution du rapport colonisateurs/ colonisés….

Olivier va procéder à l’embauche des Pygmées (vient du grec : haut d’une coudée) qui vont, pour les uns, nous frayer le chemin à travers la forêt, pour les autres, porter les sacs à dos, les bidons d’eau, les boîtes de conserves, les tentes…

Il y a là une bonne quinzaine d’hommes alors que nous n’avons besoin que de 8 porteurs.

Il faut donc éliminer un certain nombre d’entre eux, le plus justement possible (ils repartiront avec 1.000 Francs CFA chacun et une cigarette, en guise de dédommagement).

Trois d’entre eux nous suivront cependant un certain temps, en se disant que peut-être…

Première surprise : les Pygmées qui vont faire le chemin avec nous sont étonnamment grands.

Deuxième surprise : ces hommes qui vont être absents de chez eux pour au moins 6 jours, n’ont aucun « bagage » en propre.

Notre équipe est donc au complet : Éric, Olivier, nous 5 et 11 porteurs dont deux « éclaireurs pisteurs ».

John repart par pirogue vers Mbata que nous devons atteindre dans quelques jours. Olivier part payer le baleinier : ça va durer un long moment, un très long moment ! Certes, il y a bien eu un prix fixé au départ, mais il ne saurait être le même à l’arrivée ! Il y a toujours des suppléments impondérables et en conséquence des palabres !

C’est donc demain matin que nous pénétrerons dans le vif du sujet à savoir la forêt primaire (dite « forêt vierge »).

Pour le moment, nous visitons le village : beaucoup d’enfants, comme d’habitude, sympathiques et timides…Parmi eux, une petite fille squelettique que Régine va prendre en amitié. Nous achetons, auprès d’Augustin, un tabouret trépied, qui ira très bien dans le séjour de Régine. Bien sûr, nous le confions à John pour qu’il lui fasse faire par pirogue l’essentiel du trajet : pas question de le prendre avec nous !

Un premier repas « typique » : Olivier a acheté une antilope que nos Pygmées, sous la direction d’Éric, vont faire cuire à la broche, avec une qualité de bois spécifique.

A noter que pendant tout le trajet, les Pygmées vont manger à part et dormir à la fraîche ou sous des abris de fortune.

Le soir arrive, avec la pluie, à moins que ce ne soit l’inverse !

Pluie drue pendant une bonne partie de la nuit! La tente d’Olivier paraît assez perméable…

Samedi 11/11/2006. Dans la forêt (loup y es tu ?), nuit au campement de Walloungou.

Ça n’est plus vraiment l’ambiance d’une molle croisière sur la Lobaye !

Départ à 10 heures 30 (là, rien à dire !).

Histoire de nous mettre dans le bain, Olivier va distribuer à chacun de nous un sifflet qui doit nous permettre de nous retrouver si nous nous égarons en chemin. Nous n’en aurons pas l’usage et c’est tant mieux !

Côté ambiance : c’est de la marche à pied, il est vrai sans charge sur le dos, mis à part la gourde d’eau et les appareils photos. Mais il faut que les chaussures s’adaptent au terrain (plat !) et les pieds aux chaussures, ce qui sera extrêmement difficile pour Philippe avec ses chaussures neuves et trop petites !

En formation, les choses se présentent comme suit :

Les Pygmées porteurs : ils partent avant nous et comme ils galopent malgré les charges qu’ils ont sur le dos, ils arrivent bien avant nous au campement qu’ils auront le temps de préparer (montage de la douche de campagne, eh oui ! On ne se refuse rien !).

Notre colonne expéditionnaire (!) : en tête, un Pygmée, avec machette pour écarter les branches qui gênent le passage, puis Éric, et nous six en file indienne, et en « voiture balai » un Pygmée.

Ensuite, il nous faut faire face avec plus ou moins de bonheur, aux deux principaux obstacles qui vont se dresser tout au long de notre périple : les fourmis noires (1 cm de long), qui mordent au sang et dévorent tout sur leur passage (les deux hommes de tête doivent nous avertir de la présence de ces aimables bestioles, car il y a une méthode qui sera décrite plus tard, pour franchir l’obstacle qu’elles représentent), et les marigots (étendues d’eau, plus au moins marécageuses) qu’il nous faut traverser (parfois, la plus petite – ou la moins grande – de notre groupe, aura de l’eau jusqu’à la poitrine) : le fond de l’eau est tantôt boueux, tantôt clair, mais parsemé d’embûches comme des branches mortes ou des lianes dans lesquelles il est aisé de se prendre les pieds et donc de tomber ! Attention à ne pas se rattraper aux branches car certaines sont épineuses (type rosier en beaucoup plus agressif !).

Bien sûr, on ressort de là, tout mouillé, mais l’eau n’est pas froide. La marche se poursuit avec des chaussures trempées, idem pour les chaussettes que nous renoncerons vite à faire sécher et que nous donnerons telles que aux Pygmées que nous rencontrerons dans les campements. Ceci étant, la traversée des marigots c’est aussi une franche partie de rigolade : Philippe, les pieds dans l’eau (et largement au-delà), veut filmer nos exploits malgré le risque de plongeon…

Revenons sur nos ennemies, les fourmis (nom officiel : fourmis magnans; nom vulgaire : fourmis légionnaires) !

Nous allons souvent les trouver, une à trois, quatre fois par jour, en travers de notre chemin.

Elles sont innombrables, traversent les sentiers, et sont disposées comme suit : une première colonne d’ « éclaireuses » (en fait, des soldats), peu épaisse, formée de trois ou quatre rangées, un espace, le gros de la troupe (les ouvrières et la reine, pondeuse de 50.000 oeufs/jour) qui peut s’étaler sur plusieurs mètres (parfois même une bonne vingtaine et je ne suis pas Marseillais !), un espace, une dernière colonne (des soldats) identique en nombre à la première.

Comment faire ? Surtout, ne pas marcher, car elles ont alors tout loisir de grimper sur les chaussures, de s’infiltrer dans les jambes des pantalons et de faire des ravages…

Il suffit de courir, mais pas n’importe comment (c’est tout simple !)…Il faut faire en effet attention à ce que la semelle de la chaussure ne frôle pas, comme c’est la coutume, le fessier parce qu’alors les fourmis sont projetées sur le pantalon avec les suites que l’on peut imaginer. Il faut donc courir à la pataude…Enfin, c’est quelque chose qu’on apprend très vite !

Une fois le franchissement effectué, il est bon de regarder les pantalons de celui ou de celle qui vous précède afin d’éliminer manuellement les audacieuses fourmis qui auraient, malgré toutes les précautions prises, réussi à s’accrocher à vous…

Troisième souci, mais ça on savait bien qu’on ne pourrait y échapper, les moustiques.

Crème anti-moustique et manches longues dés que le soir arrive (vers les 17 heures 30), plus Lariam une fois la semaine.

Bon, c’est le décor ! On a voulu du local, on a du local !

Précisons tout de suite que l’ambiance de notre groupe sera toujours excellente (heureusement), chacun y mettant un peu du sien.

Chemin faisant, des Pygmées rencontrés sur le sentier vont nous proposer un bébé caïman qu’Olivier va s’empresser d’acheter pour le relâcher, un peu plus tard, à la grande surprise de nos vendeurs !

Vu, chemin faisant, une liane à « eau » : on la coupe et il en sort un liquide comme de l’eau parfaitement buvable.

Nous arrivons à notre campement du soir : Walloungou !

Nous retrouvons nos Pygmées porteurs qui terminent la construction de la douche de campagne.

Le campement est habité, bien sûr, par des Pygmées, mais ceux-ci sont semi-sédentarisés.

C’est-à-dire que leur habitat n’est plus l’habitat traditionnel, mais des cases rectangulaires en torchis.

Il y a une église/temple qui a plutôt l’air à l’abandon.

Naturellement, il y a aussi un villageois (un local), avec son fusil et ses deux/trois chiens de chasse (les Pygmées, rois de la forêt n’en ont pas besoin pour chasser !).

Disons tout de suite que l’arc et la sagaie ont disparu au bénéfice du fusil, prêté par le villageois moyennant partage léonin du gibier abattu…

Le villageois qui est là en quasi permanence mais qui fait l’aller retour pour le « business » n’est jamais le chef du village : il laisse le poste à un Pygmée.

Le « business », c’est la vente du gibier aux villages de la rive de la Lobaye, des chenilles (aliment très prisé, mais nous ne sommes pas à la « bonne » saison !), et le commerce de la feuille de koko récoltée en forêt par les Pygmées, rémunérés une misère…

Les Pygmées chassent et cueillent. Pas d’agriculture, qui implique forcément une sédentarisation.

79Le soir tombe vite, mais juste avant la nuit, les enfants du campement vont se mettre à danser autour d’une bougie.

Plus tard, alors que la nuit est tombée, les adultes vont aussi se mettre à danser.

Ce n’est pas un spectacle pour nous, c’est vraiment pour eux qu’ils dansent. Dans d’autres campements, leurs danses seront des danses de remerciement.

Dimanche 12/11/2006. Du campement de Walloungo au campement de Mongo.

Nous avons eu droit toute la nuit à la radio (du villageois) et au matin aux coqs (des Pygmées).

Départ vers les dix heures du matin après distribution des cadeaux au chef (Pygmée) du campement.

Olivier aura distribué au préalable des vêtements d’enfants et des jouets, comme des petites voitures en plastiques.

Nos porteurs nous précèdent : ils portent nos charges dans des hottes qu’ils fabriquent eux-mêmes à base de lianes et de feuilles et ils partent dans un long hululement.

Les hottes sont portées à l’aide d’un bandeau frontal en écorce : la charge pend dans le dos.

Les cadeaux :

Nous donnons aux chefs des campements : des machettes, des lames de rasoir, du miel – les Pygmées adorent -, des câbles de nylon ou d’acier qui servent à monter les pièges, du savon, des cigarettes, du sel.

Le fil nylon et le câble de frein ont remplacé les lianes torsadées…

 

De la marche, de la marche, des fourmis, des marigots (un bon 50 mètres de long, on n’en voit pas la fin et on s’enfonce jusqu’aux cuisses pour les plus grands, alors pour la petite qui porte son sac à dos sur la tête !), du terrain plat (heureusement !)…

Sur notre trajet, nous sommes amenés à traverser un campement (Iwassai) où nous sommes reçus par le chef, coiffé d’une couronne en plumes. Sadia et Frédéric font l’acquisition d’une belle corne de buffle qui sert d’olifant.

Un de ses hommes va nous accompagner jusqu’au campement de Mongo (un raccourci éprouvant !).

Et nous arrivons au campement.

L’habitat Pygmée :

L’habitat traditionnel est fait d’une hutte demi-sphère, des branchages forment l’ossature et ils sont recouverts de larges feuilles vertes qui vont vite sécher.

Il faut se mettre à 4 pattes (même quand on est Pygmée) pour pouvoir entrer !

Lundi 13/11/2006. Du campement de Mongo à celui de Motokakélé.

Marche toujours à travers la forêt primaire.

Un marigot difficile à traverser : le porteur de tête éclaireur fait le plongeon.

Nous allons nous arrêter quelques instants, histoire de nous reposer près d’une maison en torchis occupée par une famille pygmée. Ils ont une guitare (fabrication locale).Des grains de poivre sont en train de sécher sur le sol.

Les femmes Pygmées :

Elles ont les dents limées (opération paraît-il très douloureuse) à l’âge de douze ans.

D’une façon générale, le crâne est rasé, les sourcils sont soigneusement épilés.

Ce sont elles qui construisent les huttes, faites de branchages et de feuilles de marantacée.

Elles sont bien sûr de toutes les corvées ménagères (corvée d’eau, ramassage du bois à brûler, cuisine), cueillent les feuilles de koko et déterrent les ignames et, quand la saison le permet, ramassent des champignons et des chenilles – importantes sources de protéines.

Nous arrivons à notre campement de Motokakélé, en début d’après-midi : c’est un modeste campement car il ne regroupe que 4 à 5 habitations.

On va nous vendre une tortue (c’est Régine qui est supposée l’acheter), elle  va ainsi pouvoir échapper à une mort certaine : elle ne finira pas dans la soupe : nous irons discrètement la libérer dans la forêt.

93Les Pygmées feront la fête ce soir : mais, habiles, ils attendront que nous soyons tous couchés pour la faire !Vu des enfants en mauvais état sanitaire : ils ont je ne sais quoi de douloureux sous la plante des pieds, ce qui les oblige à march
er sur les talons, c’est déjà le pian…

63Vu également un enfant atteint de cette maladie : son visage va se déformer petit à petit. Un simple traitement à base d’antibiotique suffirait à le guérir.

Notre Pygmée plongeur a bien mal à son genou : Régine va lui passer une pommade antidouleur et lui expliquer tant bien que mal qu’il faut faire pénétrer le produit et non se contenter de l’étaler.

Inutile de dire que le lendemain, ce n’est plus un mais deux, trois Pygmées qu’il faut soigner !

Et même Philippe qui en profite pour se faire soigner les pieds…

Mardi 14/11/2006. De Motokalélé au campement de Karawa.

Distribution des cadeaux par l’intermédiaire du chef du village ; mais là, nous avons vraiment l’impression que les choses (le partage entre les habitants) ne se font pas à la régulière !

Nous allons donc veiller à ce que le partage du miel, par exemple, soit fait équitablement.

Nous partons vers notre campement du soir : Karawa.

Au cours d’une halte, un Pygmée va nous faire une démonstration de « grimpage » aux arbres : il s’entoure d’une ceinture en tissu et grimpe quasiment à la perpendiculaire. C’est ainsi qu’ils procèdent pour s’approprier le miel des abeilles.

Et sur le trajet, voilà qu’une grosse pluie perturbe notre marche : nous sommes obligés de nous arrêter (j’en profite pour enfiler mon sac poubelle qui fait office d’imper depuis que mon poncho a rendu l’âme). Les deux Pygmées qui sont avec nous vont construire en un temps record, un abri fait de branches et de larges feuilles : c’est presque étanche.

Pour chasser l’humidité et sécher un peu nos vêtements, ils vont allumer un feu de bois (sec, enfin pas vraiment !) à l’aide d’une lanière de caoutchouc à laquelle ils mettront le feu.

Nous allons donc arriver fatigués et trempés comme des soupes, mais sous le soleil, au campement de Karawa.

Grand campement tout mignon, où l’on voit une grand-mère fumer la pipe, les poules voler et se poser jusqu’à 4 mètres de haut et des femmes dont les lèvres et les dents sont bleues de maquillage !

Petite fête, à la nuit tombée, comme d’habitude.

Les instruments de musique :

Des bidons de plastique (autrefois, de la peau d’antilope tendue, la « civilisation » est passée par là) un tronc d’arbre, des baguettes de bois, trois joueurs. Un rythme lancinant.

Bravo à Sadia et Frédéric qui avaient pensé à emporter avec eux un dictaphone (au grand étonnement de la population Pygmée) !

 

Philippe est en manque de chaussettes ! C’est moi qui m’y colle !

Mercredi 15/11/2006. De Karawa à Bouzoungounda.

Avant de prendre le chemin, les Pygmées nous font une démonstration de leurs méthodes de chasse.

Ils nous montrent comment on peut fabriquer des pièges à collet qui sont spécifiques aux espèces que l’on souhaite attraper. Les pièges pour pandolins, pour antilopes ou pour les bêtes de terrier ne sont évidemment pas les mêmes.

Il est vrai que si la tradition de la chasse au piège perdure, elle a fort à faire avec la concurrence de la chasse au fusil.

Nous reprenons notre marche et nous avons fort à faire avec un défilé de fourmis (nos ennemies !) au moins 20 mètres à courir comme des dératés et cinq minutes à « s’éfourmiller » mutuellement !

Fourbus, nous allons pique-niquer près de notre campement-village en plein soleil.

Deux jeunes filles, qui s’apprêtent à aller cueillir des feuilles de koko, vont faire halte à côté de nous : Philippe aux talents de séducteur bien connus, va aussitôt leur offrir du miel…

106Arrivés au village-campement de Bouzoungounda, nous mettons à sécher nos pataugas, nos serviettes, nos chaussettes…

Une bonne douche d’eau semi chaude et on se sent déjà mieux !

Signe que nous quittons la forêt primaire : des latrines, ce qui est impensable chez les Pygmées. Et puis aussi une mission évangélique dont il reste un bâtiment (s’il vous plait, pourriez vous laisser les Pygmées tranquilles ?).

Nous allons profiter de ce bel après-midi pour interviewer le Chef du village (qui n’est pas un Pygmée, ceux-ci étant très minoritaires dans ce village).

Nous apprenons qu’il est élu par la population pour une durée de 10 ans, mais qu’il est révocable. Il est assisté d’un secrétaire et d’un conseiller. Sa principale fonction est le dialogue avec les autorités de Bangui et surtout, de rendre la justice.

Discussion avec quelques jeunes : ils ont de l’Occident et principalement de la France une vision idyllique. Il est vrai que notre simple venue signifie que nous sommes riches (il n’est pas pensable pour eux de dépasser les frontières de leur propre pays). Il est vrai aussi qu’ils sont innombrables et désoeuvrés, et se sentent sans futur.

A la limite, les Pygmées s’en sortent moralement mieux !

Même s’ils ne savent pas compter au-delà de 1.000 à 2.000 Francs CFA et sont donc une proie facile pour des commerçants peu scrupuleux quand il s’agit de rendre la monnaie.

A propos de commerce, une anecdote : Régine et moi, nous avisons une villageoise (donc pas une Pygmée), qui vend des beignets.

Le marchandage commence : elle en veut 50 Francs CFA par beignet. Comme un jour précédent nous les avons payés 25 Francs CFA, nous refusons de payer un Franc CFA de plus !

L’accord se fait alors sur la base de 25 Francs l’unité.

Nous en prenons 20 (il faut nourrir toute l’équipe !). Et là, notre vendeuse est à l’évidence toute contente, car elle écoule son stock. Mais elle a un problème, et nous demande combien nous lui devons. C’est vrai qu’elle n’a pas l’habitude de vendre des quantités aussi importantes et ce n’est pas facile de multiplier 20 par 25, quand on ne l’a jamais fait.

Pendant ce temps Olivier est entré en négociation pour la journée de demain, car il nous faut retraverser le fleuve. Il nous faut donc deux pirogues et les piroguiers y afférant…

A demain !

Jeudi 16/11/2006. Bouzoungounda, traversée de la Lobaye, Mbata.

Nos porteurs sont particulièrement joyeux aujourd’hui : ils savent que leur travail s’achève et qu’ils vont pouvoir rejoindre leurs familles, leurs campements, après avoir été payés.

Et puis, plus nous avancions dans le temps, moins les charges à porter étaient lourdes puisque l’eau et la nourriture pesaient de moins en moins…

Donc, en avant.

Normalement, nous devons traverser un marigot (le dernier) sévère à ce qu’Olivier nous dit…

Mais l’homme de tête, qui n’est autre que le piroguier, va nous faire faire un détour, ce qui nous permettra de garder les pieds au sec ou à peu près !

Le problème, c’est le prix à payer pour la traversée : il ne saurait être le même qu’hier soir puisque le trajet à pied a été raccourci et celui de la pirogue augmenté !

Discussion du prix devant les deux pirogues qui nous attendent ! Une pour les Pygmées, une pour nous.

Bien sûr, le piroguier est en situation de force car il est inimaginable de voir notre troupe traverser à la nage le large cours de la Lobaye !

Il aura tout de même la décence et l’intelligence de ne pas trop tourner la situation à son profit.

110Notre groupe monte donc dans les deux pirogues, et en avant pour la traversée de la Lobaye.

Nous arrivons, accompagnés par les chants de nos Pygmées porteurs, sur la rive opposée, c’est-à-dire à Mbata.

Et là, sur la rive même, nous attend un marchand de papillons…Tous les villageois connaissent Olivier le chasseur de papillons, et savent que Philippe est aussi un amateur….Les informations circulent vite !

Nous retrouvons John, qui nous a négocié des bières et préparé le terrain sur lequel nous allons disposer nos tentes (dernière nuit sous la tente avant le Sofitel de Bangui !).

111C’est Martine qui nous prête son terrain, situé à proximité d’anciennes maisons coloniales encore assez majestueuses malgré le manque évident d’entretien (les blancs sont partis depuis longtemps de la région).

Elle nous prête aussi un canapé, des fauteuils, une table basse, le tout disposé sous des palmiers…C’est le pied !

Nous nous séparons de nos porteurs, ils sont payés, ils ont les pourboires qu’ils méritent amplement. Il est à craindre que beaucoup de cet argent ne se retrouve dans la poche des commerçants de Mbata, et plus particulièrement dans celle des vendeurs d’alcool de rafia.

Nous sommes très vite devenus l’attraction du village et des nuées de gamins qui rentrent plus ou moins de l’école, nous entourent, ce qui permet à Philippe d’interroger les écoliers sur leurs connaissances dans les trois opérations élémentaires de calcul (mental).

Nous irons faire un petit tour dans l’après-midi au village et nous retrouverons avec surprise Augustin (l’aveugle, du village de Ngabo II), sa fille qui pleure misère car Augustin refuse de lui payer l’école (catholique). Olivier se dévouera ! Retrouvaille aussi avec notre marchande de beignets vue la veille à Bouzoungounda…

Dernière nuit sur nos matelas mousse pas très épais, il faut le dire…

Le lendemain matin, nous apprenons par Philippe, qu’étant sorti de sa tente pour un besoin pressant avec notre lampe frontale (la sienne étant hors d’ usage), celle-ci avait rendu l’âme, et qu’il avait erré en pleine nuit noire pendant une bonne vingtaine de minutes avant de retrouver sa tente et de terminer sa nuit !

Vendredi 17/11/2006. De Mbata à Bangui par le camion brousse !

Normalement, vers 8 heures 30, nous devons prendre un taxi qui vient de Bangui pour nous ramener dans la capitale.

Mais bien sûr, rien ne va se passer comme prévu !

A 8 heures 30, le taxi n’est pas là ! Pourtant John avait choisi un homme d’église : ce taxi man n’est autre que le bedeau de la cathédrale.

A 9 heures, le taxi n’est toujours pas là !

Il nous faut une solution de remplacement. Comme par hasard, arrive un camion (camion brousse, origine musulmane), rempli de ballots et de marchandises diverses et variées (bananes, manioc, pneu de secours…). Comme par hasard, il va à Bangui et peut nous emmener. Après une brève négociation sur le prix, nous décidons de monter à bord, enfin, plus exactement sur la plateforme arrière, avec les marchandises (heureusement, il ne pleut pas !).

Bien sûr, nous ne sommes pas les seuls juchés sur ce camion qui s’élance vers Bangui…

On est même tout à fait serré, mais le tout dans un climat de franche rigolade !

Ma voisine va s’endormir la tête penchée sur mon épaule, Philippe est serré comme une sardine en boite contre une fort belle locale.

Nous allons nous arrêter en cours de route, soit pour prendre des voyageurs soit pour en déposer, mais quoi qu’il en soit, nous serons toujours plein à ras bord (au moins 25 !).

Nous prendrons même un vieillard, à l’agonie, que l’on va installer dans la cabine du chauffeur avec son accompagnateur. Ils doivent aller à l’hôpital de Bangui, mais franchement, je ne suis pas sûr qu’il soit arrivé vivant…

En fait, Olivier apprendra au cours du voyage suivant, que l’ancêtre est mort en arrivant au but…

Pas d’incident notoire à signaler (à l’exception d’un « pont » quelque peu fracassé et qu’il nous a fallu franchir à pied) pendant ces 5 heures de tape-cul mais c’est vrai, nous étions bien contents d’arriver à Bangui : la piste forestière est en très bon état (ça se comprend, elle a un rôle économique évident), mais le camion, en moins bon état que la piste : je compte pour rien les multiples arrêts pour revisser ou simplement taper sur une roue arrière qui fait un drôle de bruit.

En banlieue de Bangui, nous nous arrêtons à un poste de gendarmerie, pour contrôle des papiers et des marchandises. Pas de chance pour notre chauffeur, comme il avait un peu d’élan, il a été légèrement au-delà de la ligne d’arrêt, ce qui lui vaut un procès-verbal en bonne et due forme.

119Mais au moins, il a un reçu !

Nous craignons un moment d’avoir à payer pour le passage, mais, non, finalement, nous ne serons pas rackettés (peut être est-ce dû au fait qu’Olivier et Philippe, à eux deux, ont impressionné les policiers).

Nous quittons notre camion, heureux de notre voyage, même si les articulations sont affreusement douloureuses… pour monter à bord d’un taxi qui doit nous emmener à notre hôtel.

Ce taxi a été payé par le camionneur : point important ! Car, arrivé en centre-ville, il nous explique que pour aller à l’hôtel il faut payer un supplément, le trajet n’étant prépayé que pour Bangui centre…

Protestations véhémentes de notre part, engueulade à l’africaine, tout y passe…Mais notre taxi consent à redémarrer et à nous conduire « in fine » dans la cour de notre hôtel ! Rien n’est simple !

Par chance, nous pouvons occuper immédiatement nos chambres.

Olivier, qui avait laissé dans une armoire fermée à clef des affaires griffées « Lacoste » (quelle erreur de se balader avec du Lacoste !), constate leur disparition.

Fatigués, nous nous endormons sur le coup de 18 heures 30, après avoir pris une bonne douche.

Notre télévision pourrait fonctionner, s’il ne manquait le câble entre le téléviseur et l’antenne…

Lever vers les 21 heures pour dîner !

Samedi 18/11/2006. De Bangui à Paris.

L’avion que nous devons prendre est un avion du soir, tant mieux, car notre lever sera bien tard dans la matinée !

Nous partons avec Philippe faire un tour en ville avec un but bien précis : la visite du musée ethnographique, situé juste en face ou peu s’en faut, des bâtiments de l’Alliance Française.

C’est un musée certes modeste, mais plutôt bien fait : c’est l’équivalent à l’échelle de la République Centrafricaine, d’un musée des arts et traditions populaires.

Le guide est obligatoire : c’est un vieil homme sympathique qui connaît bien « son » musée.

Nous sommes les seuls visiteurs.

Nous allons y retrouver quelques-uns des objets que nous avons vus au cours de notre voyage chez les Pygmées.

Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons à la librairie-presse-articles de bureau pour acheter « le Monde » et nous piochons dans les dates depuis le 4 novembre.

En passant devant l’échoppe d’un coiffeur de trottoir, j’ai le coup de foudre ! J’achète son enseigne, peinture naïve, pour 6.000 francs CFA.

Rentrés à notre hôtel, nous nous décidons pour un farniente au bord de la piscine où se baignent quelques gros Européens bière à la main. Il est vrai que c’est le week end.

Régine et moi, après avoir fait le tour de l’actualité, allons faire quelques mots croisés pendant que Philippe (formation ingénieur, donc chiffre !) va faire des sudokus.

La fin d’après-midi se passe donc ainsi…

Arrive le soir et c’est le moment du départ : à deux taxis comme à l’aller, pour l’aéroport international de Bangui.

Pas de problème pour la dépose des bagages et leur enregistrement, fouille succinte des sacs à dos, question sur les diamants que nous serions susceptibles d’emporter forcément illégalement, rien de bien méchant…

L’enregistrement fait, nous montons au bar-restaurant pour boire un verre : nous sommes les seuls clients mais serons rejoints peu après par un couple de jeunes Français, l’une, infirmière, en Centrafrique pour Médecins de Monde, l’autre, expert scientifique indépendant, qui décroche des contrats d’étude de la faune et de la flore.

Petit problème pour payer les consommations : on peut le faire en euros, mais la monnaie nous sera rendue en francs CFA (mais tout finit par s’arranger !).

Alors que nous savourons nos fraîches boissons, un grésillement de haut parleur nous informe que monsieur Lambert (c’est moi !) est demandé à la douane !

Ouh là là !

Je descends les escaliers quatre à quatre et me rends dans un local où sont passés à la radio les bagages en soute.

La douanière a remarqué sur son écran un petit boîtier qui l’intrigue …

J’ouvre mon sac et lui montre le disque dur sur lequel je stocke mes photos. L’incident est clos, je remonte donc terminer mon verre de bière !

Je n’en aurai pas le temps ! Voilà que le haut parleur grésille à nouveau : monsieur Lambert (c’est encore moi !) est demandé à la douane !

Là, je commence à être vraiment inquiet sur mon sort !

Je descends huit à huit les escaliers et me rends dans le local désormais bien connu. Là, la douanière me demande goguenarde, ce que je fais là ! Je lui explique que j’ai eu un appel par haut parleur, elle me dit qu’elle en a fini avec moi !

Je remonte donc pour terminer ma bière (de moins en moins fraîche !) quand le haut parleur grésille à nouveau : monsieur Lambert (c’est toujours moi !) est demandé à la douane !

Là, je ne suis plus inquiet sur mon sort : il y a forcément une maldonne !

Je descends seize à seize les escaliers et me rends dans le local désormais bien connu. Là, la douanière trouve que trop c’est trop : elle s’excuse et me dit qu’on n’a pas dû dire au préposé du haut parleur que le problème était réglé !

Bref, si j’ai encore un autre appel, instruction m’est donnée de ne pas m’y rendre !

Je termine ma bière (plus fraîche du tout !).

L’heure de l’embarquement approche : nous passons dans la salle réservée à cet effet, et là, nous sommes contrôlés par des agents français blancs (probablement une société mandatée par Air France).

Aucun problème sur le vol vers Paris, l’avion est bien plein.

Nous retrouvons la capitale au petit matin, greu (!) il fait froid !

MERCI DE NOUS TOUS A OLIVIER, POUR CE BEAU VOYAGE, HORS DU COMMUN !

PS : LES PHOTOS QUI ILLUSTRENT CE RECIT SONT LES PHOTOS DE PHILIPPE, DE REGINE ET DE JEAN-MARIE.

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